mardi 12 octobre 2010

"Présente-lui l'autre joue"

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Il vous est sans doute déjà arrivé de travailler avec quelqu’un qui posait des questions concernant votre religion. Pour ma part, je me souviens de cette conversation avec un collègue de travail. La question est survenue plutôt abruptement. Nous parlions de tout et de rien quand tout à coup, il me demanda avec un ton qui trahissait une certaine curiosité, ‘Au fait, quelle est ta religion?’ Il pensait que j’étais probablement de conviction bouddhiste, ou d’une quelconque religion asiatique puisque je suis de descendance chinoise. Quelle ne fut pas sa surprise de m’entendre dire que je suis chrétien. Cette question m’a permis de lui expliquer mes croyances religieuses.
Cet homme, comme tout québécois de souche française de son âge, a grandi dans une société où l’influence de l’église catholique se faisait sentir à tous les niveaux. La Bible ne lui était donc pas étrangère. Après avoir écouté mes explications, il fit le commentaire qu’il avait cessé depuis longtemps de croire à la Bible. Il me dit, ‘Il y a beaucoup de choses dans la Bible avec lesquelles je suis en total désaccord. Prends par exemple l’incident où Jésus dit, ‘Si quelqu’un te frappe au visage, alors tu lui montres ton autre joue.’ C’est tout à fait ridicule! Il n’y a personne qui va se laisser battre comme cela. Avec ces genres de commandements, comment veux-tu que je prenne la Bible au sérieux?’

Une éthique embarrassante?

Ce collègue tentait ainsi de m’expliquer ce qui, à ses yeux, enlevait toute crédibilité à la Bible. Il ne croyait pas à la Bible parce qu’on y retrouve trop de ces instructions qui n'ont pas de sens. Comment répondriez-vous à cette personne? A-t-il raison de dire que Jésus enseigne une éthique tout à fait déraisonnable et qui frise l’absurde? C’est ce que nous allons voir. Dans cette leçon, nous allons nous pencher sur ce passage que l’on retrouve au cœur du sermon que Jésus a prononcé sur la montagne en Matt 5.39

« Mais moi, je vous dis de ne pas résister au méchant. Si quelqu’un te frappe sur la joue droite, tends-lui l’autre ».

Presque tout le monde a entendu cité au moins une fois ce verset. On doit reconnaître le caractère plutôt choquant de cette déclaration. Elle attire l’attention et on s’en souvient pour longtemps même si on ne l’a entendue qu’une seule fois.

Quel est le message de Jésus à travers ces provocantes paroles? Comment devons-nous interpréter un tel passage? Jésus nous demande-t-il vraiment de présenter à nouveau notre joue devant la personne qui vient tout juste de nous frapper? Y a-t-il une manière de comprendre cette phrase autrement?

Tenir compte du contexte biblique

J’ai déjà fait cette remarque à plusieurs reprises dans le passé. Toute étude d’un passage biblique débute en considérant le contexte dans lequel il est écrit. On ne peut pas sauter par-dessus cette règle sans risquer de commettre des erreurs d’interprétation. Cette déclaration de Jésus, nous devons chercher à la comprendre à l’intérieur du contexte dans lequel elle a été dite. Nous devons tenir compte de ce que Jésus a dit avant et après ce verset. Tenter de se faire une opinion hâtive de Matt 5.39 sans prendre en considération le contexte ne peut que vous induire en erreur. Alors lisons ce verset dans son contexte Matt 5.38-42 :

« Vous avez entendu qu’il a été dit : Œil pour œil, dent pour dent. Mais moi je vous dis de ne pas résister au méchant. Si quelqu’un te frappe sur la joue droite, tends-lui aussi l’autre. Si quelqu’un veut te traîner en justice, et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau. Si quelqu’un te force à faire un mille, fais-en deux avec lui. Donne à celui qui te demande, et ne te détourne pas de celui qui veut emprunter de toi. »

Si vous avez eu l’occasion de lire certains commentaires bibliques concernant ce passage, vous aurez sans doute remarqué que ces ouvrages traitent surtout de la question des représailles. Le chrétien ne doit pas user de représailles contre quelqu’un. Il ne doit pas chercher à se venger si on lui fait du mal. Je me joins à ces commentateurs pour dire la même chose. Cependant, j’ajouterais l’observation suivante. Il me semble qu’il y a d’autres aspects qui se dégagent de ce passage. Ce que je veux dire, c’est que le Seigneur Jésus ne nous demande pas que de faire preuve de retenue lorsqu’on nous attaque. Son commandement ne se limite pas qu’à l’attitude plutôt passive de se retenir d’exercer sa vengeance sur quelqu’un. Il me semble qu’il y a un côté actif dans ses propos : faire quelque chose et non pas de nous retenir de faire quelque chose.

Si Jésus voulait seulement nous enseigner qu’il ne faut pas se venger, alors il aurait été plus simple de dire, ‘Si quelqu’un te frappe sur la joue, ne le frappe pas. Ne riposte pas.’ Mais ce n’est pas exactement ce que Jésus a dit. Certes, il nous demande de ne pas répliquer, mais il nous demande aussi de faire quelque chose. Si quelqu’un te frappe sur la joue droite, tends-lui l’autre. Voilà qui est plus exigeant que de se contenir et de ne rien faire. Ne trouvez-vous pas? Tout en gardant votre sans-froid, vous devez présenter votre joue gauche. Il y a une signification spirituelle à l’action de présenter l’autre joue, et je vais vous la faire découvrir dans cette leçon.

Frapper du revers de la main

Commençons d’abord par quelques points d’ordre technique qui doivent être soulignés afin de rendre plus précise notre compréhension de ce passage. Observons : Jésus dit, Si quelqu’un te frappe sur la joue droite. Il ne s’agit de n’importe quelle joue. Jésus prend la peine de mentionner qu’il s’agit de la joue droite. Ce détail mérite une attention particulière. Plus vous étudiez la Parole de Dieu, plus vous vous apercevez que chaque mot a son importance.

Donc, supposons que vous faites face à une personne. Vous décidez de lui asséner un coup sur la joue droite. La plupart des gens sont droitiers et vont frapper avec la main droite. Or, la seule façon d’atteindre la joue droite de quelqu’un en utilisant la main droite, c’est de frapper du revers de la main. Essayez de le faire en imaginant quelqu’un devant vous. Si vous essayez d’utiliser la paume de la main droite, vous allez vous rendre compte que vous devez faire un geste très peu naturel, forçant un mouvement que l’on pourrait qualifier de maladroit. Donc je répète, la seule manière de frapper la joue droite d’une personne qui se trouve devant vous avec votre main droite, c’est de la frapper du revers de la main.

Il faut comprendre que frapper quelqu’un du revers de la main constituait une très grande insulte. C’est comme si on lui infligeait une honte. La loi juive prescrit une peine de 200 zuzims pour la personne frappant son prochain avec la paume de la main. Mais cette loi dit aussi que si vous agressez quelqu’un en le frappant du revers de la main, la peine sera de 400 zuzims. Ces chiffres montrent que la gravité de l’offense dépendait de la façon dont on frappait. On considérait le fait de gifler comme étant une agression méritant une sanction monétaire. On devait payer une amende pour l’humiliation infligée à quelqu’un. Pour avoir frappé avec le revers de votre main, votre amende sera 2 fois plus grande car on considérait cette insulte comme étant plus grave.

Dans notre société, on retrouve souvent de telles situations dans le domaine de la violence conjugale. Dans la plupart des cas (9/10), c’est l’homme l’agresseur. C’est le mari qui frappe sa conjointe. Si un tel drame devait arriver à une femme chrétienne, quelle devrait être sa réaction? Doit-elle rester là et tendre son autre joue à son mari, au risque de se faire frapper à nouveau? Est-ce vraiment ce que Jésus nous enseigne en Matt 5.39 ?

En raison de la nature de ma profession, j’ai connu de nombreuses situations de violence chez des couples en crise. J’ai vu presque toute la gamme des blessures physiques : de la simple ecchymose au poignet causée par une main qui a serré trop fort, jusqu’au viol, et même le meurtre. Chaque fois que j'ai connaissance d’un nouveau cas, je ne peux pas m’empêcher d'être en colère. Et je ne pense pas que Matt 5.39 nous demande de rester sur les lieux où il y a violence et encore moins de provoquer l’agresseur en lui présentant l’autre joue. Ceci dit, il faut aussi reconnaître qu’on ne peut pas interpréter un passage biblique, surtout s’il présente certaines difficultés, en nous fiant uniquement à notre bon sens. Il faut savoir discerner l’esprit de ce passage. Il faut demander à l’Esprit-Saint de nous aider à pénétrer la pensée de Dieu.

La justice punitive

Ce passage débute donc avec la phrase, Vous avez entendu qu’il a été dit : Œil pour œil, et dent pour dent. Ce principe universel de justice, Œil pour œil, et dent pour dent, est mentionné dans la Loi de Moïse (Exode, Lévitique, Deutéronome). Dans toute société qui respecte ses membres, la justice doit être présente. Si vous avez rendu quelqu’un aveugle, alors vous devrez perdre également la vue. Si vous avez coupé la main d’une personne, alors on devra vous couper la main aussi. Si vous tuez quelqu’un, alors vous devrez payer par la perte de votre vie. La justice repose sur le principe de l’équité et exige un châtiment juste. La punition doit refléter la gravité du crime. Vie pour vie, œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied, brûlure pour brûlure, blessure pour blessure, plaie pour plaie.

Ce principe de justice constitue la base de la loi. Elle est appliquée concrètement à chaque fois qu’on prononce la sentence dans les cas où il y a un verdict de culpabilité. En matière de justice, on ne parle pas de pardon. Ou bien vous êtes coupables, ou bien vous êtes acquittés. Il n’y a pas de place pour demander pardon au juge en lui promettant que vous ne recommencerez plus.

Il s’est produit récemment une situation dans laquelle un jeune de 18 ans, conduisant une voiture en état d'ébriété, a eu un accident qui a entraîné la mort des passagers. Il était le seul survivant. Son cas a été porté en justice. Mais avant le début des procédures judiciaires, toutes les familles des victimes, par pitié pour l’accusé qu’elles connaissaient bien, ont demandé la clémence pour ce jeune homme, faisant une requête pour que cesse toute accusation. La réponse de la cour de justice dans tout cela? La justice doit poursuivre son cours. Un procès doit avoir lieu, même si toutes les familles des victimes étaient disposées à pardonner d'avance à l’accusé.

Vous avez commis une faute? La justice exige que vous en payiez les dommages sur le principe du juste châtiment. Évidemment, on n’applique pas ce principe à la lettre. Cela ne se faisait même pas dans l’AT. Vous n’allez pas perdre une dent comme punition parce que vous avez fait perdre une dent à la personne que vous avez frappée. La sanction se présente le plus souvent sous la forme d’une amende que vous devez payer. Le montant est déterminé suivant la gravité des dommages infligés à la victime. C’est de cette manière que l’on fait régner la justice.

La loi sert à contrôler le péché. Elle reconnaît la propension de l’homme à commettre le mal. L’homme est pécheur. La société en général présente cette tendance. C’est pour assurer l’ordre public que le gouvernement vote des lois et les fait respecter. Sans loi, les forces du mal risquent de conduire la société dans le chaos. Imaginons un instant, un monde où il n’existe aucun système judiciaire. Supposons qu'on suspende toutes les lois pour les 7 jours à venir. Peu importe les actions que vous commettez, vous n’êtes soumis à aucune loi. Vous avez la liberté de faire ce que vous voulez et la garantie qu’aucune sanction ne peut s’appliquer contre vous. Je n’ose pas penser au mal que l’homme peut faire quand il n'y a plus de lois pour protéger le public contre les malfaiteurs. La nature humaine, si on lui en donne l’occasion, peut devenir bestiale.

La voie de l’homme

Donc la loi est nécessaire dans toute société pour contrôler les ravages du péché. Mais en quoi cette constatation se rapporte-t-elle au fait de ‘présenter l’autre joue’ à son agresseur? Cette question nous oblige à suivre fidèlement la pensée de Jésus. Pour comprendre ce passage, il faut saisir le principe spirituel qu'il y a une énorme différence entre le raisonnement humain et le raisonnement divin. L’homme pense d’une manière. Mais Dieu a aussi sa façon de penser et elle peut parfois surprendre parce qu’elle est tellement différente de celle de l’homme. Ésaïe 55.8-9, dit :

« Car mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos voies ne sont pas mes voies, dit l’Éternel. Autant les cieux sont élevés au-dessus de la terre, autant mes voies sont élevées au-dessus de vos voies, et mes pensées au-dessus de vos pensées ».

Et dans ce passage en Matthieu 5.38-42, nous décelons 2 façons de penser : la 1ère vient de la terre, la 2ème vient des cieux.

La pensée charnelle semble raisonnable aux yeux de l’homme naturel. Elle dit que chacun a des droits et qu'ils doivent être respectés. La loi étant là pour protéger les droits de chacun. Jusque là, le raisonnement est parfait. Mais voilà que l’aspect charnel du raisonnement humain fait son apparition. Si quelqu’un viole vos droits, si on vous cause un dommage, alors vous êtes en droit de faire de même à l’endroit de la personne qui vous a causé du tort. « Œil pour œil, dent pour dent » n’est-ce pas ? Si quelqu’un me fait du mal, alors j’ai le droit de lui rendre la pareille. L’homme charnel raisonne de cette façon.

La voie de Dieu

Mais ce n’est pas la seule option. Il y a une autre façon de raisonner, une façon qui tient compte de l’aspect spirituel de la vie. En Ro 12.2, Paul dit, « Ne vous conformez pas au monde présent ( à la pensée de ce monde), mais soyez transformés par le renouvellement de l’intelligence…» La pensée du chrétien a subi une transformation. Dieu a donné à ses pensées une nouvelle orientation. Et dans ce passage du Sermon sur la Montagne, le Seigneur Jésus nous montre en quoi notre façon de penser a changé depuis qu’il a transformé notre vie.

Regardez ce passage à nouveau. Si quelqu’un te frappe, donne-lui l’autre joue. Si quelqu’un prend ta tunique, donne-lui même ton manteau. Si un soldat te force à transporter ses bagages sur une distance d’un mille (ce qui était une pratique reconnue par la loi), donne-lui un autre mille. Fais un mille supplémentaire avec lui. Si un mendiant te demande quelque chose, donne-lui ce dont il a besoin.

Voyez-vous ce que Jésus veut nous enseigner par ces exemples? Le thème commun qui lie tous ces exemples ensemble concerne l’action de donner à son prochain. À votre agresseur, vous donnez votre autre joue. À celui qui veut vous faire un procès, vous lui donnez votre manteau. Au soldat qui vous oblige à transporter son fardeau, vous lui donnez un mille de plus que ce qu’il demande. Au mendiant qui vous sollicite, vous lui donnez ce qui lui manque. Un chrétien qui a vraiment été ‘transformé par le renouvellement de son intelligence’ pense maintenant ainsi. Il pense d’abord à donner plutôt qu’à s’approprier. Il donne même ce qu’on ne lui a pas demandé. Et parfois, il donne au-delà de ses moyens.

Nous voyons ici le contraste frappant entre la mentalité charnelle et la mentalité spirituelle. L’homme charnel est esclave du péché et obéit à son influence. Le péché, par son caractère égoïste, incite constamment celui qu’il contrôle à accumuler des richesses, à prendre ce qui est à la portée de sa main. Mais l’homme spirituel réagit de façon contraire. Il cherche à donner plutôt qu’à prendre car il sait qu’il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir (Act 20.35). Pensez aux 10 Commandements. Aucun d'eux ne vous interdit de donner. Par contre, ils vous commandent de ne pas prendre ce qui ne vous appartient pas. « Tu ne convoiteras pas. Tu ne commettras pas de vol. Tu ne commettras pas de meurtre. Tu ne commettras pas d’adultère. » Toutes ces interdictions ont rapport à des actions qui cherchent à prendre ce qui appartient à autrui. Et lorsque vous vous appropriez de force l’objet de votre convoitise, vous venez de commettre un péché.

Ne pas résister au méchant

Approfondissons davantage nos réflexions. Le Seigneur Jésus commence par citer l'expression « Œil pour œil, dent pour dent » Pour que justice soit rendue, il faut un dédommagement équitable. L’agresseur doit recevoir une punition qui reflète équitablement les torts qu’il a causés à autrui. Un œil pour un œil; une dent pour une dent. Il reçoit le même traitement qu'il a infligé à autrui.

Ensuite, Jésus dit, « Mais moi, je vous dis… » Je vous dis quoi ? « …Je vous dis de ne pas résister au méchant. »
Est-ce que Jésus annulerait le principe de justice? Non. En fait, ses propos ne font qu'appuyer davantage les exigences de la loi. Car voyez-vous, le côté charnel de l’homme a perverti l’application du principe de justice. On a abusé de cette prescription de l’AT au point qu’elle servait à justifier la vengeance personnelle. Évidemment on ne disait pas qu’on cherchait la vengeance. L’esprit de vengeance se déguisait sous le masque d’un semblant de justice. Tu me frappes. Alors je te frappe. Tu me voles. Alors je vais te voler. Le principe de justice a subi une telle perversité qu’on l’utilisait pour faire le contraire de ce qu’elle énonce. Ce principe, pensait-on, justifiait que l’on rende le mal pour le mal. Alors Jésus va à l’encontre de cette façon de penser et dit, ‘Ne faites pas cela. Ne résistez pas au méchant. Triomphez du mal par le bien.’

Regardez à nouveau les exemples que Jésus nous donne pour illustrer son enseignement. Si on me gifle du revers de la main, n’ai-je pas le droit d'exiger que la cour impose une amende de 400 zuzims ? Bien sûr, vous avez le droit. C’est écrit dans la loi juive. Mais je vous le dis, concédez votre droit. N’insistez pas dessus. Ne faites pas valoir votre droit. Si quelqu’un veut me traîner devant le juge pour me prendre ce qui m’appartient, n’ai-je pas le droit de me défendre? Bien sûr, vous avez le droit. Mais moi je vous dis, laissez tomber votre droit, même au risque de perdre votre bien. Si quelqu’un me force à transporter ses bagages, même si la loi lui permet de se prévaloir de ce privilège, n’ai-je pas le droit d’exprimer ma frustration et mon mécontentement envers cette personne qui m’impose une telle corvée? Bien sûr, vous avez le droit. Qui ne ressentirait pas la même chose dans une pareille situation? Mais je vous dis, oubliez votre droit. Faites ce que vous avez à faire sans maugréer. Donnez-lui même davantage que ce dont il a droit. Si quelqu’un me demande la charité, n’ai-je pas le droit de refuser? Bien sûr, c’est votre droit. Vous avez certainement le droit de garder votre argent. Mais moi je vous dis, délaissez votre droit. Un homme dans le besoin implore votre soutien. Aidez-le.

L’être spirituel est capable de renoncer à ses droits pour le bien d’autrui. Sur cet aspect, il imite le Seigneur Jésus qui a renoncé à ses privilèges divins, à la gloire qui lui appartenait, pour s’abaisser au niveau de l’homme et même être humilié par les hommes dans le but de sauver l’humanité du jugement.

Renoncer à ses droits pour pardonner

Vous comprendrez qu’un tel principe ne peut pas s’appliquer en toute honnêteté sans que l’on connaisse le motif qui nous pousserait à agir de la sorte. Car cette attitude à l’égard de son prochain ne vient pas naturellement. Elle semble aller à contre-courant du sens commun. Qui va naturellement renoncer à ses droits? Personne! Depuis notre tendre enfance on nous enseigne de prendre soin de faire respecter nos droits. La société entière parle constamment des droits de l’individu. On fait incessamment allusion à la charte des droits de la personne. Qui oserait s’opposer aux droits individuels?

En fait, pourquoi devrais-je renoncer à mes droits? Parce que par cette action, vous exprimez l’essence du pardon. Lorsqu’on aborde la question du pardon, on doit obligatoirement tenir compte des droits de la personne. Accorder son pardon à quelqu’un, c’est renoncer à son droit de lui faire payer son tort. Si vous marchez sur mon soulier, je suis en droit de vous demander de le nettoyer. Mais l’homme spirituel refuse d’être à cheval sur ses droits. Quand du bien peut en découler, il renonce à ses droits. Il n’insiste pas pour faire intervenir la justice. ‘C’est chose du passé, je te pardonne.’

L’homme spirituel est capable de pardonner parce qu’il sait jusqu’à quel point Dieu lui a pardonné. Il a fait l’expérience intérieure du magnifique pardon de Dieu. Si Dieu se mettait à exiger que ses droits soient respectés, s'en serait fini de l'existence de l’homme. Nous avons mené une vie qui a fait affront à sa divinité. De péché en péché, nous nous sommes éloignés de sa sainte loi. Nous avons insulté la gloire qui lui revient. Si Dieu devait faire valoir ses droits, nous serions tous écrasés sous le poids de la justice qui mettrait en évidence nos péchés. Mais par la grâce et la miséricorde de Dieu, nous avons l’occasion de racheter nos fautes. Il nous a pardonné et c’est pourquoi nous devons aussi faire de même. Paul écrit en Col 3.13, Comme aussi le Christ vous a pardonné, vous aussi faites de même.

Comment pouvons-nous oser insister sur nos droits quand Dieu a effacé notre dette spirituelle envers lui? Rappelez-vous que le péché se caractérise par l’inclination égoïste à s’emparer de tout pour soi. Et votre dette spirituelle s’accumulait au fur et à mesure que vous permettiez à cette tendance d’avoir une mainmise sur vous. Mais un jour, vous vous êtes repentis de vos fautes et Dieu vous a pardonné en effaçant votre dette. L’homme spirituel n’insiste pas sur ses droits. Il sait jusqu’à quel point Dieu a été bon pour lui et il veut accorder la même faveur à ceux qui lui ont causé du tort.

Conduire son prochain au salut par l’amour

Un dernier point avant de finir. Le chrétien n’a pas à revendiquer ses droits à tout moment. Il a la liberté d’y renoncer parce que le Seigneur a transformé sa mentalité. Autrefois il se comportait uniquement en fonction de ses propres intérêts. Maintenant il vit dans l’intérêt de son prochain. Comme Dieu m’a pardonné, je désire te pardonner de la même manière. J’aimerais tant que tu constates par toi-même l’amour de Dieu. Mieux, je souhaite de tout cœur que tu reçoives son amour et que cela te mène au salut. C’est pourquoi je n’insiste pas sur mes droits.

C’est l’amour de Christ qui motive l’homme spirituel à agir de la sorte. Il se soucie du salut de son prochain. Il n’hésite pas à sacrifier ses droits si cela peut amener l’autre à se sentir aimé de Dieu. Car l’amour s’exprime magnifiquement dans l’acte du pardon. Et l’amour constituera toujours l’instrument de choix pour révéler le salut que Dieu offre aux hommes.

C’est par votre vie et votre conduite que les hommes peuvent constater le changement de votre attitude intérieure. Ils peuvent voir l’œuvre de Dieu dans votre caractère. Si on vous gifle et qu’en réaction, vous répondez en frappant à votre tour votre agresseur, il n’y a rien qui vous distingue du reste de la société. Dieu n’a pas à intervenir pour qu’un homme réagisse de la sorte. Il est dans la nature humaine que de chercher à riposter. Mais si on vous frappe et que par amour vous présentez l’autre joue, si en tendant l’autre joue l’autre personne en arrive à discerner l’amour de Dieu, alors vous n’aurez pas pris un risque pour rien. Si en prenant ma tunique tu prends conscience de ton profond besoin d’être sauvé, alors je te la laisse avec joie. Si en portant ton fardeau tu es prêt à écouter la Bonne Nouvelle et que cela ouvre la porte à ton salut, alors je suis entièrement disposé à parcourir toute la distance qui sera nécessaire. Voilà ce qui motive l’homme spirituel à se donner de lui-même plutôt qu’à se conformer aux principes du monde.

Résumé : Le portrait de l’homme spirituel

Reprenons notre question initiale. Lorsque Jésus nous demande de tendre l’autre joue, s’agit-il d’un commandement qu’il faut suivre à la lettre? Avec toutes les explications que vous avez entendues, je pense que vous êtes maintenant en mesure de saisir la signification spirituelle des paroles de Jésus. Il faut prendre garde à ne pas les interpréter de façon trop littérale. Jésus ne nous demande pas de mettre notre vie en danger. Il ne demande pas non plus que nous nous laissions exploiter. Personne n’a à être la proie d’un profiteur. Vous devez faire preuve de jugement. Quelques versets plus tôt dans le même Sermon sur la Montagne, Jésus dit, « Si ton œil droit est pour toi une occasion de chute, arrache-le et jette-le loin de toi » (Matt 5.29). Devons-nous suivre au pied de la lettre cette ordonnance ? Non! Là n’est pas la question. Cette déclaration a pour but de nous faire prendre conscience de l’extrême gravité du problème du péché.

Alors qu’est-ce qui est au centre de cette étrange instruction de tendre l’autre joue à notre agresseur ? En lisant le verset dans son contexte, nous découvrons une mentalité transformée par la puissance de Dieu. Cette façon renouvelée de penser représente le caractère de l’homme spirituel. Nous avons souligné 3 caractéristiques qui le distinguent des coutumes du siècle présent :

- Premièrement,l’homme spirituel a compris que le péché est égocentrique, et que l’homme naturel, vivant sous la domination du péché, est un être égoïste. L’homme naturel est beaucoup plus disposé à prendre qu’à offrir. L’être spirituel renverse cette tendance. Il veut d’abord donner à son prochain avant de penser à ses propres intérêts.

- Deuxièmement, l’homme spirituel ne presse pas autrui à faire respecter ses droits car il est prêt à pardonner. Il a compris que pour pardonner, il doit renoncer à ses droits. Et il pardonne parce qu’il a expérimenté le pardon de Dieu.

- Troisièmement, l’homme spirituel est disposé à accepter la critique, les insultes, les menaces, voire même les blessures physiques, avec un cœur indulgent si cela peut donner l’occasion à certains de faire connaissance avec Dieu. Par une telle attitude, il surmonte le mal par la puissance réparatrice de l’amour.

Que le Seigneur puisse toucher nos cœurs au travers de sa Sainte Parole !

Yves Cheng ( site entretiens chrétiens )

2 commentaires:

  1. Ah bon ?
    Ainsi donc, puisqu'il ne faut pas résister au méchant mais au contraire lui accorder le double, vous avouez vous-même que non seulement vous accepterez la marque de la Bête, mais vous en demanderez même deux.

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  2. En effet, cher Anonyme, au premier abord ce chemin de renoncement et de foi semble complètement fou.

    Cependant il vaudrait peut-être mieux ne pas se fier trop rapidement aux apparences, car bien que ce chemin particulier produise une marque profonde dans les pensées et dans les actes de celui qui l'emprunte, cette marque-là n'est en aucun cas celle de la bête, mais celle de Quelqu'un d'autre de merveilleux, produisant l'amour, par le vouloir et le faire, dans les pensées ( front ) et les actes ( mains ) de celui qui obéit avec sérénité par la foi à Dieu plutôt qu'aux hommes. Cette marque d'amour étant celle de Jésus..

    Alors, oui, sans hésitation, c'est ce chemin que je choisis de suivre tel que Jésus nous l'a ouvert en premier, c'est pourquoi je ne riposte pas et je pardonne à celui qui me fait du mal, tout en profitant au contraire de lui faire du bien s'il est possible, non pas parce que je suis maso, mais parce que de Son côté Dieu m'a tellement pardonné, bien plus que pour tout le mal que mon prochain pourrait me faire.

    Combien notre coeur tout entier est dans le désir que le ''méchant qui ne sait pas ce qu'il fait'' puisse expérimenter à son tour l'amour si profond et désintéressé que Jésus lui porte !

    Jésus qui a accepté de passer par la croix à notre place, afin que quiconque croit -sans douter- que Dieu l'aime, Le laissant agir dans tous les domaines de sa vie avec une totale confiance, découvrant alors avec bonheur cette communion vivante avec Dieu qui mène à la vie éternelle.

    Dieu ne force personne, cependant, celui qui refuse ce chemin de 'renoncement à soi-même pour suivre Jésus par la foi', vivra une sécheresse au lieu d'une communion vivante avec Dieu, se plaçant lui-même sur un terrain vulnérable du coeur partagé qui hère, accepte et adopte sans s'en rendre compte les pensées et les actes empoisonnés de la bête .

    Jésus nous dit : « Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il se charge chaque jour de sa croix, et qu'il me suive. Car celui qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui la perdra à cause de moi la sauvera. » ( Luc 9 : 23-24 )

    Sois béni cher Anonyme,

    Carole

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