samedi 24 mars 2012

2° partie, Saraï ou Sara : une identité pour une destinée


Lire Genèse 17/ 15-16

Au départ le nom de l’épouse d’Abram était Saraï. Le nom caractérise l’identité dans le Droit Français et cette réalité se retrouve aussi dans le domaine spirituel. Il m’arrivera dans la suite de faire d’autres parallèles avec des aspects du Droit de la famille puisque nous parlerons non seulement de nom, mais encore de paternité, de reconnaissance d’enfant, d’adoption, de possession d’état, de contestation de paternité, d’héritage, d’avancement d’hoirie (ou arrhes sur héritage) de quote-part de succession (enfants naturels/enfants légitimes). Bien entendu il s’agira ici de réalités spirituelles que nous pouvons aussi appréhender dans la mesure où elles peuvent être imagées par de principes régissant des rapports existant dans le naturel et qui peuvent nous parler un peu plus concrètement. Certes mes études Notariales me permettent d’aborder certains aspects avec une sorte de lucidité, mais la plupart de ces notions ne sont pas étrangères à la Bible. Le Droit Français qui tire sa substance du Droit Romain prend une bonne part de sa substance des normes divines que nous trouvons dans la Bible. Dieu a donné des règles qui permettront à des sociétés humaines de fonctionner. C’est bien pour cela qu’on parle ici de culture judéo-chrétienne, bien que ce socle connaisse de plus en plus d’érosions avec les nombreuses brèches faites notamment dans le droit de la famille où on voit émerger de nouvelles normes censées correspondre à l’évolution des mentalités dans la société Française.


Bref, la transformation du nom de Saraï en celui de Sara manifestera donc aussi une transformation dans l’identité et le caractère de la femme d’Abraham dans le but de la faire entrer (comme cela le fut pour Abraham) dans sa destinée et son appel à « enfanter » la promesse de Dieu. En droit de la famille, comme le nom caractérise l’état, il n’est permis de changer de nom que lorsque l’état de la personne change. Saraï devient Sara lorsque Dieu décide de lui ouvrir le sein afin qu’elle enfante : la stérile devient mère, elle représente « notre mère » spirituellement (Galates 4).

Nous avons dans la bible d’autres histoires de changement de nom et de caractère manifestant une modification dans l’identité afin de permettre l’incarnation d’un appel divin ( Abram, Jacob, Simon, Saul). Mais ce qui peut surprendre ici dans le cas de la femme d’Abraham, c’est le fait que les deux prénoms signifient la même chose « femme noble ou princesse » : ils ont tous les deux la même signification. Dès lors la question qui se pose c’est : pourquoi changer Saraï en Sara ? C’est ici qu’il est important de saisir que si les deux prénoms ont la même traduction, la connotation en est pourtant fort différente car ils n’incarnent pas la même réalité. On peut être une princesse et ne pas être en mesure d’entrer dans son héritage ou appel et c’était le cas de Saraï ; elle avait sur elle cet appel à être une princesse, pourtant avant cette modification dans son identité, elle était dans l’incapacité d’incarner cette réalité de princesse dans les faits et d’entrer par conséquent de façon effective dans l’héritage et la bénédiction qui étaient siens. Nous avons des exemples précis qui montrent qu’elle pensait, agissait, réagissait comme une esclave ; et même, à une période son mari et les autres hommes auxquels elle fut confrontée ne lui ont pas rendu les honneurs dus à une princesse ; en bien des occasions ils lui ont réservé un sort similaire à celui d’une esclave.

Saraï ou la princesse esclave

Esclave du passé familial

Avant d’être traitée comme une princesse, Sarah l’a été comme une esclave. Cela était du au fait que son cœur et celui d’Abraham étaient encore sous l’influence conjuguée de Babylone (la maison de son père en Mésopotamie) et de l’Egypte (qui représente dans la bible la maison de servitude) ; ces deux pays symbolisent deux esprits de domination spirituelle libérant des liens de servitude sur les cœurs et les pensées. N’oublions pas que c’était en quittant la maison de son père (Mésopotamie) qu’Abraham avait pris la décision de faire dire à Sara qu’elle était non pas son épouse mais sa sœur (Genèse 20/11à 13). D’autre part, ils étaient sous l’influence de l’Egypte ayant intégré en eux une partie de la culture de ce pays pour y avoir séjourné.  Certains textes historiques laissent entendre qu’Abraham aurait vécu en Egypte de nombreuses années avant que sa femme ne fut enlevée. Des années durant lesquelles ils eurent certainement l’esprit embrumé par la puissance spirituelle présente en ce pays au travers de ses mœurs et coutumes. En quittant l’Egypte, Abraham emportait avec lui dans ses bagages l’influence de ce pays dont Agar l’esclave était un symbole fort. Le lien d’esclavage (sa condition) issu de l’Egypte était avec elle entré dans la maison d’Abraham et exerçait sans aucun doute une influence malsaine sur ses relations avec son épouse.

Saraï était esclave aussi d’une mentalité égoïste et lâche qui pousse l’homme de faire  de sa femme une couverture au lieu d’en être une pour elle : Abraham s’est servi d’elle pour rester en vie la faisant passer pour sa sœur.

Mais Saraï fut aussi esclave de ses propres représentations de Dieu, concernant Sa façon d’agir, elle en avait une idée assez réductrice qui était la conséquence de son incrédulité (ou la cause !); c’est pour cela qu’elle proposera son esclave à son mari afin de voir s’accomplir la promesse que Dieu leur avait faite. Ce faisant elle pensait non pas comme une princesse sûre de son héritage mais comme une esclave qui doit se démener pour assurer l’avenir des siens.

Elle était esclave de la convoitise des hommes : par deux fois elle fut enlevée à son mari pour être prise pour femme par d’autres hommes (Pharaon puis Abimélek) sans que son mari ne proteste : Il n’a pas été un voile pour elle nous en parlerons plus loin.

Elle fut esclave d’un environnement défavorable à la femme considérée comme une valeur marchande et monnayable. On ne peut dire qu’elle incarnait à ces moments là une princesse ; elle passait plutôt pour une prostituée échangée contre des biens à Pharaon, ou contre de l’argent à Abimélek. Elle a pu se sentir trahie dans son cœur et salie dans son âme. Cette façon de traiter une femme assimile son sort à celle d’une esclave. Abraham se justifie de son attitude scandaleuse envers sa femme (il a eu peur qu’on le tue à cause de sa femme) ; attitude que lui reproche Abimélek qui ne connait pas Dieu comme lui : nous voyons au verset 9 de Genèse 20 qu’il considère l’attitude d’Abraham comme une faute grave aux yeux de Dieu, c’est comme si ses valeurs morales dépassaient celles d’Abraham.

Alors qu’il a déjà eu une expérience avec Dieu depuis qu’il a quitté la maison de son père, Abraham se cache encore derrière des raisonnements et des schémas qui appartiennent à un passé qu’il n’a pas placé sous l’autorité de Dieu (emprise de Babylone). N’agissons-nous pas souvent ainsi ? Lorsque Dieu nous a délivrés du passé, et que dans notre marche nous nous remettons sous des schémas mentaux antérieurs ; c’est ainsi que nous mettons en place pour nous et les nôtres des cellules de servitude qui emprisonnent et empêchent d’accéder à la liberté que Dieu offre « n’est ce pas pour la liberté que Christ nous a affranchis ? ». Et pourtant c’est souvent que nous sommes poussés à revenir à ces schémas du passé mais nous devons résister à cela. Mais Regardons un peu les ficelles qui contribuèrent à entraîner Abraham dans ces schémas du passé: « le fait de craindre davantage les hommes que Dieu » (il craint le peuple d’Abimélek), « aimer sa vie propre » (il a peur d’être tué : Jésus dit que celui qui aime sa vie la perdra), « avoir des petits arrangements avec la vérité en pénétrant même timidement sur le terrain du mensonge» (d’ailleurs quelque part elle est ma sœur) : une demi-vérité est aussi un demi-mensonge. Ne sommes-nous pas tentés d’agir ainsi parfois pour se sortir d’un mauvais pas ? Ici il a livré son épouse pour se préserver et nous allons voir tout ce que génère une telle posture d’abord pour la femme ensuite pour le couple.

Saraï ou quand l’homme est défaillant dans son rôle

1 Pierre 3/1 à 7 « Femmes, soyez de même soumises à vos maris …».

Régulièrement il est rappelé aux femmes chrétiennes la nécessité de  « se soumettre » à leurs maris quand ce n’est pas carrément à tous les hommes quels qu’ils soient ; nous n’allons pas trop nous étendre sur ce point car ce n’est pas le propos. Mais il est important de souligner à quel point certains passages de la Bible sont parfois détournés de leur objectif pour amener la femme à un rôle d’esclave de l’homme bien loin de la définition de l’apôtre Pierre qui la qualifie de vase plus faible ou plus délicat 1 Pierre 3/7. C’est d’ailleurs la première partie de ce verset qui est régulièrement utilisé dans ce but. Notons qu’un vase délicat ne peut être traité de n’importe quelle façon ; on doit faire très attention à la manière de le toucher car il peut se briser si on le manie avec brutalité ; on parle aussi de vase de grand prix. Est-ce à dire que l’apôtre demandait aux maris de traiter leurs femmes comme ces vases délicats de grand prix ? Avouons que cela changerait totalement l’interprétation souvent faite de ce passage !

Nous noterons que ce passage de Pierre ainsi que celui de la lettre de Paul aux Ephésiens (chapitre 5) parle de soumission et pas d’obéissance comme cela peut être le cas pour les enfants envers leurs parents (Ephésiens 6/1) ou de serviteurs envers leurs maîtres (Ephésiens 6/ 5). Ce que je dis de ce passage de la lettre de Pierre, c’est que s’il est vrai qu’elle obéissait à Abraham comme le dit le verset 6 : « comme Sara, qui obéissait à Abraham et l'appelait son seigneur. », Saraï elle, n’a pas toujours été soumise au sens où la Bible entend ce terme dans la lettre de Paul aux Ephésiens ou même dans celle de Pierre ici (1Pierre 3/1 « Femmes soyez de même soumises à vos maris ». Car se soumettre ce n’est pas obéir, mais « se mettre sous » ; contrairement à ce qu’on croit assez souvent, ce n’est pas se mettre sous une autorité (dans le sens commun du terme) mais c’est se mettre sous une protection (ce qui dans ce cas deviendra alors une autorité); en l’occurrence selon la bible c’est se mettre sous la protection d’un chef (je te couvre : un couvre-chef). Car la soumission sous entend dans son sens biblique une idée de couverture ou de protection exercée par celui auquel on se soumet ; or ici dans ce qui vient d’être dit, avant qu’Abram et Saraï n’aient été transformés par Dieu en Abraham et Sara, la soumission n’a pas fonctionné selon l’ordre prévu par Dieu au départ : Abraham a inversé les choses en se cachant derrière Sara pour assurer sa protection face à Pharaon puis Abimélek.

Non seulement Abraham n’a pas protégé Saraï (en faisant d’elle celle qui couvrait et protégeait l’époux qu’il était), mais encore il s’est lui-même dans les faits soumis à Saraï lorsque celle-ci lui a conseillé de prendre son esclave pour avoir l’enfant promis par Dieu. Notons que lorsque par la suite Sara qui ne sera plus Saraï donnera un autre conseil déterminant à Abraham, celui-ci hésitera à le suivre, c’est l’épisode où elle lui dit de chasser l’esclave et son fils et où Abraham montrera à cet égard une résistance naturelle qu’il n’a pas manifesté la première fois : il est dit que cette parole déplut fort aux yeux d'Abraham, à cause de son fils. Cette résistance était due au fait qu’à ce moment-là l’ordre de Dieu était rétabli dans le couple d’Abraham : Saraï était devenue Sara et Abram, Abraham. Il a fallu que Dieu lui-même intervienne pour faire comprendre à Abraham que le conseil de son épouse était en accord total avec Sa volonté et c’est seulement alors qu’il le suivra. Alors que Saraï-l’esclave dit (Genèse 16/2) : passe la nuit avec mon esclave, je pourrai peut être avoir un fils grâce à elle, Sara la princesse dira plus tard (Genèse 21/10)  : «  Chasse cette servante et son fils, car le fils de cette servante n'héritera pas avec mon fils, avec Isaac. Là elle est la princesse qui sait qu’elle a un héritage sur lequel elle peut et doit prendre des décisions. Et au verset 12, Dieu dira à Abraham pour appuyer cette parole « prophétique » de Sara (qui devient un type dans la nouvelle alliance) : « Que cela ne déplaise pas à tes yeux, à cause de l'enfant et de ta servante. Accorde à Sara tout ce qu'elle te demandera ; car c'est d'Isaac que sortira une postérité qui te sera propre. ».

La soumission du cœur de la femme se met naturellement en place lorsque l’homme exerce son rôle de couverture-protection. A ce moment-là, elle n’obéit pas à son mari mais lui est soumise (la nuance se situe dans une posture du cœur). Dans ce cadre, il est aussi fait place aux « décisions » émanant de la femme même si elle n’est pas le chef de l’homme car Dieu lui donne à elle aussi le conseil de sa sagesse et la capacité d’être un agent dans le couple en étant une aide pour son mari.

Dieu n’est pas comme nous, il n’a pas le souci de présenter la vérité sous un voile qui convienne aux idées ou représentations que nous nous en faisons ; Il n’est pas non plus aussi rigide que nous le pensons sur l’ordre des choses dans le couple (dans le sens que l’homme doive absolument être celui qui dicte les décisions, ou que la femme doive absolument obéir à tout ce que dit son mari). Non ! La soumission n’est pas forcément toujours là dans ces considérations même si les formes extérieures y sont.

Saraï ou l’honneur bafoué de la femme

La bible dit en Proverbes 31 que la femme vertueuse est honorée et louée par son mari. Or nous l’avons vu : à une période de sa vie, Saraï n’était pas honorée par Abram comme une femme vertueuse. Sa situation pouvait plutôt être comparée à celle d’une femme de petite vertu livrée à la convoitise des hommes.

Fort heureusement, Dieu n’avait pas ouvert le sein de Sara avant de changer leur caractère à tous les deux, ni avant que tout danger d’enlèvement ne fut écarté : son sein aurait pu recevoir un autre enfant que celui d’Abraham car n’oublions pas que Sara fut enlevée à deux reprises par des hommes qui l’ont voulu pour femme dont l’un a eu le temps de la prendre pour femme. C’est seulement après l’épisode de l’enlèvement par Abimélek que Dieu lui ouvre le sein. Bien entendu il est des choses dans le récit biblique qui nous choquent car entrant en conflit avec l’idée souvent religieuse que notre conscience se fait de Dieu. Mais le récit n’est pas là pour coller aux représentations mentales de notre conscience mais pour rendre témoignage à la vérité. Aussi toutes ces choses rapportées (même difficiles et délicates) sont là pour nous enseigner sur la bonté de Dieu sa compassion au sein de l’adversité et éclairer les épreuves les plus douloureuses que nous traversons à notre tour car dans son humanité l’homme a peu changé.

Le texte biblique ne cache pas que Pharaon a touché Sara : il est dit explicitement que Pharaon l’a prise pour femme : cela signifie qu’elle n’a pas juste fait figuration dans son harem mais concrètement Pharaon l’a prise pour être aussi sa femme : Genèse 12/ 19 « Pourquoi as-tu dit : C'est ma sœur ? Aussi l'ai-je prise pour ma femme. Maintenant, voici ta femme, prends-la, et va-t-en ! ». Par contre en ce qui concerne Abimélek, selon Genèse 20/ 4, ce dernier n’avait pas eu le temps de toucher à Sara, Il est dit qu’Abimélek « ne s’était pas encore approché d’elle », au verset 6 Dieu lui dit que c’est Lui qui l’a retenu de le faire « Dieu lui dit en songe : Je sais que tu as agi avec un cœur pur ; aussi t'ai-je empêché de pécher contre moi. C'est pourquoi je n'ai pas permis que tu la touches ».

Bien qu’étant à ce moment-là appelée Sara, elle n’est pas encore totalement transformée car la stérilité de son passé affecte encore son identité. Cependant, elle n’est pas sans protection comme face à Pharaon, mais c’est Dieu qui la protège. Aussi Abimélek n’a pu la toucher ; c’est pourquoi Dieu ne l’a pas frappé comme Pharaon, mais l’a averti que s’il ne rendait pas Sara Il le frapperait.

La stérilité de Sara l’avait protégée de porter un enfant autre que de la semence d’Abraham. C’était pour elle une protection de Dieu qui allait garder l’intégrité de son sein, de sa matrice pour la bénédiction promise malgré le traitement auquel elle fut soumise par la lâcheté de son époux. Il est remarquable de constater que cette stérilité a touché aussi toute les femmes de la maison d’Abimélek à cause de la présence de Sara dans cette maison « Car l'Éternel avait frappé de stérilité toute la maison d'Abimélec, à cause de Sara, femme d'Abraham. (Verset 18) : c’est le même principe qui avait touché la maison d’Abraham lorsque Agar y avait pénétré. Cela montre que ce qui pénètre dans notre maison a une incidence sur nos vies et celle de nos familles. Sur un plan spirituel, nous pouvons permettre ou interdire à la stérilité (spirituelle) ou à l’esclavage (spirituel) de pénétrer dans nos foyers. Mais ceci est un autre message.

Sentiment de honte et d’insécurité

Beaucoup de femmes mariées sont comme Saraï à cause de leur mari. La plupart pourraient résumer leurs problèmes de couple en une phrase « Je ne me sens pas honorée, ni protégée ni sécurisée dans mon couple ». Elles ont de façon récurrente un sentiment de honte et d’insécurité profonde. La sécurité dont je veux parler, ne consiste pas en une sécurité financière qui serait assurée uniquement par le mari : ce n’est pas du tout ce que je veux dire car une pareille vision qui voudrait que le mari soit absolument le seul à assurer la subsistance de la famille, ne résulte pas d’une pensée de Dieu exprimée dans la Bible c’est une décision qui appartient au couple, dépend de la situation familiale et n’émane en aucun cas d’un décret divin quelles que soient les idées qui sont véhiculées à ce sujet et qui sont souvent surtout culturelles. Je crois que si la femme a été créée pour être une aide pour le mari, cela peut aussi se traduire sur le plan financier selon les circonstances. Le texte de Proverbes 31 qui parle de la femme vertueuse, montre d’ailleurs un mari complètement décomplexé à l’idée que sa femme gagne sa vie et même très bien (verset 14 : comme les navires marchands elle amène de loin sa nourriture.. verset 16 elle plante une vigne avec l’argent qu’elle a gagné ».

L’insécurité dont je parle se situe sur un autre plan, elle est aussi vécue par beaucoup de femmes dont le mari assure parfois seul la subsistance de la famille. C’est la sensation de ne pas être protégée ou sécurisée. Il s’agit d’une sécurité qui se situe sur un tout autre plan que financier car l’être humain n’a pas que des besoins matériels. Évidemment on ne peut demander à un mari d’être Dieu pour son épouse en lui apportant ce qui incombe à Dieu. Mais l’attitude du mari envers son épouse doit d’une certaine façon aboutir à faire émaner en celle-ci un sentiment de sécurité qui lui donne l’impression d’être une princesse (une Sara) servie avec égards et honneurs par son prince ; mais aussi un sentiment de sécurité qui lui donne la conviction intérieure de cette couverture sécurisante : cela va bien plus loin que les formes visibles.

Son mari la loue et a confiance en elle

Que nous le voulions ou non, malgré les ravages du féminisme dans la société, l’image du prince-chevalier servant est malgré tout bien présente dans l’esprit des femmes pour incarner le mari idéal (ou l’homme en général) qui protège son épouse contre les méchants ou autres formes d’agression, dans la mesure de ses moyens, en tout cas comme on prendrait soin d’un vase faible ou délicat. C’est une attente qui rejoint quelque part le projet de Dieu : le passage de Proverbes sur la femme vertueuse ne dit-il pas aussi que son mari chante ses louanges ? Comment peut-il faire une telle chose s’il n’honore pas son épouse ? La femme décrite en Proverbes 31 a l’air d’être une femme qui ne se replie pas sur elle, c’est certainement parce que son mari a confiance en elle comme le dit le texte ; un mari qui a confiance en sa femme est une vraie bénédiction, n’ayons pas peur de le dire. Le texte précise aussi ce que génère cette confiance que le mari place en sa femme (Proverbes 31/ 12) : « Elle lui fait du bien, et non du mal, tous les jours de sa vie ». La plante arrosée libère les effluves de son parfum qui montent au nez de celui qui l’a arrosée pour le plus grand bonheur de ce dernier.

Saraï : une identité dévalorisée pour un héritage dévalué

Une identité dévalorisée

D’autres femmes sont quant à elles, à l’image de Rachel et Léa qui furent aussi d’une certaine façon échangées car constituèrent le salaire du travail de Jacob auprès de Laban. Elles ont fait l’objet d’un marché. Bien sûr c’était certainement une coutume mais n’empêche que ce marché définissait d’une certaine façon la valeur qui leur était accordée. Comment se sentir valorisée quand on est donnée en salaire ? De même, en recevant des biens pour avoir laissé sa femme au Pharaon puis à Abimélec, Abraham lui donnait une valeur marchande équivalente à celle d’une esclave vendue ou prêtée. Ce genre de traitement donne une valeur de prostituée ou d’esclave ; or le mari est censé servir sa femme de sorte que celle-ci puisse s’identifier non pas à une prostituée mais à une princesse, une Sara. Une femme a besoin de se sentir princesse aux yeux de son mari (mais aussi aux yeux de son Père !) et non pas traitée comme un vulgaire objet qu’on peut prêter ou monnayer. Proverbes 31/10 donne la valeur d’une femme vertueuse : elle a plus de valeur que les perles.

 Un héritage dévalué : cohéritières ou sous-héritières ?

Nous avons évoqué la première partie du texte de 1 Pierre 3 qui dit que les femmes doivent être soumises à leur mari comme Sara l’était à Abraham. Mais il est aussi bénéfique et « utile » de lire la suite de ce passage car le verset suivant demande aux maris d’honorer leurs épouses comme devant hériter avec eux. C’est une parole importante car dans la culture orientale et on voit cela encore aujourd’hui par endroits, la femme n’héritait pas à part égale avec l’homme (aucune part à l’héritage). D’ailleurs même en France jusqu’à une date pas si lointaine, la femme était frappée d’incapacité juridique ; par conséquent cela ne devrait nous étonner que moyennement. Ainsi dans les cultures orientales, les femmes n’héritaient pas à part égale avec les hommes, c’est pourquoi ce texte de l’apôtre Pierre est comme une sorte de révolution qui pouvait bouleverser ses lecteurs à ce moment-là puisqu’il affirmait que les hommes et les femmes étaient à égalité au regard de l’héritage divin, ce n’est pas rien car cela élevait la femme au-delà de ce qui appartenait aux considérations terrestres de cette époque là et c’est là que nous pouvons pleinement saisir comment Paul pouvait à une telle époque dire « en Christ, il n’y a plus ni homme ni femme ».

Malheureusement encore aujourd’hui certains hommes admettant (tout de même) que les femmes sont des enfants de Dieu, agissent comme si elles étaient des enfants illégitimes de Dieu ; dans le droit des Successions, les enfants illégitimes n’héritent pas à part égale avec les enfants légitimes mais ont une demi part… et dans la Charia par exemple (Droit musulman) la femme n’avait pas la même part à l’héritage que l’homme mais avant l’islam, elle n‘héritait pas du tout comme en Israël aux temps Bibliques où les femmes n’étaient pas comptées dans la succession du Père (c’est ainsi Dinah n’est pas comptée parmi les héritiers de Jacob).

Quel plaisir pour une femme de se soumettre à un mari qui l’honore et la considère comme une princesse, une Sara ! Vous savez, on ne traite pas n’importe comment une princesse : regardez un peu le protocole dans les pays où existe encore la royauté, si vous visitez la famille royale, vous verrez que les gens ne s’approchent pas de la reine ou de la princesse avec désinvolture. Si tous les hommes traitaient les femmes comme l’exige le protocole pour une princesse de ce monde, cela ferait une vraie différence dans les rapports conjugaux (et il en va de même pour les hommes si toutes les femmes les considéraient comme leur seigneur !) car je le redis et c’est important de le saisir, la façon de traiter une femme (puisque nous parlons des femmes) a une influence incroyable sur son état intérieur qui rejaillit positivement sur son époux : la femme vertueuse honorée fait du bien à son mari (c’est l’histoire de la plante). On dit souvent que derrière chaque grand homme il y a une femme ; mais on devrait aussi dire qu’une femme est souvent ce qu’en fait son époux (ou son père). Regardez sa mine, son état, ressemble-elle à une princesse ? Ici il n’est pas question de parure extérieure mais de parure intérieure ; car vous pouvez avoir la plus belle apparence extérieure que cela ne réussirait pas à cacher l’état réel de votre âme. L’époux est d’une certaine façon responsable de faire prospérer l’état de l’âme de son épouse.

De même que l’intimité avec Dieu façonnera notre caractère, on peut aussi dire que l’intimité du couple façonnera le caractère de l’homme et de la femme par une sorte de frottement interactif  qui va produire au bout un fonctionnement cohérent où chacun aura perdu un peu de lui pour prendre un peu de l’autre pourvu que ce soit toujours la bonne part. Ainsi la femme sera la résultante de l’influence de son mari sur elle bonne ou mauvaise (et vice versa pour l’homme). On peut aussi étendre ce principe au rapport au père qui va avoir des répercussions sur les relations dans le couple. Ces choses sont loin d’être anodines ; nous verrons plus loin dans quelle mesure agit la reconnaissance du Père (et donc aussi du père) sur la formation et la maturation du caractère des fils et filles.

Saraï et le Dieu de l’impossible

Lisons Genèse 18/ 1 à 14 ; c’est l’épisode où les anges rendent visite à Abraham et Sara pour leur annoncer que le temps de la bénédiction est arrivé; le texte dit qu’en entendant cela Sara rit. Puis il est dit que le Seigneur demanda à Abraham pourquoi Sara avait ri en disant : « c’est impossible, je suis trop vieille pour avoir un enfant ». À la suite de cela, Dieu déclarait au couple (verset 14) : « Y a-t-il rien qui soit étonnant de la part de l'Éternel ? »

Ce n’est pas la seule fois où Dieu a fait une telle déclaration à une femme qui allait avoir un enfant dans des circonstances exceptionnelles. Ce fut le cas lors de la visitation de l’ange annonçant à Marie qu’Elisabeth sa cousine allait mettre au monde un enfant dans les jours de sa vieillesse : Luc 1/ 36-37 : « Voici, Élisabeth, ta parente, a conçu, elle aussi, un fils en sa vieillesse, et celle qui était appelée stérile est dans son sixième mois. Car rien n'est impossible à Dieu. ». Pour entrer dans ta bénédiction, il te faut croire à la promesse du Seigneur aussi incroyable puisse-t-elle sembler. Nous devons regarder non pas à nous dans notre insuffisance, ni aux circonstances, mais à Celui qui fait la promesse et si c’est Dieu qui la fait, alors il a aussi le pouvoir de l’accomplir.

Le verrou de la dérision et de l’incrédulité

Il est dit dans la suite du passage (verset 15) que « Sara a nié avoir ri » lorsque Dieu lui a demandé pourquoi elle avait ri : « Effrayée Sara nia : je n’ai pas ri dit-elle. Si ! Tu as ri répliqua le Seigneur ». Elle ne sait pas que Dieu l’a vue. Mais comme nous l’avons vu au sujet d’Agar, Dieu nous voit, rien ne lui est caché. Et de même qu’il avait été témoin de la détresse d’Agar, Dieu a aussi été témoin de la dérision de Sara face à sa promesse incroyable à vue humaine, cette dérision était la forme visible prise par son incrédulité. C’est l’esprit de servitude qui installe dans l’incrédulité face à la promesse de Dieu. C’est une incrédulité qui rend sourd et aveugle aux réalités spirituelles encore invisibles dans le naturel. Ces réalités spirituelles sont à l’état de germes dans les promesses que Dieu nous fait lorsqu’Il nous parle. La foi vient de ce qu’on entend lorsque Dieu nous parle ; mais l’incrédulité constitue un verrou qui bloque ces germes les empêchant de produire leur fruit dans nos vies. Elle nous pousse à ne pas prendre trop au sérieux (pour ne pas être déçu) les promesses qui nous sont faites.

Sara n’a pas vécu la visitation qui avait persuadé Agar que Dieu la voyait ; c’est pourquoi elle a nié avoir ri. Tant que vous n’êtes pas persuadées que Dieu vous voit, vous pouvez penser vous cacher de lui ou lui mentir sur vos sentiments intérieurs. Seule la révélation de la présence de Dieu et de son regard sur nous, libère de l’obligation de nous cacher et nous mentir ; et elle nous pousse en même temps dans la dépendance à Son égard. Tant que vous n’avez pas la conscience que Dieu est présent et vous voit, vous ne pouvez pas vraiment vous confier en Lui pour entrer dans cette dépendance qui passe par l’abandon de vos propres solutions.

La peur pousse à se réfugier dans le mensonge vis-à-vis de Dieu : « effrayée Sara nia : Je n’ai pas ri ». Ainsi la peur peut nous pousser à nous cacher de Dieu et à fuir la réalité de ce qu’Il peut nous dévoiler sur nous. Adam avait avoué s’être caché parce qu’il avait eu peur ; il s’était caché car il avait eu conscience d’avoir failli par rapport aux attentes du Seigneur. Cette peur qui nous pousse à nous réfugier dans le mensonge est celle que nous renvoient non seulement nos fautes et nos péchés mais aussi nos hontes : honte de ne pas être telles que nous aimerions, honte d’être prises en flagrant délit d’incrédulité, et nous nous enfonçons encore plus. Avant de nous sortir de cet état, Dieu va nous rendre conscients de la raison de nos peurs, (peur d’être déçu par Dieu mais aussi peur de s’être trompé en croyant avoir reçu une promesse de sa part etc..) : pourquoi Sara a-t-elle ri ? Nous devons comme Sara accepter le verdict de Dieu et ne pas nous réfugier dans un déni impossible (et inutile) devant Dieu : « non je n’ai pas ri ». Nous voyons ici que Dieu utilise avec Sara le même mode opératoire qu’avec Agar avant de l’installer dans la bénédiction du fils promis. « Elle doit admettre qu’elle a ri » ; et admettre cela doit aussi la pousser à comprendre pourquoi elle a ri : parce qu’elle n’a pas cru la parole de Dieu : elle a regardé à elle, à son état qui lui renvoyait une réalité contraire à la promesse, au lieu de regarder à Dieu qui faisait la promesse. Faut-il aussi préciser qu’il y avait là pour Sara une double barrière visible d’impossibilité ! nous lisons sa réplique au verset 12 (Genèse 18) : « Maintenant que je suis vieille, aurais-je encore des désirs ? », une autre version dit «  maintenant je suis usée et mon mari est un vieillard et le temps des plaisirs est passé. Double barrière d’impossibilité car il y avait en plus de la vieillesse le manque de désir ou de libido comme on dirait aujourd’hui. Ne soyons pas surpris car l’acte conjugal n’est certainement pas une simple question de mécanique physique. Dieu pouvait-il faire renaître le désir au sein de ce couple de vieillards ? La réponse est oui ! Il n’y a pas de limite à ce que Dieu peut faire. Il s’occupe aussi de ce genre de détails sinon cette remarque de Sara ne serait pas rapportée dans le récit ; et cela doit encourager tous les couples qui rencontrent des difficultés à ce niveau : Dieu ne passe pas sur les détails, rien n’est insignifiant pour lui, Il peut faire renaître le désir dans ton couple. Il rend possible ce qui semble impossible.

Parfois on a attendu tellement longtemps l’accomplissement de ce qu’il nous avait semblé recevoir comme une promesse de Dieu pour nous, qu’au moment où Dieu vient nous rappeler cette promesse en nous disant que le moment est là, nous n’y croyons plus vraiment, et comme Sara nous sommes cyniques et répondons avec un petit rire incrédule : « Oh oui bien-sûr ! On verra bien».

La foi et la force du désespoir

C’est parfois le désespoir qui pousse à ne pas se faire une raison ; on est alors comme incapable d’accepter le verdict d’impossibilité que nous renvoient la réalité et les circonstances. On ne pourrait pas vraiment dire que c’est toujours la force de la foi mais plus souvent celle du désespoir de la situation, l’impossibilité de l’accepter telle qu’elle se présente. Nous avons ici une différence notable entre Agar et Sara ; la première est désespérée quand l’ange la rencontre et cet état la pousse à recevoir de suite la promesse sans la discuter, sans se poser de questions ; puis nous avons Sara qui semble accepter cette promesse avec légèreté ne se rendant même pas compte que c’est Dieu qui fait la promesse, que ce n’est plus un des deux hommes qui leur parle, mais le 3° : le texte précise bien Genèse 18/15 (c’est le Seigneur qui réplique à ce moment-là) il s’agit ici de la même personne qui s’était adressé à Abraham au verset 13 à savoir le Seigneur Lui-même.

Il y a encore autre chose à retenir de ce texte et qui nous renvoie à nos propres attitudes parfois face aux promesses de Dieu : il est dit que Sara a ri mais nous notons qu’Abraham lui aussi avait ri avant Sara Genèse 17/15à 17 : « Abraham se jeta le visage contre terre et il rit, car il se disait : « comment pourrais-je avoir un enfant moi qui ai cent ans, et comment Sara qui en a quatre vingt dix pourrait-elle devenir mère ? Et au verset 17 il va encore plus loin et se prend à discuter la promesse de Dieu jusqu’à même la niveler par le bas : « Pourvu qu’Ismaël vive et que tu t’intéresse à lui, je n’en demande pas plus ! ». Le Seigneur veut lui donner la récompense promise mais Abraham répond qu’il est en mesure de se contenter de peu, le Seigneur n’a pas besoin de se déranger pour lui. Ne réagissons-nous pas de la sorte ? C’est certainement une attitude de protection contre la déception au cas où Dieu tarderait ou ne ferait pas exactement comme nous l’avons cru, mais elle est surtout le fruit de notre incrédulité et de notre manque de confiance au Seigneur.


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