lundi 19 janvier 2015

Vainqueur du mal par le bien

par Jean-Luc B 

Le combat spirituel auquel le Christ appelle ses disciples n'a rien à voir avec les manières de gérer les conflits que l'on trouve dans le monde. Car notre Seigneur vient du ciel et comme le dit l’Écriture les pensées d'En Haut n'ont rien à voir avec les nôtres : 

« Car mes pensées ne sont pas vos pensées, Et vos voies ne sont pas mes voies, Dit l'Éternel. Autant les cieux sont élevés au-dessus de la terre, Autant mes voies sont élevées au-dessus de vos voies, Et mes pensées au-dessus de vos pensées. » (Es. 55 : 8-.9) 

 Pour entrer - et demeurer- dans le Règne de Dieu, l’Écriture nous montre qu'il est donc impératif que nous soyons transformés par un renouvellement de nos compréhensions et de nos schémas de pensées (Rom. 12 : 2), pour que nous discernions ce qui est bon, agréable et parfait pour l'établissement du Royaume éternel après lequel nous aspirons afin qu'il puisse s'établir « sur la terre comme au ciel. » (Mat. 6 : 10.). 


 Paradoxe 

L'enseignement du Christ est paradoxal (Luc 5 : 26.). Il appelle à affronter les oppositions par des manières étonnantes. Sa victoire de la croix en est l'exemple le plus criant : elle a toutes les apparences d'une défaite et pourtant, c'est ainsi qu'il a vaincu le Prince de ce monde et qu'il nous accordé la liberté. C'est sur ce chemin paradoxal qu'il nous appelle à marcher à sa suite. Et l'apôtre Paul l'avait bien assimilé, lui qui après avoir combattu contre le Christ, avait fini par devenir son disciple et apprendre de Lui les pratiques paradoxales du véritable combat spirituel. C'est ainsi qu'il pouvait dire : 

 « C'est pourquoi je me plais dans les faiblesses, dans les outrages, dans les calamités, dans les persécutions, dans les détresses, pour Christ; car, quand je suis faible, c'est alors que je suis fort. » (2 Cor. 12 : 10.) 

 « Ne rendez à personne le mal pour le mal. Recherchez ce qui est bien devant tous les hommes. S'il est possible, autant que cela dépend de vous, soyez en paix avec tous les hommes. Ne vous vengez point vous-mêmes, bien-aimés, mais laissez agir la colère; car il est écrit: A moi la vengeance, à moi la rétribution, dit le Seigneur. Mais si ton ennemi a faim, donne-lui à manger; s'il a soif, donne-lui à boire; car en agissant ainsi, ce sont des charbons ardents que tu amasseras sur sa tête. NE TE LAISSE PAS VAINCRE PAR LE MAL, MAIS TRIOMPHE DU MAL PAR LE BIEN. » (Rom. 12 : 17-21.) 

Un peu d'histoire 

 Pendant les premiers siècles de l'histoire de l’Église, et au travers de terribles persécutions, les chrétiens ont continués à pratiquer avec succès ces stratégies d'amour que le Seigneur leur avait enseignées. Et l'adversaire, voyant que l’Évangile continuait malgré ces souffrances à se répandre de plus en plus, décida de changer de tactique. C'est sous l'empereur Constantin que le christianisme devint alors la religion officielle de l'Empire Romain. De persécutée, elle devint rapidement persécutrice et se mit à employer les armes et les stratégies du monde (la force, la justice civile et l'épée) pour se répandre et conserver son pouvoir. Ceux que la tradition appelle « les pères de l'église » commencèrent alors à établir des règles et des stratégies qui justifiaient le recours à la force pour la défense des croyants. La notion de « guerre juste » nous vient de cette époque et continue encore à polluer la pensée de beaucoup de chrétiens du XXI° siècle. Le principal courant qui y a échappé étant le mouvement mennonite qui a établi une réflexion approfondie et bibliquement fondée sur la notion de non-violence. Les quakers (qui recherchaient la pensée de l'Esprit avant d'agir) arrivèrent à cette même pratique par d'autres moyens, moins argumentés mais tout aussi efficaces. Il est utile de rappeler que la Pennsylvanie peuplée par les quakers fut l'une des seule régions d'Amérique ou les indiens et les colons vécurent en bonne entente jusqu'à la mort de son responsable William Penn (qui a donné son nom à cet état américain très boisé), qui pratiquait le respect du prochain ainsi que la non-violence pour résoudre les conflits. 

Mais le reste de l’Église installé dans son siècle n'a pas toujours eu la même clarté d'esprit pour échapper à la tentation de l'emploi du pouvoir et de la force pour sauvegarder son influence et son existence, quitte à éliminer ceux qu'elle considérait comme dangereux pour sa survie. Ce qu'elle comprend difficilement, c'est que l'emploi des moyens du monde lui fait perdre beaucoup de la force qui lui vient d'En Haut. Et ce n'est souvent que dans le contexte de persécution, lorsque l’Église perd son pouvoir de domination, quelle retrouve à nouveau cette force divine paradoxale qui se manifeste lorsque les moyens humains font défaut. 

 Le Vietnam, le Japon, la Chine, la Corée du Nord, et encore plus récemment l'Algérie au travers de l'assassinat de pères blancs et des moines de Thibirine  ont expérimentés cette redécouverte de la force divine qui se manifeste dans la faiblesse et qui porte des fruits abondants pour la gloire de Dieu. Mais les disciples de Christ dans nos pays occidentaux -où la foi est encore protégée par la force de la loi civile- ont des difficultés à comprendre et à saisir toute la richesse d'une vie sans protections humaines. 

Cependant, par la grâce de Dieu les choses sont en train de changer et nous allons bientôt (re)venir un temps où les véritables croyants se retrouveront -comme dans les premiers siècles- sans appuis légaux et sans protections policières pour vivre et exprimer leur foi. Contrairement à ce que certains craignent ce ne sera pas une catastrophe, mais une grande opportunité pour expérimenter la réalité bénie de la Force Divine qui s'épanouit dans la faiblesse humaine. Mais seuls ceux qui auront été libérés de l'esclavage de la peur de la mort (Héb. 2 : 15.) seront à même d'en saisir le sens et la puissance dans leurs vies personnelles. 

 C'est maintenant. 

 « l'heure vient où quiconque vous fera mourir croira rendre un culte à Dieu. Et ils agiront ainsi, parce qu'ils n'ont connu ni le Père ni moi. » (Jean 12 : 2-3) 

 « aucun meurtrier n'a la vie éternelle demeurant en lui. » (1 Jean 3 : 8.) 

A la suite de la violence de l'assassinat des dessinateurs et journalistes de Charlie Hebdo, on a vu fleurir sur les sites et forums chrétiens beaucoup de propos qui semblent animés par la crainte. Crainte de perdre certains avantages sociaux et religieux dans la société occidentale, crainte de se faire « envahir » par d'autres « valeurs » étrangères. Peur aussi d'y perdre une tranquillité qui n'est pourtant pas fondée sur le foi en un Seigneur toujours présent au milieu de ceux qui croient, mais seulement basée sur des législations humaines et des « représentants de l'ordre » avec leurs uniformes et leurs armes avec leurs consignes venues de leurs supérieurs... 

Il y a quelques dizaines d'années, les milieux évangéliques voyaient comme une formidable opportunité à l'évangélisation l'arrivée de tous ces étrangers, qui à cause de leur culture et leur religion ne connaissaient pas le salut en Christ. Plutôt que d'envoyer des missionnaires au delà des mers, il suffisait d'aller les rencontrer de l'autre côté de la rue. Je me rappelle même d'un ministre de l'intérieur qui avait appelé les chrétiens français à « aller apporter la bonne-parole dans les citées » pour ne pas laisser la place aux extrémismes et à la violence. Mais aujourd'hui nous n'en sommes malheureusement plus là. Même si des musulmans se convertissent régulièrement au Christ et reçoivent ainsi l'assurance de la vie éternelle, de plus en plus de chrétiens s'éloignent des gens de culture musulmane dans la crainte de subir leur violence. Certains vont même jusqu'à considérer qu'il serait judicieux de les éloigner de leur territoires afin de ne pas partager avec eux leurs avantages sociaux... 

Donner sa vie pour les autres  

J'ai entendu de la bouche d'une chrétienne nord-coréenne un témoignage bouleversant. L'histoire se passait dans un camps de concentration où étaient enfermés les dissidents de ce régime athée. Dans une cellule se trouvaient trois chrétiens qui avaient été incarcérés à cause de leur foi et qui étaient dans un terrible état de malnutrition à cause de la petitesse de leurs rations. Les gardiens ramenèrent un matin dans leur cellule un prisonnier supplémentaire qui était encore plus affaibli qu'eux et qui n'avait jamais entendu parler de l’Évangile. Il était littéralement aux portes de la mort et les trois chrétiens se concertèrent pour partager avec lui la moitié de leurs (très) maigres rations afin de lui permettre de reprendre des forces. Il faut savoir que dans ce pays les gens sont formatés dès leur plus jeune age à mépriser et haïr les chrétiens, qui passent ainsi à leurs yeux pour des débiles plus ou moins profonds. Lorsque ce prisonnier incrédule leur demanda les raisons de cette surprenante bienveillance à son égard, les chrétiens lui répondirent qu'il étaient très inquiets de le voir s'en aller rencontrer Dieu avant d'avoir saisi l'assurance du salut en Christ. Eux-même savaient qu'ils seraient reçus dans les demeures éternelles et étaient donc près à partir, mais ils voulaient donner à cet homme l'occasion d'écouter et de recevoir la Bonne Nouvelle de la paix avec Dieu qui nous vient de la croix. 

Inutile de dire que cette compassion véritable se traduisant en actes de renonciations aussi sérieux ouvrit le cœur de cet homme qui devint lui aussi un disciple de Jésus-Christ. C'est ce témoin qui a rapporté cette histoire lorsqu'il fut relâché quelques années plus tard, ses trois compagnons ayant achevé leurs vies de foi dans ces camps de la mort où beaucoup de nos frères et sœurs nord-coréens continuent avec persévérance à souffrir et à mourir à cause du Nom de Jésus. 

 « Jésus lui dit :Va, et toi fais de même ! » (Luc 10 : 37.) 

Si nous avons vraiment la même assurance de notre salut en Christ, nous agirons forcément de la même manière. Consacrant notre vie à ceux qui ne connaissent pas encore une espérance comme la notre. Selon qu'il est écrit : 

« Nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons les frères. Celui qui n'aime pas demeure dans la mort. Quiconque hait son frère est un meurtrier, et vous savez qu'aucun meurtrier n'a la vie éternelle demeurant en lui. Nous avons connu l'amour, en ce qu'il a donné sa vie pour nous; nous aussi, nous devons donner notre vie pour les frères. Si quelqu'un possède les biens du monde, et que, voyant son frère dans le besoin, il lui ferme ses entrailles, comment l'amour de Dieu demeure-t-il en lui? Petits enfants, n'aimons pas en paroles et avec la langue, mais en actions et avec vérité. Par là nous connaîtrons que nous sommes de la vérité, et nous rassurerons nos coeurs devant Lui » (1 Jean 3 : 14-19.) 

 Dans nos pays occidentaux, nous sommes actuellement confrontés à un défi avec l'islamisme qui se développe. Allons-nous leur témoigner de l'amour et de l'assurance que nous avons en Christ où nous écarterons-nous d'eux dans la crainte, les laissant s'enfoncer dans une haine et une violence qui les amèneront à la perdition ? Notre réponse dépendra de la réalité de l'amour que nous avons réellement reçus de Dieu en Jésus-Christ. Selon ce que nous en dit l'apôtre Jean : 

« Tel il est, tels nous sommes aussi dans ce monde: c'est en cela que l'amour est parfait en nous, afin que nous ayons de l'assurance au jour du jugement. La crainte n'est pas dans l'amour, mais l'amour parfait bannit la crainte; car la crainte suppose un châtiment, et celui qui craint n'est pas parfait dans l'amour. Pour nous, nous l'aimons, parce qu'il nous a aimés le premier. Si quelqu'un dit: J'aime Dieu, et qu'il haïsse son frère, c'est un menteur; car celui qui n'aime pas son frère qu'il voit, comment peut-il aimer Dieu qu'il ne voit pas? Et nous avons de lui ce commandement: que celui qui aime Dieu aime aussi son frère. » (1 Jean 4 : 17-21.) 

Caïn et Abel étaient frères et tous les deux étaient croyants. Mais l'un était approuvé de Dieu quand l'autre est devenu un meurtrier. Nous avons à choisir auquel des deux nous voulons ressembler. Caïn (en hébreu : « j'ai acquis ») a survécu plus longtemps mais il est devenu errant sur la terre, alors qu'Abel (en hébreu : « buée ») repose auprès du Seigneur, et par sa foi « il parle encore, quoique mort. » (Héb. 11 ; 4.). Saurons-nous entendre et mettre en pratique ce que son exemple dit à notre âme dans ces jours de violence ?

Jean-Luc B



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3 commentaires:


  1. alors réjouissons-nous !
    et que notre Père céleste soit loué et remercié pour toutes choses !


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  2. Aimer notre prochain c’est donc l’aimer comme notre frère!

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