mardi 18 août 2009

Les chutes et les échecs.

d’Hannah W. Smith



Le titre même de ce chapitre en effraiera peut-être certains. « Des échecs! diront-ils. Nous pensions qu'il n'y avait jamais d'échecs dans la vie de la foi. » A ceci je répondrai qu'il ne devrait pas y en avoir, que cela n'est pas nécessaire. Mais, en réalité, il y en a parfois. Or, nous devons parler des faits, non des théories. Aucun professeur sérieux de la vie intérieure ne dira jamais qu'il est impossible de pécher, mais il insistera sur le fait que le péché cesse cependant d'être une nécessité et que la possibilité d'une victoire continuelle nous est maintenant offerte. Très peu de gens, s'il en existe, refusent de confesser que, dans leur expérience présente, il leur arrive, de temps à autre, d'être vaincus par une tentation momentanée.

Il est bien évident, maintenant, que lorsque je parle de péché, je fais allusion au péché conscient et connu. Je ne parle pas des péchés commis par ignorance ou de ceux que nous appelons les péchés inévitables de notre nature, pour lesquels nous pouvons trouver un remède en Christ et qui ne troublent pas notre communion avec Dieu. Je n'ai ni le désir ni la capacité nécessaire pour traiter la doctrine du péché; je laisserai ce soin aux théologiens, qui en discuteront et régleront la question. Je veux simplement parler ici de l'expérience du croyant à ce sujet.

Il existe un certain nombre de choses que nous faisons innocemment jusqu'au jour où une lumière plus brillante nous révèle qu'elles sont mauvaises. Toutes ces choses peuvent être placées dans la catégorie des péchés d'ignorance, le fait même qu'elles soient commises par ignorance, nous épargne toute condamnation. Ces choses n'entrent donc pas dans le corps de notre discussion.

Je pourrais illustrer ce point précis à l'aide d'une histoire qui eut lieu en ma présence. Par une chaude après-midi d'été, une petite fille jouait près de la bibliothèque, pendant que son père se reposait sur le sofa. Un bel encrier qui se trouvait sur la table attira l'attention de l'enfant. Alors, sans que personne ne la remarque, elle grimpa sur une chaise et s'en empara. Puis, se dirigeant vers son père, avec un air triomphal et enfantin, elle le renversa sur la chemise blanche de son père et se mit à rire de plaisir, en voyant l'encre noire coulant de tous les côtés.

Bien évidemment, il s'agissait là d'une très mauvaise action, mais on ne pouvait considérer cela comme étant un péché, car elle ne savait pas que c'était mal. Si elle avait été plus âgée et en mesure de comprendre que les encriers ne sont pas des jouets, cela aurait été un péché pour elle. « Celui donc qui sait faire ce qui est bien, et qui ne le fait pas, commet un péché. » Dans tout ce que je dirai dans ce chapitre, au sujet du péché, je souhaite que tous comprennent que je ne me réfère qu'au péché conscient.

Dans ce domaine du péché connu ou conscient, tout malentendu ouvre le chemin à de grands dangers dans la vie de la foi. Lorsqu'un croyant s'est engagé, par la foi, sur la grande route de la sainteté et tombe par surprise dans le péché, il sera tenté de s'abandonner au découragement et de penser que tout est maintenant perdu. S'il veut protéger la doctrine, il se croit obligé de couvrir son péché en l'appelant infirmité, refusant ainsi d'être franc et sincère à ce sujet. N'importe lequel de ces comportements risque d'être fatal pour la croissance et le développement réel de la sainteté.

La meilleure méthode est d'affronter tout de suite la triste réalité des choses, d'appeler le fait par son nom et d'en découvrir, si possible, la raison et le remède. Cette vie d'union avec Dieu exige la plus grande honnêteté envers Lui et envers nous-mêmes. La bénédiction que le péché ne trouble que 0:0mentanément risque d'être irrémédiablement perdue si l'on ne traite pas l'affaire avec la plus grande honnêteté. Un échec soudain ne doit pas nous pousser au découragement ou nous faire croire que tout est perdu. Ne pensons pas non plus que l'intégrité de notre doctrine en sera affectée. Nous ne prêchons pas un état, mais une marche. La route de la sainteté n'est pas un endroit précis mais un chemin.

La sanctification n'est pas une chose que nous ramassons au vol, à un moment précis de notre expérience, pour la posséder définitivement. C'est une vie que nous vivons jour après jour, heure après heure. Nous pouvons, pendant un instant, nous détourner du sentier, mais notre égarement n'efface pas le sentier, nous pouvons y retourner immédiatement. Dans cette vie et cette marche de la foi, il peut y avoir des échecs momentanés. Mais, aussi tristes et déplorables soient-ils, ils ne doivent pas troubler l'attitude de l'âme consacrée et confiante, ni interrompre plus longtemps qu'il ne faut son heureuse communion avec le Seigneur.

Le point important est le retour instantané à Dieu. Le fait d'avoir commis un péché n'est pas une raison pour ne plus faire confiance au Seigneur: il constitue plutôt un argument inattaquable en faveur de notre besoin urgent de Lui faire encore plus confiance. Quelle que soit l'origine de notre échec, il est certain que le remède ne se trouve pas dans le découragement. L'enfant qui apprend à marcher ne tombe pas dans le désespoir, refusant de faire le moindre pas, dès qu'il fait la première petite chute. De même, le croyant qui découvre peu à peu ce qu'est la vie et la marche par la foi, ne désespère pas parce qu'il vient de tomber dans le péché. La meilleure solution, dans les deux cas, consiste à se lever aussitôt et à repartir. Lorsque les enfants d'Israël, une fois entrés dans la terre promise, connurent le désastre de la défaite devant la petite ville d'Aï, ils furent profondément découragés.

Le récit dit: « Le peuple fut consterné et perdit courage. Josué déchira ses vêtements et se prosterna jusqu'au soir le visage contre terre devant l'arche de l'Eternel, lui et les anciens d'Israël et ils se couvrirent la tête de poussière. Josué dit: Ah, Seigneur, Eternel, pourquoi as-tu fait passer le Jourdain à ce peuple, pour nous livrer entre les mains des Amoréens et nous faire périr. Oh! si nous eussions su rester de l'autre côté du Jourdain. De grâce Seigneur, que dirai-je après qu'Israël a tourné le dos devant ses ennemis! Les Cananéens et tous les habitants du pays l'apprendront; ils nous envelopperont et ils feront disparaître notre nom de la terre. Et que feras-tu pour ton grand nom! » Josué 7:5-9).

Quel grand cri de désespoir ce fut! Combien de fois ce même cri n'est-il pas poussé de nos jours par les enfants de Dieu, à qui le cœur manque au sein de la défaite et qui perdent toute vigueur, lorsqu'ils s'écrient: « Si nous eussions su rester de l'autre côté du Jourdain! » et prédisent alors de nouvelles défaites et déconfitures devant leurs ennemis! Il ne fait aucun doute que ce jour-là, Josué pensait que le découragement et le désespoir constituaient la solution la meilleure et la plus sûre, après un tel échec. Nous faisons de même; mais Dieu n'était pas d'accord. « L'Eternel dit à Josué: Lève-toi, pourquoi restes-tu ainsi couché sur ton visage! » La meilleure chose à faire ne consistait par pour eux à s'abandonner au découragement, même si c'était faire preuve d'humilité, mais à affronter aussitôt le mal, à s'en débarrasser et à recommencer ensuite à « se sanctifier ».

« Lève-toi, sanctifie le peuple ». Dieu donne toujours le même ordre.

« Couche-toi et décourage-toi ». La tentation s'exprime toujours ainsi. Nous pensons qu'il est présomptueux, voire même impertinent, d'aller tout de suite vers le Seigneur, alors que nous venons à peine de pécher contre Lui. Il nous semble que nous devrions supporter les conséquences de notre péché pendant un temps et endurer les remords de notre conscience.

Nous avons bien du mal à croire que le Seigneur est prêt à nous recevoir sans attendre dans Sa communion et Son amour. U ne petite fille m'exprima ce sentiment, un jour, avec la candeur propre aux enfants de son âge. Elle venait de me demander si le Seigneur nous pardonnait toujours nos péchés dès que nous le Lui demandons et je lui avais répondu :

- « Mais oui, bien sûr! »

- « Mais aussitôt ? » insista-t-elle, avec l'air de douter.

- « Oui, répondis-je. Dès que nous le Lui demandons, Il nous pardonne.»

- «Eh bien, dit-elle délibérément, cela, je ne peux pas le croire. Moi, j'aurais plutôt tendance à croire qu'il nous fait regretter ce que nous avons fait pendant deux ou trois jours. Puis, à mon avis, Il nous fera Lui demander pardon à maintes reprises, de façon très élégante et pas dans notre langage ordinaire. Moi, je crois que c'est ainsi qu'Il agit avec nous. Et tu ne dois pas essayer de me faire croire qu'Il me pardonne aussitôt, malgré ce que dit la Bible.»

Elle ne faisait que dire ce que la plupart des chrétiens pensent et, ce qui est encore pire, ce que la plupart des chrétiens font. Ils font en sorte que leur découragement et leur remords les séparent davantage encore de Dieu que leur péché. Et cependant, cela est tout à fait contraire au comportement que nous aimerions trouver chez nos enfants, à notre égard; je me demande comment nous pouvons concevoir une telle idée au sujet de Dieu. Quelle souffrance la mère n'endure-t-elle pas lorsque son enfant, dans sa méchanceté, s'éloigne d'elle, en proie au remords et au désespoir, et doute qu'elle veuille lui pardonner.

Avec quelle chaleur humaine et quelle affection ne le reçoit-elle pas de nouveau dans ses bras, lorsqu'il court vers elle et lui demande pardon! Comment douter que notre Dieu n'a pas ressenti cet amour ardent lorsqu'Il nous a dit: « Revenez, enfants rétrogrades! et je guérirai vos erreurs! » En réalité, au moment où nous prenons conscience de notre péché, nous devrions également le confesser et prendre conscience de notre pardon. Cela est essentiel, si nous voulons marcher sans trébucher dans « la vie cachée avec Christ en Dieu ». Car aucune séparation d'avec Lui ne doit être tolérée, ne serait-ce que pour un instant.

Nous ne pouvons marcher sur ce chemin qu'en « ayant les regards fixés sur Jésus » à tout instant. Si nos yeux se détachent de Lui pour contempler notre péché et notre faiblesse, nous quitterons le chemin. C'est pourquoi le croyant qui, en toute confiance, s'est engagé sur cette grande route et se sent vaincu par le péché, doit courir tout de suite vers le Seigneur.

Il doit agir sur la base de 1 Jean 1.9: « Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous les pardonner et pour nous purifier de toute iniquité ». Il ne doit pas cacher son péché ni chercher à le recouvrir d'excuses ou même le chasser de sa mémoire, en laissant passer le temps. Il doit faire ce que les enfants d'Israël ont fait: se lever « tôt le matin » et « courir » vers le lieu où la chose mauvaise est cachée, la sortir de sa cachette et la « présenter devant le Seigneur ». Il doit confesser son péché, puis le détruire à coups de pierre, le brûler dans le feu et s'en débarrasser complètement. Il doit le recouvrir d'un tas de pierres, afin de l'ôter à tout jamais de son regard. Il doit croire que Dieu est, selon Sa Parole, fidèle et juste pour lui pardonner son péché et qu'Il le fait réellement, en outre, qu'Il le purifie de toute injustice. Il doit proclamer par la foi qu'il est immédiatement pardonné et purifié et continuer à avoir confiance dans le Seigneur d'une manière plus profonde et plus absolue que jamais.

Dès que le péché d'Israël a été mis en lumière et ôté, la Parole de Dieu se fit entendre en un message de glorieux encouragement: « Ne crains point, et ne t'effraie point! Je livre entre tes mains le roi de Aï et son peuple, sa ville et son pays. » Notre courage doit être plus grand que jamais et nous devons nous abandonner plus totalement au Seigneur, afin que Sa puissance, plus parfaitement qu'auparavant, « œuvre en nous selon le bon plaisir de Sa volonté ». De plus, nous devons oublier notre péché dès que nous avons confessé et reçu le pardon. Nous ne devons pas y rester attachés, l'examiner et nous adonner au luxe du remords. Nous ne devons pas le placer sur un piédestal, en faire le tour et le regarder sous tous les angles, comme on le ferait avec une montagne qui nous cacherait la face de Dieu. Nous devons suivre l'exemple de Paul:
« oubliant ce qui est en arrière et me portant vers ce qui est en avant», nous devons « courir vers le but, pour remporter le prix de la vocation céleste de Dieu en Jésus-Christ. »

Permettez-moi de vous rappeler deux illustrations qui présentent un contraste. La première met en scène un chrétien sérieux très actif dans son Eglise, qui avait vécu pendant des mois dans la paix et la joie. Il fut soudain assailli par la tentation de traiter durement l'un de ses frères. S'étant auparavant imaginé qu'il ne pouvait plus lui arriver de pécher, il se trouva aussitôt plongé dans un profond découragement et en conclut qu'il s'était complètement trompé et n'avait jamais vraiment connu ce qu'était la vie de la foi. Jour après jour, son découragement augmenta, jusqu'à se transformer en un réel désespoir.

Il en arriva à penser qu'il n'était jamais vraiment né de nouveau et se considéra comme perdu.

Il vécut ainsi pendant trois ans dans la plus noire misère, s'éloignant de plus en plus de Dieu, s'enfonçant de plus en plus dans le péché, jusqu'à ce que sa vie devienne une véritable malédiction pour les autres et pour lui-même. Sous le poids de ce terrible fardeau, sa santé déclina rapidement et l'on commença à craindre même pour sa raison. Au bout de trois années ainsi passées, il rencontra une chrétienne qui avait compris toute la réalité du péché, telle que je l'ai exposée.

Après avoir parlé avec lui pendant quelques minutes, elle découvrit l'origine du mal et lui dit :

- « Vous avez péché, c'est certain et je ne veux pas que vous essayiez de vous trouver des excuses. Mais ne l'avez-vous jamais confessé au Seigneur et ne Lui avez-vous jamais demandé de vous pardonner ? »

- « Le confesser! s'écria-t-il alors. Il me semble n'avoir fait que cela! J'ai supplié Dieu de me pardonner, nuit et jour, pendant ces trois terribles années. »

- « Et vous n'avez jamais cru qu'Il l'avait fait ? » lui demanda la femme.

- « Non!» répondit le pauvre homme, « et comment l'aurais-je pu, puisque je n'ai jamais senti qu'Il l'avait fait? »

- « Mais imaginez maintenant qu'Il vous ait dit qu'Il vous avait pardonné. Cela ne serait-il pas revenu au même ? »

- « Oh, oui! répondit-il, si Dieu le disait, je le croirais sans problème. »

- «Très bien, alors. Il l'a vraiment dit, lui répondit la femme, en ouvrant sa Bible au verset que nous avons lu plus haut (1 Jean 1.9). Elle le lut à haute voix.

- « Maintenant, poursuit-elle, vous avez passé ces trois dernières années à confesser votre péché. Or, pendant tout ce temps-là, la Parole de Dieu n'a cessé de vous répéter qu'Il est fidèle et juste pour vous pardonner et vous purifier. Et cependant, vous ne l'avez jamais cru. Vous avez fait de Dieu un menteur, pendant ce temps, puisque vous avez refusé de croire ce qu'Il dit. »

Comprenant finalement ce qu'il avait fait, le pauvre homme fut saisi par l'étonnement et la consternation. Lorsque la dame lui proposa de s'agenouiller et de confesser son incrédulité et son péché passés, pour s'approprier ensuite son pardon et sa purification présente, il obéit comme un homme se trouvant dans un labyrinthe, mais la conséquence en fut glorieuse. La lumière fit irruption, ses ténèbres s'évanouirent et il se mit à glorifier Dieu à haute voix pour cette merveilleuse délivrance. En l'espace de quelques minutes, il réussit à parcourir en sens inverse, par la foi, le long et fatigant chemin des trois dernières années. Il se retrouva dans le repos du Seigneur et se réjouit de la plénitude de Son salut.

L'autre illustration met en scène une chrétienne qui avait vécu dans « la terre promise » pendant quelques semaines et avait fait une expérience brillante et victorieuse. Soudain, après ce temps-là, elle fut saisie d'un violent accès de colère.

Pendant un instant, une vague de découragement l'envahit. La tentation fit son apparition, s'exprimant par ces paroles : « Tu vois, cela montre bien que ce n'était qu'une erreur. Il est clair que tu t'es trompé depuis le début. Tu n'es jamais entrée dans la vie de la foi. Tu ferais mieux de tout laisser tomber, parce que, de toutes façons, tu ne pourras jamais te consacrer plus entièrement ou te confier plus pleinement que tu ne l'as fait la première fois. Cette vie sainte n'est vraiment pas faite pour toi!» Ces pensées firent irruption dans son esprit, mais elle connaissait bien les voies de Dieu et elle répondit aussitôt : « Oui, j'ai péché; c'est même très triste, mais la Bible dit que, si nous confessons nos péchés, Dieu est fidèle et juste pour nous les pardonner et pour purifier de toute iniquité; et je crois vraiment qu'Il le fait. »

Elle ne perdit pas un seul instant, mais, encore en proie à sa colère soudaine, elle se précipita (elle ne pouvait pas marcher normalement) dans une pièce, seule, et s'agenouilla au pied du lit, pour prier en ces termes : « Seigneur, je confesse mon péché. J'ai péché, je le reconnais. En ce moment précis où je te parle, je suis en état de péché. Je hais cela et je n'arrive pas à m'en débarrasser. Je te le confesse avec honte, à ma propre confusion. Et maintenant, je crois que, selon ta Parole, tu me pardonnes et tu me purifies. » Elle prononça cette prière à haute voix, car son agitation était si grande qu'elle ne pouvait le dire à voix basse.

Lorsqu'elle eut dit: « Tu me pardonnes et tu me purifies », elle sentit aussitôt sa délivrance. Le Seigneur dit: « Silence, tais-toi! » et il y eut un grand calme. Un flot de lumière et de joie se répandit dans son âme, l'ennemi s'enfuit et elle fut plus que vainqueur par Celui qui l'aimait. Le tout - le péché et la délivrance - n'avait pris que quelques minutes.

Ses pieds cheminaient de nouveau, plus fermement que jamais, sur la grande route bénie de la sainteté. Ainsi, la « vallée d'Akor » devint pour elle une « porte d'espérance » et elle entonna de nouveau, en le comprenant mieux, son chant de délivrance : « Je chanterai à l'Eternel car il a fait éclater sa gloire ».

Dans chaque urgence, le seul remède est de faire confiance au Seigneur. Si c'est là tout ce que nous devrions et pouvons faire, ne serait-ce pas mieux de le faire tout de suite! La question suivante m'a souvent fait réfléchir : « Mais que puis-je faire, finalement, si ce n'est d'avoir confiance! » J'ai compris aussitôt qu'il était bien insensé de chercher la délivrance par un autre moyen, au lieu de se dire tout de suite : « Je devrai bien finir par avoir confiance. Alors, pourquoi ne pas le faire dès maintenant, au tout début! » Nous avons entrepris une vie et une marche par la foi. Si donc, nous connaissons des échecs, nous devons chercher notre salut dans une augmentation de notre foi, et non le contraire.

Que chaque échec, s'il y en a, vous conduise donc immédiatement auprès du Seigneur, dans un abandon toujours plus total et une confiance plus parfaite. Si vous le faites, vous découvrirez que votre échec, même s'il est regrettable, ne vous a pas fait sortir de la « terre promise » et ne vous a pas fait perdre votre douce communion avec Lui.

Lorsque l'on affronte l'échec de cette manière, il se répétera bien moins souvent que lorsqu'on permet à l'âme de sombrer dans le désespoir et le remords. Si cela se reproduit quand même et qu'on le traite pareillement, l'échec deviendra de plus en plus rare, jusqu'à cesser finalement. Il est des âmes heureuses qui apprennent la leçon dès le début, mais la bénédiction demeure également sur celles qui franchissent les étapes et acquièrent une victoire progressive.

Ayant exposé comment l'on peut être délivré de l'échec, je voudrais maintenant parler un peu des causes de cet échec dans cette vie de plein salut. Les causes ne résident pas dans la force de la tentation, dans notre propre faiblesse, ou parce que le Seigneur ne peut pas ou ne veut pas nous sauver. La promesse faite à Israël était positive : « Nul ne tiendra devant toi, tant que tu vivras ». La promesse qui nous a été faite est tout aussi positive: « Dieu, qui est fidèle, ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces; mais avec la tentation il préparera aussi le moyen d'en sortir, afin que vous puissiez la supporter. » Les hommes d'Aï étaient peu nombreux. Cependant, les gens qui avaient conquis la puissante Jéricho « s'enfuirent devant les gens d'Aï ». Cela n'était pas dû à la force de leurs ennemis, ni au fait que Dieu les avait soi-disant abandonnés. La cause de leur défaite était tout autre, et le Seigneur Lui-même la fit connaître en ces termes: « Israël a péché: ils ont transgressé mon alliance que je leur ai prescrite, ils ont pris des choses dévouées par interdit, ils les ont dérobées et ont dissimulé et ils les ont cachées parmi leurs bagages. Aussi les enfants d'Israël ne peuvent-ils résister à leurs ennemis; ils tourneront le dos devant leurs ennemis ».

C'était une chose cachée qui les avait conquis. Cachée dans la terre, sous une tente obscure de cette grande armée, se trouvait une chose que Dieu n'acceptait pas. Cette petite chose cachée avait rendu l'armée impuissante devant ses ennemis. « Il y a de l'interdit au milieu de toi, Israël, tu ne pourras pas résister à tes ennemis, jusqu'à ce que vous ayez ôté l'interdit du milieu de vous. » La leçon enseignée ici est la suivante: tout ce que nous chérissons dans notre cœur et qui est contraire à la volonté de Dieu, même si c'est insignifiant ou bien caché, nous fera tomber devant nos ennemis. Toute racine consciente d'amertume envers quelqu'un d'autre, tout égoïsme, tout jugement sévère, toute négligence dans l'obéissance à la voix du Seigneur, toute habitude ou fréquentation douteuse (toutes ces choses, ou l'une d'entre elles, quelle qu'elle soit), rendra notre vie spirituelle boiteuse ou la paralysera, si elle est consciemment pratiquée.

Il se peut que nous ayons caché le mal dans un coin perdu de notre cœur, que nous l'ayons éloigné de nos yeux et que nous refusions même d'en reconnaître l'existence, bien que nous ne puissions nous empêcher d'en être constamment conscients. Nous pouvons l'ignorer fermement et continuer à déclarer notre consécration et notre confiance envers Dieu.

Nous pouvons démontrer plus de zèle que jamais dans l'accomplissement de nos devoirs religieux et avoir les yeux plus ouverts que jamais à la vérité et à la beauté de la vie et de la marche de la foi. Nous pouvons paraître, devant nous-mêmes et devant les autres, avoir acquis une position quasi invincible de victoire, et malgré tout continuer à connaître l'amertume de la défaite. Nous aurons beau nous étonner, remettre en question, désespérer et prier, tout sera inutile, tant que nous n'aurons pas déterré le mal de sa cachette, pour l'amener à la lumière et le déposer devant Dieu.

Dès l'instant où le croyant qui marche dans cette vie intérieure rencontre la défaite, il doit aussitôt en chercher la cause. Cette dernière ne se trouve ni dans la force de cet ennemi particulier, mais dans ce qui se tient derrière, dans ce manque caché de consécration au centre même de son être.

Comme le mal de tête n'est jamais la véritable maladie, mais seulement un symptôme du mal qui se tient dans une autre partie du corps, ainsi l'échec que rencontre le chrétien n'est qu'un symptôme d'un mal caché qui se trouve probablement dans une autre partie de sa personnalité.

Il arrive parfois que le mal se cache dans ce qu'un regard rapide pourra considérer comme étant juste. Derrière un zèle apparent pour la vérité peut se cacher un esprit de jugement, ou une tendance subtile à se confier en son propre entendement. Derrière une fidélité chrétienne apparente peut se cacher un manque d'amour. Derrière un soin apparent et légitime pour nos affaires peut se cacher un manque total de confiance en Dieu. Je suis convaincue que notre bienheureux Guide, le Saint-Esprit qui habite en nous, est secrètement occupé à nous révéler ces choses, en tirant sans cesse sur notre conscience, de sorte que nous demeurons ensuite sans excuse.
Il est très facile de ne pas prêter attention à Sa douce voix et d'insister que tout va bien, pourtant le mal fatal demeure caché en nous, causant notre propre défaite sur les terrains les plus inattendus.

J'ai rencontré une bonne illustration de ce fait, un jour, en faisant mon ménage. Nous venions d'emménager dans une nouvelle maison et j'en faisais le tour, pour voir si tout fonctionnait bien. Dans la cave, je remarquai une barrique de cidre, en apparence très propre et fermée des deux bouts. Je me demandai si je devais la sortir de la cave et regarder ce qu'il y avait à l'intérieur, mais décidai finalement de la laisser où elle était, car elle semblait très propre et vide, de plus il m'aurait fallu un gros effort pour la sortir de la cave. Je n'étais pas très convaincue du bien-fondé de ma décision, mais me débarrassai bien vite de mes scrupules et la laissai. A chaque printemps et chaque automne, lorsque je nettoyais entièrement la maison, je me rappelais cette barrique et sentais un petit remords de conscience de ménagère. Je ne me faisais pas à l'idée de posséder une maison parfaitement propre, tout en gardant cette barrique fermée.

Comment pouvais-je savoir, si, derrière ce bel extérieur, elle ne contenait pas quelque chose mauvaise? Je m'efforçai cependant de maîtriser mes scrupules, en pensant aux efforts qu'il me faudrait accomplir pour connaître la clé du mystère. Pendant près de deux ou trois ans, la barrique à l'aspect innocent resta dans notre cave. Puis, sans que nous en rendions compte, les mites envahirent la maison.

J'essayai de m'en débarrasser par tous les moyens, mais en vain. Leur nombre augmenta rapidement et elles menacèrent de ruiner tout ce que nous possédions. Je pensai que la cause du mal résidait dans les tapis et les nettoyai soigneusement. Je soupçonnai nos fauteuils et les recouvris entièrement. Je pensai à toutes sortes de choses impossibles. A la fin, la barrique me revint à l'esprit. Je réussis à la sortir de la cave et à l'ouvrir: je peux dire que des milliers de mites en sortirent aussitôt.

L'ancien propriétaire de la maison devait l'avoir scellée avec un produit qui attirait les mites, et c'était là que résidait l'origine de mon problème.

Je crois qu'il existe aussi des petites habitudes innocentes que nous gardons en nous, des petites choses de peu d'importance au sujet desquelles nous avons de temps à autre de petits remords de conscience; nous ne les mettons jamais vraiment en lumière, pour les sonder sous le regard profond de Dieu. Ces choses sont à l'origine de la plupart de nos échecs, dans notre vie intérieure. Nous n'avons pas tout cédé.

Il reste quelque petit coin que nous ne voulons pas ouvrir à l'œil du Seigneur. Dans nos cœurs, il y a encore quelque mal caché. C'est la raison pour laquelle nous ne résistons pas à nos ennemis et leur présence nous rend incapables d'agir.

Pour éviter de connaître l'échec ou en découvrir la cause, lorsque nous nous rendons compte de notre défaite, nous devons prier sans cesse ainsi: « Sonde-moi, Ô Dieu, et connais mon cœur; éprouve-moi et connais mes pensées. Regarde si je suis sur une mauvaise voie, et conduis-moi sur la voie de l'éternité ».

Laissez-moi vous supplier, cher chrétien, de ne pas penser que je crois en l'échec, en raison de tout ce que je viens de dire à ce sujet. Vous pouvez certainement l'éviter. Le Seigneur Jésus est capable, d'après ce que nous avons vu plus haut, de nous délivrer de la maison de nos ennemis, afin que nous « puissions Le servir sans crainte, en marchant dans lui dans la sainteté et dans la justice, tous les jours de notre vie ».

Prions donc, jour et nuit, en ces termes: « Seigneur, garde-nous du péché et fais de nous des témoins vivants de ta puissance, pour le salut de tous. » Ne soyons jamais satisfaits, tant que nous ne serons pas des instruments dociles entre Ses mains et que nous n'aurons pas appris à Lui faire entièrement confiance, afin qu'Il soit alors capable « de nous rendre capables de toute bonne œuvre pour l'accomplissement de sa volonté et fasse en vous ce qui lui est agréable, par Jésus-Christ, auquel soit la gloire aux siècles des siècles! Amen! »

Tiré du livre : « Le secret du chrétien pour une vie heureuse » d’Hannah W. Smith

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1 commentaire:

  1. Merci , Jean Luc ,continues dans ce que le seigneur te dicte ....car c'est la "voix du Seigneur" , avec son esprit ...
    Qu'il te bénisse !
    Et merci Seigneur , toi qui est toujours là pour nous relever , grâce aussi à des frêres et soeurs qui ont "ton coeur", car tu les a enseigné et ils ont a coeur de transmettre ton message ... Merci , Jésus !

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