dimanche 8 novembre 2020

L’état de manque de l’homme sans Dieu

Jean-Luc B

 

 « Comme une biche soupire après des courants d'eau, Ainsi mon âme soupire après toi, ô Dieu ! Mon âme a soif de Dieu, du Dieu vivant » (Psaume 42)

Nous allons parler d’un mot qui est malheureusement souvent très mal compris et qui fait pourtant partie du vocabulaire religieux. C’est un mot qui a fait culpabiliser des innombrables générations de croyants, mais sans pouvoir à lui seul leur apporter la solution après laquelle ils soupiraient. Ce mot qui nous vient de l’hébreu, c’est le terme : PÉCHÉ. Pour beaucoup de gens, le péché serait une (ou des) actions mauvaises. Mais c’est oublier la condition primordiale pour se focaliser uniquement sur ses conséquences ! Car pour la Bible, le péché est avant tout un état qui va amener l’homme à des actes fâcheux.

Le péché

Revenons donc au sens original de ce mot dans le vocabulaire hébreux de l’Ancien Testament.

חָטָא (chata’) est un verbe hébreu qui signifie «manquer». Les différentes addictions qui caractérisent la faiblesse de la condition humaine, sont des malheureuses tentatives de remplir de mauvaise façon un vide sans fond qui, depuis la chute dans le jardin d’Eden se renouvelle continuellement dans le coeur de l’homme.

חַטָּאָת (chatta’ah) est un terme hébreu qui nous parle d’un manque, d’une incapacité à atteindre le but. Son premier emploi dans la Bible hébraïque se trouve au tout début de l’histoire humaine lors d’un dialogue entre Dieu et Caïn :

« Certainement, si tu agis bien, tu relèveras ton visage, et si tu agis mal, le péché (chatta’ah) se couche à la porte, et ses désirs se portent vers toi: mais toi, domine sur lui. » (Genèse 4)

Nous voyons là que Dieu considère le « manque » (chatta’ah) comme une entité extérieure qui s’installe à la porte du coeur de celui qui est insatisfait de sa relation à Dieu. Et le Texte nous précise bien qu’il est couché là avec le désir d’y entrer et de s’y installer. Il est important de préciser que dans ce dialogue, le verbe hébreu « domine » n’est pas à l’impératif mais au futur, c’est à dire que Dieu déclare à l’homme qu’il a la possibilité et le pouvoir de dominer, ou de contrôler, ce « manque » ! La suite de cette histoire nous montre malheureusement que ça n’a pas été le choix de l’homme, ce qui l’a amené à « manquer le but » c’est à dire à « pécher ». Le VERBE « manquer » (le but) n’étant que la conséquence de son ÉTAT de « manque ».

« Celui qui n'aime pas n'a pas connu Dieu, car Dieu est amour. » (1 Jean4;8)

Fondamentalement, cette histoire nous apprend que son « manque » le rendant incapable d’une relation d’amour avec son Créateur, il devient également incapable d’aimer son prochain et va finir par devenir un meurtrier, cherchant à faire disparaître celui vers qui Dieu tournait favorablement sa face… Ce qui ne va évidemment pas remplir ce « vide » qu’il a laissé dominer sa vie, mais va le rendre errant sur la terre. A préciser que les Bibles grecques ont traduit le verbe « chata’ » par « hamartano » (qui peut se traduire : « qui n’a pas sa part »). Encore cette histoire de « manque » qui est à l’origine de toutes les horreurs et les actions violentes qui ont remplis le monde de sangs et de larmes depuis l’origine !

Chacun de nous peut se reconnaître dans l’histoire de Caïn. Car depuis que nous sommes en âge de choisir, le « manque » est tapis à la porte de notre coeur et malgré la possibilité de dominer sur lui que Dieu nous avait donnée, nous le laissons prendre le pouvoir dans notre existence ! Avec les tristes conséquences qui en découlent et qui nous mettent tous dans une culpabilité bien réelle !

Qu’est-ce qui nous « manque » ?


On prête à Blaise Pascal cette formule célèbre : « Il y a dans le coeur de l'homme un vide en forme de Dieu. » Et même si dans cette phrase le développement de ses « Pensées » est un peu raccourci, comme je le montrerai plus bas, il est néanmoins important de comprendre avec lui que notre « manque » est en fait lié à une dépendance à notre Créateur qui nous aime comme un Père. Or depuis qu’ils ont été chassés du jardin d’Eden, les humains n’ont plus la possibilité de se nourrir quotidiennement de l’Arbre de Vie qui est au milieu du jardin (Genèse 3). C’est ce « manque » qui nous rend nous aussi incapables d’aimer alors que nous avons pourtant été conçu pour le faire. Nous le savons bien au fond de nous, mais au mieux nous en restons à une culpabilité morbide qui se soulage très faiblement avec des gestes religieux, ou au pire nous essayons de nous satisfaire d’une morale allégée et comparative (« il y a pire que moi ! ») qui ne répondra jamais à l’attente de notre être profond qui voudrait retrouver cette communion perdue et l’amour parfait et total qui en est le fruit.


Comment « faire le plein ? »


Ce «manque », ce «péché » fondamental qui est dans le coeur de l’homme, ne pourra pas être rempli par de la morale, des gestes religieux ou de l’éducation, mais uniquement par le Dieu vivant et vrai qui y a laissé son Empreinte « en creux » et qui par le message de l’Évangile appelle maintenant tous les humains à venir se ressourcer en Lui. Le Christ déclare : je me tiens à la porte et je frappe.(Apocalypse 3;20). Mais il ne forcera pas la serrure de notre coeur ! L’amour ne peut pas être dans l’abus de pouvoir et dans la violence. Il attend donc que nous lui ouvrions notre porte pour qu’Il vienne partager le pain avec nous. C’est dans cette communion spirituelle retrouvée avec notre Créateur par le moyen de son Fils que se trouve la solution au problème du « manque » et de ses conséquences désastreuses (les « péchés »).

« (Jésus) disait: Le temps est accompli, et le royaume de Dieu est proche. Repentez-vous, et croyez à la Bonne Nouvelle. » (Marc 1)

C’est ce même message que les apôtres ont prêché :

« Pierre leur dit: Repentez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus Christ, pour le pardon de vos péchés ; et vous recevrez le don du Saint Esprit. » (Actes 2)

« Ne vous enivrez pas de vin: c'est de la débauche. Soyez, au contraire, continuellement remplis de l'Esprit. » (Ephésiens 5;18)

C’est ainsi qu’il est possible d’être libéré du « manque » qui entraine tous les hommes dans l’erreur, et de pouvoir de cette façon commencer une nouvelle existence avec tous ceux qui s’abreuvent à la source de la Vie. Savez-vous que le mot enthousiasme signifie littéralement « avoir Dieu en soi » ?

« A cause de cela, je fléchis les genoux devant le Père, de qui toute famille dans les cieux et sur la terre tire son nom, afin qu'il vous donne, selon la richesse de sa gloire, d'être puissamment fortifiés par son Esprit dans l'homme intérieur, en sorte que Christ habite dans vos cœurs par la foi; étant enracinés et fondés dans l'amour, que vous puissiez comprendre avec tous les saints quelle est la largeur, la longueur, la profondeur et la hauteur, et connaître l'amour de Christ, qui surpasse toute connaissance, EN SORTE QUE VOUS SOYEZ REMPLIS JUSQU'À TOUTE LA PLÉNITUDE DE DIEU. » (Ephésiens 3)

Prenez le temps de réfléchir, reconnaissez votre « manque » et recevez la réponse divine à votre besoin. Il vous remplira de torrents d’eaux vives qui couleront de votre sein jusque dans la vie éternelle (Jean 3;38)

Jean-Luc B



Ce que Blaise Pascal a réellement dit :

(trouvé sur le net) 

Durant des années, j'ai cherché à authentifier une phrase entendue (et à laquelle je souscris pleinement)

"Il y a dans le coeur de l'homme un vide en forme de Dieu"

Hélas, si je l'ai souvent vu citée, généralement attribuée à Blaise Pascal, et parfois accompagnée de la précision que "même si l'on essaie de le remplir de mille choses, seul Dieu peut véritablement combler ce vide", jamais elle n'était munie de la référence.

De fait, puisque la citation n'est pas de Pascal, même si elle aurait pu. En fait, c'est un condensé d'un passage des "Pensées" dont le texte original est :

Que l’homme sans la foi ne peut connaître le vrai bien, ni la justice.

Tous les hommes recherchent d’être heureux. Cela est sans exception, quelques différents moyens qu’ils y emploient. Ils tendent tous à ce but. Ce qui fait que les uns vont à la guerre et que les autres n’y vont pas, est ce même désir qui est dans tous les deux accompagné de différentes vues. La volonté ne fait jamais la moindre démarche que vers cet objet. C’est le motif de toutes les actions de tous les hommes, jusqu’à ceux qui vont se pendre.

Et cependant depuis un si grand nombre d’années jamais personne, sans la foi, n’est arrivé à ce point où tous visent continuellement. Tous se plaignent, princes, sujets, nobles, roturiers, vieux, jeunes, forts, faibles, savants, ignorants, sains, malades de tous pays, de tous les temps, de tous âges, et de toutes conditions.

Une épreuve si longue si continuelle et si uniforme devrait bien nous convaincre de notre impuissance d’arriver au bien par nos efforts. Mais l’exemple nous instruit peu. Il n’est jamais si parfaitement semblable qu’il n’y ait quelque délicate différence et c’est de là que nous attendons que notre attente ne sera pas déçue en cette occasion comme en l’autre, et ainsi le présent ne nous satisfaisant jamais, l’expérience nous pipe, et de malheur en malheur nous mène jusqu’à la mort qui en est un comble éternel.

Qu’est-ce donc que nous crie cette avidité et cette impuissance sinon qu’il y a eu autrefois dans l’homme un véritable bonheur, dont il ne lui reste maintenant que la marque et la trace toute vide et qu’il essaye inutilement de remplir de tout ce qui l’environne, recherchant des choses absentes le secours qu’il n’obtient pas des présentes, mais qui en sont toutes incapables parce que ce gouffre infini ne peut être rempli que par un objet infini et immuable, c’est-à-dire que par Dieu même.

Lui seul est son véritable bien. Et depuis qu’il l’a quitté c’est une chose étrange qu’il n’y a rien dans la nature qui n’ait été capable de lui en tenir la place, astres, ciel, terre, éléments, plantes, choux, poireaux, animaux, insectes, veaux, serpents, fièvre, peste, guerre, famine, vices, adultère, inceste. Et depuis qu’il a perdu le vrai bien tout également peut lui paraître tel jusqu’à sa destruction propre, quoique si contraire à Dieu, à la raison et à la nature tout ensemble.

Les uns le cherchent dans l’autorité, les autres dans les curiosités et dans les sciences, les autres dans les voluptés.

D’autres, qui en ont en effet plus approché ont considéré que il est nécessaire que ce bien universel que tous les hommes désirent ne soit dans aucune des choses particulières qui ne peuvent être possédées que par un seul et qui étant partagées affligent plus leurs possesseurs par le manque de la partie qu’ils n’ont pas, qu’elles ne le contentent par la jouissance de celle qui lui appartient. Ils ont compris que le vrai bien devait être tel que tous pussent le posséder à la fois sans diminution et sans envie, et que personne ne le pût perdre contre son gré, et leur raison est que ce désir étant naturel à l’homme puisqu’il est nécessairement dans tous et qu’il ne peut pas ne le pas avoir, ils en concluent...

 

Et ce long développement est, au fond, une reprise d'une phrase bien connue de St Augustin, au tout début de ses "Confessions", et que je cite dans la traduction de Buchon (1835)

"Un homme, dis-je, qui n'est qu'une si petite partie de vos créatures, ose entreprendre de vous louer. Et c'est vous-même, ô mon Dieu! qui lui inspirez cette pensée, et lui faites goûter un plaisir secret dans ces louanges qu'il vous donne, parce que vous nous avez créés pour vous, et que notre cœur est toujours agité de trouble et d'inquiétude jusqu'à ce qu'il trouve son repos en vous".

 

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1 commentaire:

  1. Bonsoir Jean-Luc, merci pour ton étude et tes études en général.
    Tu écris au début de celle-ci sur le péché : "Il est important de préciser que dans ce dialogue, le verbe hébreu « domine » n’est pas à l’impératif mais au futur, c’est à dire que Dieu déclare à l’homme qu’il a la possibilité et le pouvoir de dominer, ou de contrôler, ce « manque » !". J'imagine l'effet que peut avoir sur un auditoire la lecture de ce passage de Genèse 4 verset 7 souligné malheureusement sur un ton autoritaire...

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