mardi 13 février 2018

Expérience mystique ou sanctification ?



Il existe aujourd’hui un véritable marché de l’expérience spirituelle supplémentaire qui se répand dans les milieux chrétiens. Ce n’est pas un phénomène nouveau, mais les «produits» proposés sont de plus en plus alléchants. Vin nouveau, intériorité, divinisation, hesychia, connexions divines, etc.. les noms changent mais l’amorce est toujours la même : il s’agit de vivre une expérience supplémentaire qui nous rapprocherait du Christ. LeChrist nous a mis en garde contre ce désir intérieur de vouloir «voir un des jours du Fils de l’homme» et de courir dans les chambres (de guérison) ou au désert (comme les cénobites), car ce ne serait pas de cette façon qu’on vivrait réellement le Christ et sa révélation.

En Inde, au Tibet et chez les chamanes, il existe des gens qui connaissent certains mécanismes chimiques du cerveau pouvant faire croire à une expérience mystique, alors qu’il ne s’agit en fait que de la manipulation de ces «principes élémentaires du monde» dont parlent les apôtres. Dans ce domaine, tout ce qui «marche» n’est pas forcément édifiant. Je vous propose une petite histoire vraie pour aider à comprendre certains mécanismes charnels qui donnent des résultats sensibles sans malheureusement pouvoir changer un coeur :

La Barque à Lausanne

C’était au tournant des années 70/80 un endroit où était annoncé l’évangile dans les milieux hippies et où étaient accueillis ceux qui recevaient le salut. Dans cet endroit, les gens qui étaient touchés par la Bonne Nouvelle du salut en Christ arrivaient à décrocher de la drogue et formaient alors une assemblée fraternelle. Mais au bout de quelques temps les vies personnelle et les relations dans le groupe commençaient à poser problème sans que les responsables n’arrivent à en comprendre la cause. Il y avait pourtant des réunions très vivantes, pleines de louanges par l’Esprit et d’actions de grâces, mais rien ne semblait progresser.

Après avoir beaucoup prié et partagé ensemble à ce sujet ils en arrivèrent à la conclusion qu’il leur serait utile de recevoir l’avis d’un regard extérieur sur ce qui se passait et ils trouvèrent l’opportunité d’inviter une chrétienne qui était également psychologue pour observer leur vie communautaire et personnelle. Après quelques temps d’études approfondies, elle leur fait part de ses conclusions :
Les junkies qui faisaient partie de cette église avaient réellement fait une rencontre libératrice avec le Seigneur, mais qui n’avait malheureusement pas changé leurs schémas de fonctionnements charnels. La seule différence c’est que l’Esprit de Jésus avait remplacé leur trip aux produits illicites. D’une certaine façon, ils se défonçaient au Saint Esprit de la même manière qu’ils se défonçaient à la drogue avant d’être convertis. Ce qui, pour voir le côté positif, les libérait heureusement des sinistres effets secondaires des drogues. Mais il a bien fallu constater que la défonce à coup de parler en langues et de louanges répétitives sur des rythmes entraînants n’avait pas réussi à produire en eux une véritable transformation de leur schémas de pensées (selon Romains 12. 1 et suivants.) : leur addiction au Saint Esprit était exactement de même nature qu’avant leur conversion, lorsqu’ils étaient accros aux drogues. Pourtant l’Écriture est formelle : là où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté, ce qui est diamétralement à l’opposé à toute forme d’addiction !

En conclusion, ce qui les a transformés intérieurement et amenés à plus de maturité en Christ, ce ne sont pas des expériences mystiques plus fortes ou plus profondes, mais la mise en oeuvre d’un enseignement vivant qui leur a enfin permis de prendre conscience de la direction libératrice de l’Esprit qui était à l’oeuvre en eux. En jargon évangélique, on peut appeler cela : reconnaître et accompagner l’action sanctificatrice du Père, par le Fils, dans l’Esprit, qui met à mort le « vieil homme qui se corrompt par des convoitises trompeuses » et permet ainsi de « revêtir l’homme nouveau, créé selon Dieu dans une justice et une sainteté que produit la vérité.  » (Eph. 4. 20-25.).

Ainsi, ils n’étaient plus addicts aux expériences mystiques, mais ils étaient entrés dans la liberté d’aimer et de rendre gloire à Celui qui, par sa mort et sa résurrection les entraînait à sa suite dans son cortège triomphal…

Un mécanisme chimique.

Il faut bien comprendre qu’il s’agit ici d’un mécanisme chimique cérébral conçu par le Créateur et dévié de son but pour asservir la personne. Le cerveau d’un junkie a subi au travers de sa consommation de drogues un véritable «apprentissage» déviant. Les «récepteurs neuronaux» conçus à l’origine pour recevoir l’endorphine que le corps produit en cas de danger ou d’angoisse ont pris l’habitude de recevoir des drogues plus puissantes qui multiplient les sensations mais entraînent malheureusement en même temps une véritable dépendance et un changement profond de la personnalité. C’est un esclavage dont il est difficile de sortir car le cycle récompense/manque/récompense fini par remplir une grande partie de l’univers cérébral et relationnel de la personne « éduquée » de cette néfaste façon…

Des recherches scientifiques récentes ont démontrées que ce sont ces « récepteurs affamés » qui provoquent les crises de manque chez un junkie lors d’un sevrage et rendent très difficile l’arrêt de l’addiction. Mais d’autres recherches ont également découvert que la louange, le chant et la répétition continue de certains sons permettaient au corps de fabriquer de l’endorphine naturelle qui remplissait ces récepteurs et supprimait l’intensité désagréable de cette crise. C’est ce qui explique que les junkies qui se convertissaient et employaient le «parler en langues» ou la louange répétitive au moment des crises de manque atténuaient très fortement les effets désagréables de ces moments de sevrage. Mais il est important de savoir que ces recherches scientifiques ont aussi démontrées que n’importe quelle louange mettait en marche ce processus, quel que soit son objet. C’est à dire qu’une louange adressée à une divinité païenne, à une idole ou un faux dieu produisait exactement le même effet. Ce n’est donc pas la divinité à qui s’adresse la louange qui provoque cette impression d’apaisement, mais le mécanisme lui-même, de façon autonome. Ce qui explique que les adorateurs de Krishna atténuaient les crises de manque des junkies qu’ils accueillaient, en leur faisant répéter des milliers de fois par jour le célèbre mantra «haré Krishna». Ils remplaçaient ainsi les drogues dures par une production d’endorphine plus «biologique», mais le processus d’addiction restait néanmoins sous-jacent…

Le même principe de production d’endorphine est employé dans les méditations mystiques et en particulier dans la méditation transcendantale par l’emploi répétitifs de «mantras» à 1, 2 ou 3 syllabes qui fabriquent de l’endorphine et donnent un sentiment de détente et parfois même de plénitude qui font croire qu’on serait en connexion avec l’ensemble de l’univers. Ça fonctionne de la même façon quand on prononce sans fin le célèbre «Om» des gourous, et aussi en répétant «Jésus» pendant des heures dans certaines méditations issues de l’église orientale. Il est important de savoir qu’on retrouve cette pratique et ses effets extatiques aussi bien chez les mystiques extrêmes orientaux que dans l’histoire des croyants juifs et chrétiens.

Il s’agit au départ d’un mécanisme de plaisir conçu par le Créateur pour répondre à certains besoins ponctuels des êtres vivants. La peur, l’angoisse, l’appréhension sont apaisées par cette production d’endorphine. Dans une situation menaçante, cette production d’endorphine (et d’autres stimulants) donne au sujet des capacités physiques et intellectuelles décuplées pour échapper au danger ainsi qu’une quiétude surnaturelle.

Déviation d’usage.

Mais depuis Adam et Eve les êtres humains ont malheureusement développés une tendance à dévier des bonnes intentions de leur Créateur et à employer de façons perverses les bonnes facultés que Dieu mis en place dans la Création. Les drogues et les pratiques cultuelles étranges ou sanglantes font parties de ces déviations qui enferment les hommes dans l’esclavage tout en prétendant les mettre en relation avec la divinité. Dans les pratiques religieuses intensives, tout comme dans les arts martiaux et les sports à haut niveau on en arrive à une production d’endorphine (et d’autres stimulants) tellement forte et régulière que le simple arrêt de ces pratiques provoque des sensations de manque qui démontrent une véritable addiction. C’est ce qui explique pourquoi certains pratiquants à la fin de leur carrière basculent parfois dans des sports à risques excessifs, dans la consommation de drogues, ou dans le mysticisme, pour retrouver des sensations similaires qui calment leurs angoisses intérieures.

C’est ce qui s’était passé à La Barque en Suisse avec tous ces junkies. Mais la nouvelle naissance en Christ est bien autre chose qu’une nouvelle addiction ! Et comme l’avaient bien compris les responsables à l’époque de La Barque, elle vise à une transformation complète de notre façon d’être, de penser et de se comporter, afin, nous dit l’Écriture de nous amener «à l’état adulte, à la mesure de la stature parfaite de Christ» (Eph. 4 . 13.). Ce projet divin implique donc d’abandonner nos anciennes manières de vivre hérités de nos pères avec leurs schémas faussés et pervers, pour recevoir d’En Haut une personnalité nouvelle qui s’affranchira de toutes les dépendances au fur et à mesure de notre cheminement par la foi. Selon qu’il est écrit : «là ou est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté.» (2 Corinthiens 3. 17.).

Un chemin de liberté.

Nous ne sommes pas conscients de tous les schémas pervers qui structurent encore certaines parties cachées de nos personnalités et l’Écriture nous affirme que Dieu seul est à même de comprendre nos profondeurs intérieures (Jérémie 17. 9-10.). Comme David, il nous faut demander au Père céleste (et à Lui Seul !) de venir sonder et mettre en lumière nos mécanismes internes déviants afin de nous emmener sur la voie de l’éternité (Psaume 139. 23-24.). Car il existe malheureusement beaucoup de faux guides qui proposent des expériences mystiques dangereuses avec des sensations et des sentiments agréables et puissants (comme récemment John Crowder qui est venu «enseigner» en France et qui parle littéralement de ses «shoots à Jésus»).

https://www.youtube.com/watch?v=RCPIHZHlp8I

 Mais ces expériences mystiques ont comme seule conséquence de nous éloigner du processus de sanctification quotidien indispensable à la rencontre du Seigneur. «Car sans la sanctification, nul ne verra le Seigneur !» (Hébreux 12. 14.). Les gourous et les chamanes connaissent bien certains de ces mécanismes cérébraux qui provoquent des illuminations ou des pseudo révélations et ils en usent avec ceux qui leur font confiance...

Après une recherche sur le net, on peut découvrir que les terme hesychia ; hésychasme ; hésychaste et le concept de «formation» qui va avec, proviennent en fait de différents centre catholiques des USA ou du Canada qui proposent un enseignement mélangé de pratiques spirituelles (yoga, etc.) venant de toutes sortes de religions (hindouisme, celtisme, bouddhisme, chamanisme, islam, etc..) qui ne reconnaissent pas au Christ son rôle d’Unique Sauveur des hommes. Il est important de dire les choses clairement : contrairement à ce que racontent certains de ceux qui encouragent à pratiquer ces choses, le yoga ne peut pas être neutre. Car son mécanisme interne consiste à ouvrir des «chakras» (des portes spirituelle intérieures situées le long du tronc) qui développent dans le pratiquant le «kundalimi», c’est à dire le serpent qui est enroulé à la base de la colonne vertébrale et qui est appelé à se dresser de toute sa taille afin d’obtenir «l’éveil» à la conscience totale. Le but étant la fusion et l’anéantissement dans le « grand tout » qui fait croire qu’on devient dieu.

Voir ce lien : Méditation hésychaste

Contrairement à ce qu’a prétendu le serpent d’Eden (le «père du mensonge» : Jean 8 ; 44.) , nous ne sommes pas appelés à «devenir Dieu» (par une connaissance mystique ou initiatique), mais « à devenir participants de la nature divine en fuyant la corruption qui existe dans le monde par la convoitise » (2 Pierre 1 ; 4.). Toute l’Écriture nous apprend que nous sommes appelés à participer à la Nature Divine tout en gardant notre personnalité et non pas «devenir Dieu» par la fusion dans le « Grand Tout ». C’est toute la différence entre les pratiques de méditations orientales qui cherchent l’annihilation et le projet divin révélé par l’Évangile qui nous appelle à une nouvelle naissance, une nouvelle création par l’action divine. Le Seigneur nous appelle par notre nom (Es. 43 ; 1 - Jean 10 ; 3.) et nous donnera «un nom nouveau» (Es. 62 ; 2 – Apoc. 2 ; 17.), ce qui implique une identité propre, même si elle doit être transformée à l’image de Celui qui nous a appelé. Sans dualité il n’y a pas d’amour possible, car l’amour ne peut trouver sa place que dans l’espace entre deux identités distinctes. C’est pourquoi dans sa nature même, l’Évangile s’oppose absolument à la pensée fusionnelle des «sages» orientaux que nous pouvons trouver ici :

Non-dualité et Mystique Chrétienne Védanta et hésychasme par Jacques Vigne

Lorsque l’apôtre Pierre a été rempli du Saint Esprit le jour de la pentecôte, il a proclamé à propos du Christ une vérité fondamentale à la foule assemblée : «Il n'y a de salut en aucun autre ; car il n'y a sous le ciel aucun autre Nom qui ait été donné parmi les hommes, par lequel nous devions être sauvés.» (Actes 4 : 12.). Ce qui rejoint les paroles du Seigneur Lui-même : «nul ne vient au Père que par moi.» (Jean 14 : 6.). Il est vrai qu'il existe beaucoup de clés différentes dans le monde, mais sachons bien qu'il n’y en n’a qu’une seule qui nous ouvre véritablement la porte des cieux ! A l’opposé à ce que disait le serpent d’Eden, nous ne sommes pas appelés à devenir Dieu par une connaissance mystique, mais «à devenir participants de la nature divine en fuyant la corruption qui existe dans le monde par la convoitise» (2 Pierre 1 ; 4.).

Les dangers du monde spirituel.

Contrairement à ce que semblent croire beaucoup de personnes actuellement, tout ce qui est spirituel n’est pas forcément neutre et sans danger. L’apôtre Paul nous décrit le monde invisible comme étant peuplé en partie de puissances mauvaises qui sont hostiles au peuple de Dieu et à la propagation de la Bonne Nouvelle du salut en Christ et il nous exhorte non pas à pactiser avec elles, mais à les combattre avec une foi ferme ! Le monde spirituel est parfois dangereux et il n’est pas prudent de s’y aventurer sans une épée de l’Esprit bien affûtée et correctement maniée. Même le Christ lorsqu’il a été tenté au désert a vaincu le tentateur en citant la Parole écrite de Dieu. Lui qui était pourtant la Parole Divine Incarnée a employé la Parole écrite comme une arme efficace pour combattre le diable. Ne nous laissons pas désarmer et gardons fermement dans notre main droite la Parole puissante et permanente de Dieu !

Le danger ne vient pas forcément de l’expérience elle-même, mais de la recherche d’une expérience particulière supplémentaire qui rend vulnérable à toutes les propositions qui se répandent dans le marché chrétien du surnaturel. Comme si la Présence Divine n’était pas déjà là pour celui qui croit ! Ne savons-nous donc pas que nous avons-nous déjà reçu tout ce qui contribue à la vie et à la piété en accueillant Celui qui nous a appelé ? (Voir 2 Pierre 1.). Il est important de remarquer qu’aucun des apôtres n’appelle les disciples du Christ à une expérience supplémentaire où à une recherche d’un «dieu intérieur», mais ils nous exhortent tous à nous souvenir des premiers jours dans la foi où nous avons reçus notre nouvelle nature, tout en continuant à nous purifier des souillures du monde.

Une relation intime et personnelle.

Selon les paroles du Seigneur, la vie éternelle consiste dans une relation intime avec notre Créateur et notre Sauveur (Jean 17 : 3.). Mais actuellement il se met en place une séduction qui cherche à s’immiscer dans cette intimité en prétendant au travers de « guides spirituels » nous donner des «outils» venant de techniques ancestrales mystiques issues de diverses traditions religieuses afin de prétendument permettre d'être «plus performants» dans cette communion. Mais il s’établit alors un glissement dangereux, puisque l’accent est mis sur des oeuvres et des stratégies humaines venant de différentes traditions religieuses et non plus sur la puissance de l'amour du Christ vivant, qui est parfaitement capable de nous amener à sa suite sur le chemin étroit de l’éternité. N’allons pas chercher ailleurs ce qui n’existe qu’en Lui et dans une communion personnelle avec Lui !

«Prenez garde que personne ne fasse de vous sa proie par la philosophie et par une vaine tromperie, S'APPUYANT SUR LA TRADITION DES HOMMES, SUR LES PRINCIPES ÉLÉMENTAIRES DU MONDE, ET NON SUR CHRIST. Car en Lui habite corporellement toute la plénitude de la divinité. Vous avez tout pleinement en Lui, qui est le chef de toute domination et de toute autorité.» (Colossiens 2 : 8-10.).

La sanctification selon Dieu consiste à prendre possession des promesses divines de la même façon que le peuple élu a pris possession du pays promis. Ce pays a été donné une fois pour toute, mais ce n’est qu’au fur et à mesure de sa progression que le peuple de Dieu se trouvait confronté aux anciens habitants qu’il devait vaincre et chasser pour établir à la place «l'homme nouveau, créé selon Dieu dans une justice et une sainteté que produit la vérité.» (Eph. 4 ; 24.). Ne prenons rien pour acquis. N’oublions pas que la victoire surnaturelle de Jéricho est aussitôt suivie par la défaite d’Aï où Acan se saisit des richesses de ces anciens habitants qui ne craignaient pas le seul vrai Dieu... Comme du temps de Josué, la victoire ne viendra plus par des moyens surnaturels ou des expériences mystiques abreuvées d’endorphine et d'adrénaline, mais par le dépouillement des oeuvres de la chair (les anciens habitants) et l’installation, à la place, du Règne de Dieu par la foi dans «les plus grandes et les plus précieuses promesses, afin que par elles vous deveniez participants de la nature divine, en fuyant la corruption qui existe dans le monde par la convoitise» (2 Pierre 1 ; 4.)

Jean-Luc B



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10 commentaires:

  1. Les contrefaçons de la Présence de Dieu revêtent presque toujours le caractère d'un sentiment agréable : le croyant se livre alors imprudemment à ce qu'il ressent - une sensation indéfinissable qui le pénètre et le subjugue - et il s'y abandonne. Il ne se doute pas qu'il vient de donner accès aux mauvais esprits à l'endroit même où en temps normal se manifestent les aspirations spirituelles les plus intimes et les plus profondes de son être.

    Lorsque le croyant soupire après le sentiment intime de la Présence de Dieu - ce désir peut se préciser de façon plus ou moins intense dans un contexte de passivité - l'ennemi, subtil et rusé, s'approche alors, provoque des sensations de paix et de calme, peut même l'envelopper de lumière, et le séduit en murmurant : "Enfin la voici, cette Présence après laquelle je soupirais".

    C'est une façon de procéder de l'ennemi : il y en a d'autres, innombrables.

    Le fidèle, au vu de cette expérience, se considère comme privilégié : "Dieu s'est révélé à moi! Il m'a parlé!". Il n'est pas sur ses gardes : il est bien loin de songer à l'ennemi de nos âmes. Pour lui, ces manifestations sont divines : il les accepte sans qu'aucun doute affleure sa pensée. Du moment qu'il attribue à Dieu ce qui provient du camp ennemi, il se place sous sa dépendance. L'ennemi a gagné sur lui le terrain qui revient à Dieu.

    La victime est convaincue d'avoir été choisie par Dieu de façon merveilleuse pour quelque importante mission. Elle écoute les suggestions de l'ennemi et croit que Dieu lui commande telle ou telle chose. Le "moi" est nourri et fortifié par cette expérience. La victime sent une puissance secrète décupler ses forces - elle peut tout, maintenant : Dieu lui a parlé. Elle bénéficie d'une faveur spéciale. Désormais, son soutien et sa force sont cette fausse "présence" qu'elle croit divine : elle met toute sa confiance dans "ses expériences" et néglige Dieu et les Écritures.

    Comme elle est assurée que Dieu lui parle, elle refuse absolument tout conseil, toute direction, et développe une tendance à l'infaillibilité. Comment écouterait-elle les autres ? Eux n'ont pas eu de révélation directe! Douter de ses "communications" est le comble du péché...

    Elle n'a plus qu'à obéir, même si la direction prise est contraire au bon sens et à la raison, même si c'est en opposition directe avec l'esprit des Écritures. L'être humain ainsi séduit n'emploie ni sa raison - "ce serait charnel" - ni son bon sens - "ce serait un manque de foi". Quant à sa conscience, elle a cessé de parler.

    Elle se croit plus avancée qu'elle ne l'est réellement, et est amenée à agir au-delà de la mesure de foi et de connaissance qu'elle a atteinte, de sorte qu'elle s'expose aux coups de l'adversaire de nos âmes, qui lui cache sa vraie condition.

    Jessie Penn-Lewis, La guerre aux saints

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  2. La stratégie du loup consiste toujours à essayer d’isoler une brebis du reste du troupeau pour en faire une proie vulnérable.

    Comme le décrit fort bien Jessie Penn Lewis, la victime après ce genre d’expérience se croit plus spirituelle que les autres et se sent capable d’aller conquérir le pays promis sans attendre le reste des retardataires incrédules. Elle oublie malheureusement que l’Écriture montre clairement que Caleb et Josué, malgré leur foi réelle, ont continués à marcher fidèlement pendant 40 ans avec l’ensemble du peuple, en étant les témoins patients de la mort progressive de la génération incrédule et de l’édification quotidienne de ce «peuple nouveau» créé selon Dieu qui a fini par conquérir le «pays de la promesse» sous les ordres de Josué...

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  3. Vous devriez intituler votre méditation: "Comment jeter le bébé avec l'eau du bain". Selon le mot a la mode: Amalgame. Michel. R

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    1. Bonjour
      j'aimerais avoir des précisions sur ce qui représente en l'occurrence le bébé, ça m'intéresse car je suis interpellé par ce texte

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  4. L'article "Le danger d'une vie basée sur les émotions" m'a beaucoup parlé.
    https://lesarment.com/2007/11/le-danger-dune-vie-basee-sur-les-emotions/

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    1. Comme mon article, cette réflexion de Watchman Nee met justement en garde contre le danger des sensations ressenties, qui peuvent nous entraîner dans des voies de garage. Mais le titre qui a été donné à l’article est malheureusement lui aussi un piège : «Le danger d’une vie basée sur les émotions» aurait dû être titré : «le danger d’une vie basée sur les sensations» car Watchman Nee nous met en garde contre les sensations, le ressenti, mais absolument pas contre les émotions qui sont au contraire indispensables à une vie remplie de l’amour de Dieu.

      Selon le Christ, le plus grand commandement (et le second qui lui est semblable) consiste précisément à faire preuve de sentiments d’amour. Il est symptomatique de remarquer que c’est sur ces deux commandements «sentimentaux» que «sont accrochés toute Loi et les prophètes» (Mathieu 22 ; 40.). Beaucoup de ceux qui veulent enseigner n’ont pas remarqués que le Christ nous dit ici que le fondement de la foi se trouve dans un sentiment émotionnel. La base de notre foi ne consiste pas dans une doctrine juste ou des expériences justes (qui sont cependant nécessaires), mais dans le sentiment d’amour qui vient du Père et que nous recevons pour en être, nous aussi, les acteurs ici bas.

      Ne confondons pas les émotions et les sensations. Comme l’explique très bien l’article, les sensations peuvent être trompeuses et nous devons effectivement nous tenir en garde contre les ressentis. Mais les émotions sont le moteur de toute vie. Le sentiment d’amour est précisément ce qui nous met en mouvement à la suite du Christ. Et je suis personnellement persuadé que c’est l’absence d’amour qui fait la vulnérabilité de la maison «vide, balayée et ornée» qui va être envahie par sept méchants démons (Mathieu 12 ; 43-45.). L’apôtre Paul nous dit que ce qui fait la solidité de notre espérance provient précisément de ce sentiment que Dieu a envers nous et qu’Il déverse en nous :

      «Or cette espérance ne trompe pas, parce que l'amour de Dieu est déversé dans notre cœur par le Saint-Esprit qui nous a été donné.» (Romains 5 ; 5.)

      Méfions-nous des sensations, mais recevons le sentiment d’amour par lequel Dieu veut remplir nos vies afin qu’il ne reste aucune place pour des squatteurs mal animés.

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    2. Oui c'est vrai et malheureusement beaucoup de chrétiens pensent que pour être spirituels nous devons être dénués de toute émotion mais c'est impossible ce sont les morts qui n'ont pas d'émotion ou n'en ont plus.
      Dans l'article Jean-Luc parle de la production d'endorphine qui vient calmer la peur l'angoisse qui sont aussi des émotions. Si j'ai bien compris certaines drogues font cet effet de même que toutes ces techniques ésotériques évoquées, c'est aussi le cas de l'hypnose. Mais la paix la vraie il n'y a que le Christ qui nous la donne. Et cette paix n'anihile pas nos émotions, ne nous rend pas hébétés, elle ne neutralise pas certaines zones de notre âme. ceux qui pratiquent ces choses se mettent sous un joug d'ailleurs c'est ça le mot yoga non?
      Sinon je crois que la paix de Dieu si elle ne nous était donnée que lorsque nous nous éloignons du bruit dans une sorte de monachisme où nous nous retrouvons avec nous-mêmes pour trouver notre dieu intérieur, comme le prétend l'hésychasme, on serait mal très mal.
      Ok parfois et même souvent il faut faire silence pour entendre Dieu mais faire silence n'est pas s'éloigner de tout et partir à la montagne ou dans un désert, le désert dont parle la bible n'est pas matériel. De la même façon que vous pouvez vous sentir isolé dans une foule je crois qu'on peut être rempli de bruits intérieurs en étant seul physiquement dans un trou perdu.
      L'hésychasme ne vient pas de l'église primitive je ne le crois pas du tout, mais est né certainement quand l'église a perdu sa lumière émanant du feu de la pentecôte.
      J'aime aussi le livre de Jessie pen lewis mais attention à ne pas avoir peur de tout après ça car si on ne laisse rien se produire, on ne peut plus avoir à discerner quoi que ce soit. Il faut que certaines choses se passent pour que leur vraie nature soit manifestée en pleine lumière. Jessie Pen Lewis a pu écrire ces choses parce qu'elle en a vu et a pu exercer son discernement. On ne devient pas soldat juste en regardant sur wikipédia comment ça se passe

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    3. Il faudrait pouvoir vérifier le texte original de W.Nee : utilise-t-il réellement le terme "émotions" ?

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    4. ??? Quelle drôle de question ! Le texte de Watchman Nee est très clairement une mise en garde contre les sensations, qui peuvent être trompeuses. Mais le titre (qui n’est pas de Watchman Nee) extrapole en parlant du danger d’une vie basée sur les émotions. Pourtant, comme la racine du mot l’exprime clairement, les émotions sont le moteur de la vie.

      Comme le dit Jean : «Quant à nous, nous aimons parce qu'il nous a aimés le premier.» (1 Jean 4 ; 19.). Il ne nous parle pas d’une réflexion théologique qui l’amènerait à croire en Lui parce qu’il serait le plus convainquant, mais il s’agit d’une réponse au sentiment d’amour que Dieu nous a manifesté en Jésus-Christ et que nous pouvons alors laisser s'écouler vers les autres (Jean 7; 38.).

      Cette peur des sentiments gangrène malheureusement une partie de la chrétienté et elle n’est pas justifiée par l’Écriture. Elle participe à la crainte qui handicape beaucoup d’enfants de Dieu et qui devrait être bannie par un amour parvenu à maturité. «Celui qui éprouve de la crainte n’est pas parvenu à maturité dans l’amour» (1 Jean 4 ; 18.)

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  5. C'est bien là que je voulais en venir : W.Nee est dans le juste, c'est le titre français (et aussi la traduction du texte) qui utilisent émotion(s) et émotivité.

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