jeudi 2 septembre 2021

Les origines divines des tyrannies

(et les buts poursuivis par Dieu au travers de leur établissement)

 

« il n'y a point d'autorité qui ne vienne de Dieu, et les autorités qui existent ont été instituées de Dieu. »

La place des autorités humaines sous le regard de Dieu est assez mal connue dans les milieux chrétiens, ce qui laisse malheureusement de l’espace à deux tendances déséquilibrées opposées. Le première consistant dans une servilité et une obéissance aveugle à des ordres injustes et mensongers et la seconde cherchant à se réfugier dans une contestation systématique de toute figure d’autorité, considérée fondamentalement comme illégitime puisqu’elle ne serait pas soumise à Dieu et à son éthique. Ces deux attitudes causent des dégâts dans le peuple de Dieu et apportent leur lot de contre-témoignages qui sont autant d’occasions de chutes pour les faibles dans la foi. Pourtant il est clairement écrit :

« C'est Lui (Dieu) qui change les temps et les circonstances, qui renverse et qui établit les rois, qui donne la sagesse aux sages et la science à ceux qui ont de l'intelligence. » (Dan ; 2, 21.)

« Jésus répondit (à Pilate): Tu n'aurais sur moi aucun pouvoir, s'il ne t'avait été donné d'En-Haut » (Jean 19, 11.)

« Soyez soumis, à cause du Seigneur, à toute autorité établie parmi les hommes, soit au roi comme souverain... » (1 Pierre 2, 13.)

vendredi 13 août 2021

Le Règne de Dieu sur les autorités humaines

«Jésus lui répondit: En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le Règne de Dieu… Jésus répondit: En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît d'eau et d'Esprit, il ne peut entrer dans le Règne de Dieu.» (Jean 3: 3 et 5)

Dans cette rencontre entre le Christ et Nicodème, il semble que nous assistons a un dialogue de sourds. D’un côté, il y a un théologien qui est tellement sûr de son fait qu’il va expliquer à Jésus ce qu’il croit discerner. Il croit voir en Lui un envoyé de Dieu, un prophète, mais le Seigneur va immédiatement le reprendre pour lui montrer qu’il ne discerne rien de spirituel. Il entend le bruit du vent (le souffle de l’Esprit), mais « il ne sait ni d’où il vient » (d’auprès du Père), « ni où il va » (à la croix et à la résurrection). On peut donc dire que le Règne de Dieu échappe aux yeux humains de ce grand « docteur d’Israël », mais qu’il n’en est malheureusement pas conscient malgré son dialogue avec le Maître. Car ce Règne est d’un autre domaine et ne peut se voir qu’avec les yeux de la foi. Lorsque Job à la suite de toutes ses épreuves s’interrogeait sur les raisons de ses malheurs, Élihu rempli de l’Esprit a détourné ses regards de ses problèmes pour lui faire admirer tout ce que Dieu fait sur cette terre et dans les cieux (Job chapitres 32 à 37). C’est également la saine réaction de Jérémie après avoir énuméré toutes ses souffrances qui va se tourner vers le bontés de l’Éternel qui ne sont jamais épuisées, mais qu’il faut savoir remarquer et ne jamais oublier (Lamentations de Jérémie chapitre 3).

«Le Règne de Dieu ne vient pas de manière à frapper les regards. On ne dira point: Voyez ici, ou: Voyez là. Car voyez, le Règne de Dieu est au dedans de vous.» (Luc 17:20-21) C’est-à-dire là où il ne peut pas se voir avec des yeux humains ! 

mardi 16 mars 2021

Le pardon indispensable

Source constante de la vie éternelle

Le thème de la grâce et du pardon parcourt toute la Bible, mais dans notre société consumériste on risque de prendre la mauvaise habitude d’en faire un produit de consommation. Or, s’il est vrai que toute relation profonde avec Dieu commence par son pardon, les Écritures nous avertissent qu’il ne faudrait pas en rester à le consommer ! Comme le sang ne possède la vie que lorsqu’il circule, de même le pardon ne reste vivant que lorsqu’il est transmis. Après l’avoir reçu, nous sommes en effet appelés à devenir nous même des diffuseurs de ce baume vital qui ouvre à chacun la possibilité de nouveaux départs. C’est ce que le Christ nous indique dans ses enseignements. 

La parabole du serviteur impitoyable.

Mathieu 18. 21-35 :

«C'est pourquoi, le Royaume des cieux est semblable à un roi qui voulut faire rendre compte à ses serviteurs. 24 Quand il se mit à compter, on lui en amena un qui devait dix mille talents. 25 Comme il n'avait pas de quoi payer, son maître ordonna qu'il soit vendu, lui, sa femme, ses enfants, et tout ce qu'il avait, et que la dette soit acquittée. 26 Le serviteur, se jetant à terre, se prosterna devant lui, et dit: [Seigneur,] aie patience envers moi, et je te paierai tout. 27 Ému de compassion, le maître de ce serviteur le laissa aller, et lui remit la dette. 28 Après qu'il fut sorti, ce serviteur rencontra un de ses compagnons qui lui devait cent deniers. Il le saisit et l'étranglait, en disant: Paie ce que tu me dois. 29 Son compagnon, se jetant à terre, le suppliait, disant: Aie patience envers moi, et je te paierai. 30 Mais l'autre ne voulut pas, et il alla le jeter en prison, jusqu'à ce qu'il ait payé ce qu'il devait. 31 Ses compagnons, ayant vu ce qui était arrivé, furent profondément attristés, et ils allèrent raconter à leur maître tout ce qui s'était passé. 32 Alors le maître fit appeler ce serviteur, et lui dit: Méchant serviteur, je t'avais remis en entier ta dette, parce que tu m'en avais supplié; 33 ne devais-tu pas aussi avoir pitié de ton compagnon, comme j'ai eu pitié de toi? 34 Et son maître, irrité, le livra aux bourreaux, jusqu'à ce qu'il ait payé tout ce qu'il devait. 35 C'est ainsi que mon Père céleste vous traitera, si chacun de vous ne pardonne à son frère de tout son cœur.»

Vous trouverez ci-dessous un tableau chiffré pour bien comprendre l’échelle des valeurs que le Christ emploie dans cette histoire.

dimanche 8 novembre 2020

L’état de "manque" de l’homme sans Dieu

Jean-Luc B

 

 « Comme une biche soupire après des courants d'eau, Ainsi mon âme soupire après toi, ô Dieu ! Mon âme a soif de Dieu, du Dieu vivant » (Psaume 42)

Nous allons parler d’un mot qui est malheureusement souvent très mal compris et qui fait pourtant partie du vocabulaire religieux. C’est un mot qui a fait culpabiliser des innombrables générations de croyants, mais sans pouvoir à lui seul leur apporter la solution après laquelle ils soupiraient. Ce mot qui nous vient de l’hébreu, c’est le terme : PÉCHÉ. Pour beaucoup de gens, le péché serait une (ou des) actions mauvaises. Mais c’est oublier la condition primordiale pour se focaliser uniquement sur ses conséquences ! Car pour la Bible, le péché est avant tout un état qui va amener l’homme à des actes fâcheux.

Le péché

Revenons donc au sens original de ce mot dans le vocabulaire hébreux de l’Ancien Testament.

mercredi 29 avril 2020

Le mystère des 2 Pâques

ou des «ombres» à la réalité



La question des deux dates de Pâque dans les évangiles lors de la crucifixion.


«Le premier jour des pains sans levain, où l'on immolait la Pâque, les disciples de Jésus lui dirent: Où veux-tu que nous allions te préparer la Pâque ?» (Marc 14. 12 et Luc 22. 7-8). Or il est surprenant de constater que le lendemain de cette Pâque, nous apprenons que «la Pâque des juifs» aurait lieu le jour suivant (Jean 19 : 14 et 31) ! Nous nous trouvons donc dans la même semaine devant 2 fêtes de Pâque distantes d'une journée ! D’un côté, il y a celle que le Christ prend avec ses disciples dans la chambre haute, mais il y a également la fête «officielle» qui a eu lieu le lendemain de la crucifixion. Ce jour -le premier jour des pains sans levain- était un «sabbat exceptionnel» (Exode 12, 16.). Nous pouvons donc en déduire que nous avons cette année là dans le «calendrier officiel» deux jours chômés qui se succèdent : le vendredi «sabbat exceptionnel» de Pâque et puis le samedi, qui est un sabbat ordinaire. Ce n’est qu’au 4° siècle, dans un contexte de conflit avec le christianisme, que Hillel II décrétera que deux jours de sabbats ne peuvent pas se suivre. Il est à remarquer qu'il est écrit dans le premier évangile, lorsque les femmes vont au tombeau «après LES sabbats, à l’aube du premier jour de la semaine», Mathieu 28, 1 emploie le terme grec «sabbatôn» qui est un pluriel : «après LES sabbats»… mais nos traductions pour simplifier les choses ont préféré écrire «sabbat» au singulier, ce qui n’aide pas à la compréhension de la chronologie de ces évènements. 
 
Avant la découverte du calendrier solaire des Jubilés retrouvé à Qumran il était impossible de comprendre le décalage d'une journée entre la Pâque de la Cène que Jésus a mangé avec ses disciples et «la Pâque des juifs» dont nous parle Jean et qui a eu lieu le lendemain.

En nous rappelant que chez les juifs le jour commençait le soir et que la Pâque devait être immolée «entre les deux soirs » du 14 Nisan, nous pouvons donc en comprendre que le dernier repas du Seigneur a eu lieu dans la nuit du mercredi au jeudi. Or nous savons maintenant que dans le calendrier solaire des anciens hébreux, l’année commençait à l’équinoxe de printemps, toujours un mercredi, et le 14 Nisan (2 semaines plus tard) était donc lui aussi un mercredi. 

Pour bien comprendre la chronologie des évènements, il nous est nécessaire de partir du seul jour qui est nommé précisément dans les évangiles : «le premier jour de la semaine», c’est à dire le dimanche matin, le jour de la résurrection. A partir de ce matin de Pâque, il nous faut, selon les paroles du Christ, revenir «trois jours et trois nuits» en arrière pour connaître le jour de la crucifixion et de la mise au tombeau. Trois jours et trois nuits plus tôt nous ramènent au jeudi, qui serait donc le jour de la crucifixion. La Cène avec les disciples dans la chambre haute aurait donc eu lieu dans la nuit du mercredi au jeudi. Car la déclaration du Christ est claire et nous donne des indications fiables :

«Car comme Jonas fut dans le ventre d’un grand poisson trois jours et trois nuits, ainsi le Fils de l’homme sera dans le sein de la terre trois jours et trois nuits.» (Mat. 12; 40)

Il n’est pas écrit «après 3 nuits et 3 jours». Puisque selon ces paroles la nuit est la dernière échéance de son séjour au tombeau, la résurrection n’a donc pas pu avoir lieu le soir du samedi, mais à la fin de la nuit du samedi au dimanche. Dans la chronologie des évènements que nous pouvons calculer en partant du jour de la résurrection (le dimanche) et en comptant à rebours les «3 jours et 3 nuits» au tombeau, la déclaration littérale du Christ correspond avec le calendrier solaire des Jubilés, puisque la Cène aurait eu lieu dans la nuit de mercredi à jeudi et que l’arrestation, la condamnation et la crucifixion auraient bien eu lieu pendant la journée du jeudi.

Le «vendredi saint» qui est fêté actuellement comme étant le jour de la crucifixion, ne date pas des débuts du christianisme, mais des siècles suivants où a émergé l’envie de fabriquer des «fêtes chrétiennes» à partir du calendrier juif. Une sorte de calendrier juif christianisé qui suivait les décrets rabbiniques et qui a cohabité sous cette forme jusqu’à la rupture avec le judaïsme du concile de Laodicée vers 364 où l’idée d’un calendrier religieux est restée, mais où le pouvoir de décréter ses dates a été récupéré par le pouvoir romain.

Le calendrier solaire des anciens hébreux

La fête de Pâque était soumise à un calendrier très précis : «le quatorzième jour du 1° mois entre les deux soirs» et il s’agissait «d’une loi perpétuelle» (voir Exode 12.). Ce qui veut dire qu’on ne pouvait par en changer les dates en fonction des besoins ou des idées. Il a donc bien fallu qu’il y ait eu deux calendriers différents (qui ne calculaient pas les dates de la même manière) pour que la Pâque soit fêtée à deux dates différentes séparée d'une journée.

D'après les données dont nous disposons
aujourd'hui, on n'est plus tellement certains qu'il s'agisse d'un calendrier «essénien», mais bien plutôt de l'ancien calendrier hébreu d'avant la captivité. Il a toujours été présent dans la Bible éthiopienne et les manuscrits de Qumran nous ont permis de (re)découvrir qu’il existait bien avant la naissance du Christ. C’était un calendrier solaire de 364 jours composé de 4 trimestres de 91 jours (2 mois de 30 jours + 1 mois de 31 jours). Selon ce calendrier, l’année commençait à l’équinoxe de printemps et la Pâque avait lieu le 14° jour de ce mois. Selon cette tradition, le premier jour de l’année était toujours un mercredi (le 4° jour de la création où Dieu a fait les luminaires «pour marquer les temps»). Ce qui veut dire que le 14 Nisan était lui aussi un mercredi, puisqu’il avait lieu 2 semaines de 7 jours après le début de l’année.

D’après le calendrier solaire des Jubilés, la premier jour du premier mois est forcément un mercredi (4° jour = création des luminaires). Le 14° jour du mois (1° jour des pains sans levains) est donc forcément aussi un mercredi. Si nous considérons que le Seigneur suivait ce calendrier et que nous reprenons les Textes de Marc et de Luc, c’est donc le mercredi soir que Jésus aurait mangé la Pâque avec ses disciples, donc au commencement de la journée du Jeudi (qui commence chez les juifs après le coucher du soleil) le 15 Nisan. 

La plupart des chercheurs modernes qui se sont penchés sur la question ont aujourd'hui admis que le Christ ne suivait pas le calendrier luni-solaire du Temple D’Hérode, mais le calendrier solaire des anciens hébreux. Ce qui s'observe par le fait que selon les évangiles, Jésus mangea la Pâque avec ses disciples une journée avant la Pâque du Temple. Il faut comprendre qu’à leur retour de leur captivité babylonienne, les juifs avaient apporté dans leurs bagages le calendrier luni-solaire qui était en usage à Babylone.

Le calendrier solaire de 364 jours retrouvé à Qumran commençait toujours le premier mois de l'année par un mercredi, ce qui fait que dans ce calendrier le 15 Nisan tombait forcément un Jeudi. D'après les évangiles c'est ce jour où Jésus a été arrêté, jugé, crucifié et mis au tombeau. Si on rajoute les «3 jours et 3 nuits dans le coeur de la terre» que le Christ avait annoncé, on en arrive précisément au dimanche matin de la résurrection.

Et comme nous avons le témoignage unanime des premiers chrétiens concernant le dimanche comme étant le jour de la résurrection, il nous suffit donc de compter à rebours «trois nuits et trois jours» pour connaître le jour de la mort de Jésus et de sa mise au tombeau : le jeudi en fin d’après midi. Si l’on ne s’obsède pas sur un compte avec des jours de 24 heures, nous avons donc la mise au tombeau qui a lieu le jeudi avant 18h00 (1° jour), le journée pleine de vendredi (sabbat exceptionnel de Pâque, 2° jour) et de samedi (3° jour), plus la nuit du samedi au dimanche (3° nuit)

La parole du Christ est claire : «Car comme Jonas fut dans le ventre d’un grand poisson trois jours et trois nuits, ainsi le Fils de l’homme sera dans le sein de la terre trois jours et trois nuits.» (Mathieu 12; 40)

Il n’est pas écrit «après 3 nuits et 3 jours». Puisque selon sa déclaration, la nuit est la dernière échéance du séjour au tombeau, la résurrection n’a donc pas pu avoir lieu le soir du samedi, mais après la nuit du samedi au dimanche (à la fin de la 3° nuit).

Digression historique.

Nous savons par les découvertes de Qumran qu’aux moments de la naissance de Jean-Baptiste et du Christ il existait une communauté israélite qui s’était séparée de la religion juive officiant au Temple et qui se regroupait au nord de la Mer morte. A cette époque, il existait plusieurs courants religieux qui cohabitaient dans le judaïsme et il semblerait qu’une rupture se soit faite entre deux de ces courants au moment ou Juda Macchabée avait saisi le trésor du temple pour lever une armée contre les romains. Certains documents nous parlent d’un «grand-prêtre Jean» qui à ce moment là aurait quitté le Temple en prenant avec lui des fidèles et aurait formé une communauté dissidente de «purs», dans les déserts de Judée. Au delà de la saisie de l’or du Temple, il semble bien qu’il y avait d’autres sujets de griefs qui expliqueraient cette rupture, en particulier un conflit de calendrier.

On peut supposer que Jean-Baptiste faisait partie de cette dissidence, puisqu’à 30 ans, (l’âge où les sacrificateurs entrent dans leur fonction au Temple, voir Nombres 4), lui va aller officier dans les déserts en appelant à un retournement des coeurs. Rappelons qu’il est d’une famille de sacrificateurs (descendante d’Aaron), proche parent de la mère de Jésus et qu’il est né environ 6 mois avant Lui. Or les évangiles nous apprennent que «Jésus avait environ 30 ans» lorsqu’il se fit baptiser par son cousin dans le Jourdain (Luc 3; 23). 
 
Dans une religion, une partie du pouvoir des prêtres provient de l’autorité exercée pour décréter les dates des fêtes religieuses et agricoles. Or nous le disions plus haut, nous savons qu’en revenant de Babylone, les juifs avaient apporté dans leurs bagages un calendrier différent de celui des anciens israélites. D’après le «Livre des Jubilé» retrouvé à Qumran, l’ancien calendrier hébreu commençait toujours un mercredi (le 4° jour de la Création, lorsqu’ apparaissent les «horloges» célestes : le soleil, la lune et les étoiles). Comme le calendrier des Jubilés était basé uniquement sur l’observation du soleil, des solstices et des équinoxes, il permettait aux semailles et aux récoltes de tomber aux bons moments de l’année. 
 
Mais le calendrier rapporté de Babylone était un calendrier luni-solaire assez compliqué qui tenait compte des phases de la lune et qui, à cause de cela ne commençait pas l’année à une date solaire fixe. Il fallait donc rajouter un mois supplémentaire (30 jours) approximativement tous les 3 ans pour que les semailles et les récoltes soient faites aux bons moments. Ces deux modes de calculs amenaient donc à décréter des dates différentes pour les différentes fêtes instituées par Moïse. 
 
Il faut également voir une lutte de pouvoir dans la rupture totale du christianisme avec le judaïsme qui a inspiré les décrets du concile de Laodicée et qui a repris à son compte les calculs du calendrier romain (Julien). C’est pour cela qu’aujourd’hui encore les dates de Pâques des différents calendriers chrétiens et juifs ne correspondent pas forcément tous les ans… 
 
Pour résumer, nous savons maintenant que dans la Judée du temps de Jésus il y avait deux calendriers israélites différents qui «cohabitaient». Le calendrier solaire des fidèles hébreux qui suivaient le principe de rupture du prêtre Jean, et le calendrier luni-solaire issu de Babylone et suivi par les prêtres nommés par les romains, qui était le calendrier officiel au Temple. C’est en suivant le «calendrier des Jubilés» que le Christ a mangé la Pâque le mercredi soir (14° jour du 1° mois de l’année chez les anciens israélites). Un indice supplémentaire nous est apporté par l’indication de l’emplacement de la «chambre haute» où sest passée la Cène : «Et il envoya deux de ses disciples, et leur dit: Allez à la ville ; vous rencontrerez un homme portant une cruche d'eau, suivez-le. Quelque part qu'il entre, dites au maître de la maison: Le maître dit: Où est le lieu où je mangerai la Pâque avec mes disciples ? Et il vous montrera une grande chambre haute, meublée et toute prête: c'est là que vous nous préparerez la Pâque.» (Marc 14; 13-15) Dans les usages culturels de cette région, porter l’eau était une activité réservée aux femmes, sauf évidemment dans les communautés composée uniquement d’hommes, comme c’était le cas de celle de Qumran ! Tout porte à croire que le Christ a mangé cette Pâque dans la maison d’un sympathisant de cette communauté, qui employait précisément lui aussi le calendrier solaire des anciens hébreux.

Pour les théologiens des siècles suivants, qui n’avaient pas connaissance de l’usage concomitant de deux calendriers à l’époque du Christ, il fallait absolument trouver une certaine logique dans les récits des évangiles. C’est ainsi que certains chercheurs ont supposé que le Christ aurait décidé d’avancer d'une journée la Pâque qu’il avait mangé avec ses disciples. Mais c’est oublier qu’il était impossible à quelqu'un de respectueux de la Loi de différer la date de la Pâque, puisque l'immolation de l'agneau devait impérativement avoir lieu «le 14 jour du premier mois entre les deux soirs» et qu'il devait être consommé avant le lendemain matin. C'est ce que le Christ a fait. Mais ceux qui ne connaissaient pas l’existence de ces deux calendriers différents ont cherché au cours des siècles toutes sortes d’explications plus ou moins boiteuses pour essayer de faire disparaître ces apparentes contradictions. 
 
L’historienne Anne Jaubert qui s’est beaucoup penchée sur ce sujet, dans un article consultable sur le net : «La date de la dernière Cène», relève plusieurs de ces «traditions» différentes mais n’arrive pas, elle non plus, à départager la «bonne source» des autres. Elle parle de «contradictions» dans les Textes des évangiles.  Personnellement je ne vois pas trop où Annie Jaubert trouve des contradictions dans les récits des évangiles. Sauf si elle est restée bloquée avec une crucifixion traditionnelle le vendredi saint. Mais alors les paroles du Christ se comparant à Jonas ne peuvent pas être crues littéralement. Et les deux dates de Pâque dans la même semaine restent inexplicables.

L’étude de S Mierlo intitulée : «L’ancien calendrier des Hébreux» (consultable aussi sur le net), explique bien différents aspects techniques des décalages entre ces 2 calendriers, même s’il n’arrive malheureusement pas non plus à croire et à intégrer la parole du Christ rapportée dans Mat. 12. 40, ce qui l’amène à calculer une résurrection le samedi. C’est à dire après seulement deux nuits au tombeau, ce qui ne correspond pas non plus à la chronologie précise que le Christ a pourtant exprimé clairement…  
 
Comprenons-nous bien, il ne s’agit pas d’un «nouveau calendrier», mais de l’ancien calendrier solaire hébreu que l’on trouve dans le «Livre d’Hénoch» et le «Livre des Jubilés». Ces livres sont présents depuis 2 millénaires dans la Bible éthiopienne et des exemplaires encore plus anciens, datant du 2° siècle avant l’ère chrétienne ont été retrouvés à Qumran. C’est grâce à la (re)découverte de ce calendrier des anciens hébreux que peut enfin s’expliquer ce décalage d'une journée entre la Pâque que le Christ a mangé avec ses disciples la veille de sa crucifixion et la «Pâque des juifs» qui a été célébrée le soir de sa mise au tombeau. Beaucoup de chrétiens ignorent malheureusement ces choses, qu’ils soient juifs messianiques ou pas. Mais en relisant tout ce qui est dit plus haut on peut comprendre un peu mieux la chronologie de Pâque expliquée dans les 4 évangiles. 
 
Résumons les dates de Pâque.

- Jésus mange la Pâque de l’ancien calendrier hébreux des Jubilés avec ses disciples le mercredi soir 14 Nisan ;

- Il est arrêté dans la même nuit de mercredi à jeudi, jugé, crucifié et mis au tombeau le jeudi avant le coucher du soleil ;

- La «Pâque des juifs» est célébrée le jeudi soir après le coucher du soleil, donc au début de ce vendredi qui était donc un «sabbat exceptionnel». Le jeudi de cette année là serait donc le jour de l’immolation des agneaux de Pâque dans le Temple selon le calendrier luni-solaire en vigueur dans le Temple d’Hérode. 
 
Il faut savoir que dans la tradition juive le jour commence le soir vers 18h00, après le coucher du soleil. On peut donc dire que le repas pascal, l’arrestation, la condamnation et la crucifixion ont lieu pendant la journée du jeudi, qui a commencé le mercredi soir au coucher du soleil et qui s’est achevée le jeudi avant le coucher du soleil par la mise au tombeau. Remarquons que l’Agneau de Dieu n’est pas immolé à la date du calendrier traditionnel des anciens hébreux qu’il observe pourtant, mais il va être crucifié le jeudi, c’est à dire une journée après l’immolation du mercredi selon le calendrier des Jubilés, mais le même jour que l’immolation au Temple dans le calendrier luni-solaire de «la Pâque des juifs». On dirait que le Saint Esprit s’est organisé pour qu’il ne soit pas possible de célébrer une fête de Pâque «chrétienne» qui tomberait à une date précise d’un calendrier religieux qui soit conforme à la Loi de Moïse !
 
L’auteur de l’épître aux Hébreux nous donne à ce sujet une piste de réflexion intéressante lorsqu’il écrit que lors de son Culte «le Christ a souffert hors de la porte» (Hébreux 13) et qu’il nous appelle à le suivre dans cette même dynamique. Sortir du Temple, sortir de la ville sainte, sortir des schémas prophétiques du calendrier religieux («en imitation du véritable») pour entrer dans la réalité d’une Vie nouvelle en Christ où le jour du repos de Pâque n’est plus «exceptionnel» une fois par an, mais doit devenir une réalité quotidienne (Hébreux 4; 7)On retrouve ce même principe d’extraction (que j’aborde dans une autre étude) dans la cène du pain et du vin de Melchisédek qui sort de Jérusalem lors sa rencontre avec Abraham victorieux. Le même principe se retrouve également dans le sens premier du mot «église» qui signifie «rassemblé en dehors». Le Bon Berger appelle ses brebis hors de la bergerie et son cadre sécurisant afin qu’elles puissent le suivre par la foi dans les pâturages d’un quotidien rempli de sa Présence (Jean 10; 3)

C’est pourquoi cette recherche sur les différents calendriers en usage à la mort du Christ ne devrait pas ébranler notre foi. Cette étude nous permet simplement de montrer que les Textes de nos Bibles sont fiables, même si nous n’avons pas toujours eu à notre disposition les explications techniques permettant de dissiper les apparentes contradictions qu’ils contiennent. Il nous reste à recevoir simplement en toute confiance ces Textes Inspirées, sachant qu’ils sont dignes d’être reçus. Ils changent la vie de ceux qui les reçoivent avec foi et c’est cela le principal !
 
Fêter Pâque tous les ans, ou chaque jour ?
 
En voyant les difficultés historiques auxquelles nous nous heurtons pour arriver à dater précisément la Pâque annuelle au vue des différents calendriers à notre disposition, il ne nous reste plus qu’à essayer de tirer les leçons qui s’imposent. D’autant plus que cette année nous nous trouvons exceptionnellement dans l’impossibilité de célébrer la Pâque dans les lieux qui lui étaient consacrés depuis des siècles.

Dans les principes de la Nouvelle Alliance nous ne sommes plus dans la pérennisation d’un calendrier annuel qui n’était que «image et ombre des réalités spirituelles» (Hébreux 8; 5). Ces fêtes peuvent parfois nous être utiles pour nous rappeler certaines vérités spirituelles oubliées, mais elles nous voilent bien souvent sur les nécessaires transformations qui devraient se manifester dans notre existence quotidienne. Car la vie de disciple est destinée à être une incarnation journalière de ces réalités du salut où nous pouvons, par la foi, entrer paisiblement «dans des oeuvres bonnes que Dieu a préparées d’avance afin que nous y marchions» (Éphésiens 2; 10), selon ce que nous enseigne l’apôtre Paul. Et l’auteur de l’épître aux Hébreux ne dit pas autre chose :


«Pour nous qui avons cru, nous entrons dans le repos… Dieu fixe un nouveau jour-aujourd'hui- en disant dans David si longtemps après, comme il est dit plus haut: Aujourd'hui, si vous entendez sa voix, N'endurcissez pas vos coeurs. Car, si Josué leur eût donné le repos, il ne parlerait pas après cela d'un autre jour. Il y a donc un repos de sabbat réservé au peuple de Dieu. Car celui qui entre dans le repos de Dieu se repose de ses oeuvres, comme Dieu s'est reposé des siennes.» (Hébreux 4; 3, 7-10).

Nous comprenons ainsi que le commandement concernant le sabbat qui semble étonnamment absent des évangiles y est en fait totalement présent en filigrane au travers de l’oeuvre du Christ. Il rejoint ainsi toute la pensée de Paul sur la cessation des œuvres (sabbat signifie littéralement «cessation») qui sont heureusement remplacées par la grâce de Dieu devenant agissante par l’Esprit dans la vie de tous ceux qui croient à l’Oeuvre pleinement suffisante accomplie par le Fils à la Croix. Car l’Écriture nous déclare, que la pratique des rites (même institués par Dieu) n’a «rien amené à la perfection» (Heb. 7; 19), alors que la foi quotidienne en Christ, et la seule Offrande de sa chair à la croix, «amène à la perfection à perpétuité ceux qui sont sanctifiés par elle.» (Heb. 10;14)
 
Nous commençons alors à être extraits par la grâce de Dieu d’un calendrier terrestre pour pénétrer par la foi dans des réalités spirituelles éternelles qui, selon la prière que nous a appris le Maître, viennent alors s’établir «sur la terre comme au Ciel» dans ce Jour éternel du «Repos de Dieu» auquel nous sommes invités à participer dès ici bas. (Hébreux 4; 7)


Jean-Luc B

 

 


Dans le même ordre d'idée :



 







lundi 6 avril 2020

Pâque sans grands rassemblements

Pâque à la maison ?



Préambule :


Tout ce qui est suffisant à savoir pour susciter la foi et la nourrir a été écrit dans la Bible. L’Esprit qui en a inspiré les lignes savait très bien ce qui était important à dire et ce qui ne l’était pas. Dans la Bible comme dans la musique, les silences ont leur importance et font parties intégrantes de la mélodie, ils sont donc à respecter et à conserver. On peut déplorer que les traditions depuis 2 000 ans aient essayé de remplir ces silences avec toute sortes de bruits dogmatiques ou rituels qui en troublent la clarté. Cette mauvaise habitude s’est malheureusement généralisée, car toutes les dénominations ont essayé successivement de se distinguer avec leurs propres «bourrages de silences» à coup des règles, de dogmes et de rites. Il me semble donc important pour retrouver l’harmonieuse mélodie voulue par le Sauveur, de revenir au respect des choses écrites tout en respectant également celles que l’Esprit a intentionnellement voulu nous taire.  

Lorsque nous cherchons à approfondir la Parole de Dieu, nous découvrons ce que j’appellerais une «inertie intérieure» qui freine l’impact de la Parole divine dans notre intelligence. Cette inertie provient de toutes sortes d’habitudes religieuses qui nous éloignent du sens réel de ce que nous entendons. Il y a, nous dira l’apôtre Paul, un véritable travail divin de dés-apprentissage et de transformation intérieure qui est absolument nécessaire pour que nous puissions tirer profit de ce qui a été écrit sous l’inspiration de l’Esprit : 

«Ne vous conformez point à ce présent siècle, mais soyez transformés par le renouvellement de votre entendement, afin que vous éprouviez quelle est la volonté de Dieu, bonne, agréable, et parfaite.» (Romains 12; 2)