dimanche 3 octobre 2010

LA MESURE DE CHRIST


Par Théodore Austin-Sparks
Si l'Église est l'expression de Christ sur la terre, et si elle est régie par cet objectif unique, cet objectif suprême: la plénitude de Christ, alors la mesure de Christ devient un facteur capital. Par mesure de Christ. Nous entendons la place qui lui est donnée, l'influence qu'il Lui est possible d'exercer. Ici, il peut nous être nécessaire à tous de faire un effort de probité dans notre appréciation de certaines situations. Tâchons d'avoir notre coeur à la réalité. La question suivante doit être regardée en face. Est-ce bien la plus grande mesure de Christ qui est l'objectif déterminant de notre vie et de notre activité chrétiennes? La réponse que nous donnerons résoudra automatiquement, vous vous en doutez, bien d'autres questions.

Un schisme, par exemple, à l'époque du Nouveau Testament, équivalait à une division de Christ. Toute la question gravitait autour de l'indivisibilité de Christ. «Christ est-Il divisé? » L'unité de Christ se trouvait pratiquement contredite quand on commençait à tourner autour de certains hommes et à les suivre de préférence à d'autres; ou quand certains aspects de la vérité devenaient des centres d'intérêt, dans certains groupes exclusifs; ou encore quand la signification de Christ était mal saisie, et que de ce fait on ne Lui reconnaissait pas tous Ses droits. Mais là où l'on se préoccupait de ce qu'il y avait de Christ chez tous, là où les intérêts personnels, les préventions personnelles, les prédispositions personnelles, tout ce qui était personnel était exclu, une plénitude correspondante pouvait se manifester et l'unité chrétienne s'épanouissait de tous côtés. Ces caractéristiques apparaissent clairement dans les différentes églises du Nouveau Testament.

Dans le contexte super-organisé qu'est le Christianisme d'aujourd'hui, la question du schisme met en cause, non plus la personne de Christ, mais l'organisation qui en est affectée. Supposons par exemple que dans une oeuvre ou une communauté quelconque, certains enfants de Dieu se sentent à l'étroit, constatent que leur mesure de Christ se trouve compromise, et qu'ils se joignent à quelque autre milieu qui représentera pour eux une véritable libération spirituelle, qu'arrivera-t-il? Ceux qui mettent leur organisation au premier plan de leurs préoccupations les traiteront de schismatiques et leur reprocheront de diviser le peuple de Dieu.

Soyons ici parfaitement honnêtes et droits. Si l'on était toujours et totalement dépréoccupé des questions de « clientèle », de prestige, de finances, de traditions et autres facteurs du même ordre, pour tenir compte exclusivement de la mesure de Christ, c'est-à-dire de la mesure de plénitude spirituelle réalisée, si cette considération-là primait toutes les autres, combien toutes ces questions de dissidence et de division, rentreraient dans l'ombre, avec les discussions qu'elles provoquent et la pauvre mentalité qu'elles révèlent! Et le mal lui-même que nous diagnostiquons, combien il serait plus facilement tenu en échec! Quand c'est Christ qui est l'objectif en vue, pourquoi l'abandon d'un milieu spirituellement étroit et limité en faveur de quelque chose de plus enrichissant serait-il considéré comme une division ou un schisme?

Quand nous disons de «l'Église qui est Son Corps» qu'elle est, au regard de Dieu - et dans Son coeur - le grand objectif, et qu'il devrait en être de même pour nous, nous ne pensons pas à une chose, doctrine, enseignement, ou autre valeur du même ordre, ayant sa fin en elle-même; ce que nous voyons plutôt, c'est que, dans une véritable église, constituée et fonctionnant suivant des principes spirituels, la plénitude de Christ apparaîtra au premier plan et s'y manifestera toujours davantage. Tout ce qui devrait nous importer, c'est de savoir comment ce but peut être le plus heureusement atteint; et nous devrions être prêts à n'importe quel sacrifice pour nous avancer sur ce chemin.

Si le Christianisme avait conservé sa base spirituelle initiale, s'il n'avait pas, avec le temps, été « organisé » par des hommes peu spirituels (quoique souvent bien intentionnés), la question des schismes se serait ramenée à cette simple alternative: avec Christ ou sans Christ. Mais telle qu'elle se présente aujourd'hui, la question n'est pas là. La préoccupation dominante, c'est de préserver ou de maintenir une institution une organisation ou quelque oeuvre particulière issue de l'Église. En raison de cet état de choses, des nombreux intérêts personnels engagés, des multiples entreprises faisant oeuvre pieuses qui doivent, par nécessité, avoir le secours des hommes, Christ est devenu un diviseur dans un sens qui n'aurait jamais dû se présenter.

Alors que tous les croyants, et spécialement ceux qui occupent des positions officielles, devraient être consumés par une seule passion - atteindre une mesure de Christ aussi grande que possible - on se laisse influencer par des considérations tout à fait secondaires, qui peuvent conduire à des rivalités, des jalousies, de l'envie, des disputes. A ce moment-là, si quelques-uns sont dominés par cette passion de premier plan, tandis que d'autres se laissent influencer par des intérêts moins importants, il s'ensuit que c'est Christ qui devient le diviseur; mais on ne veut jamais l'admettre. Cette accusation d'être un fauteur de division, c'est le prix que doivent payer bon nombre de ceux qui veulent être fidèles à la vision céleste; et quelquefois, dans les cas extrêmes, c'est une part de « ce qui manque aux souffrances de Christ pour son corps, qui est l'Église. »

Il peut y avoir de nombreuses divisions qui ne sont pas imputables à cette préoccupation suprême; leurs causes sont légion, et pour rien au monde nous ne voudrions les cautionner. Mais ce que nous avons dit se rapporte, non à des différences d'interprétation, des préférences, des cheveux coupés en quatre en matière de doctrine ou de vie pratique, mais à une différence de vision et d'objectif essentiel. Nous touchons ici au dessein éternel de Dieu. L'a-t-on saisi ou non ? Est-on préoccupé de sa réalisation, des moyens les plus propres à le faire aboutir.

Tiré de « A Witness and A Testimony », Novembre-Décembre, 1955

http://connaitrechrist.net/Site/TAS/MesureChrist.htm








Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire