mardi 16 mars 2021

Le pardon indispensable

Source constante de la vie éternelle

Le thème de la grâce et du pardon parcourt toute la Bible, mais dans notre société consumériste on risque de prendre la mauvaise habitude d’en faire un produit de consommation. Or, s’il est vrai que toute relation profonde avec Dieu commence par son pardon, les Écritures nous avertissent qu’il ne faudrait pas en rester à le consommer ! Comme le sang ne possède la vie que lorsqu’il circule, de même le pardon ne reste vivant que lorsqu’il est transmis. Après l’avoir reçu, nous sommes en effet appelés à devenir nous même des diffuseurs de ce baume vital qui ouvre à chacun la possibilité de nouveaux départs. C’est ce que le Christ nous indique dans ses enseignements. 

La parabole du serviteur impitoyable.

Mathieu 18. 21-35 :

«C'est pourquoi, le Royaume des cieux est semblable à un roi qui voulut faire rendre compte à ses serviteurs. 24 Quand il se mit à compter, on lui en amena un qui devait dix mille talents. 25 Comme il n'avait pas de quoi payer, son maître ordonna qu'il soit vendu, lui, sa femme, ses enfants, et tout ce qu'il avait, et que la dette soit acquittée. 26 Le serviteur, se jetant à terre, se prosterna devant lui, et dit: [Seigneur,] aie patience envers moi, et je te paierai tout. 27 Ému de compassion, le maître de ce serviteur le laissa aller, et lui remit la dette. 28 Après qu'il fut sorti, ce serviteur rencontra un de ses compagnons qui lui devait cent deniers. Il le saisit et l'étranglait, en disant: Paie ce que tu me dois. 29 Son compagnon, se jetant à terre, le suppliait, disant: Aie patience envers moi, et je te paierai. 30 Mais l'autre ne voulut pas, et il alla le jeter en prison, jusqu'à ce qu'il ait payé ce qu'il devait. 31 Ses compagnons, ayant vu ce qui était arrivé, furent profondément attristés, et ils allèrent raconter à leur maître tout ce qui s'était passé. 32 Alors le maître fit appeler ce serviteur, et lui dit: Méchant serviteur, je t'avais remis en entier ta dette, parce que tu m'en avais supplié; 33 ne devais-tu pas aussi avoir pitié de ton compagnon, comme j'ai eu pitié de toi? 34 Et son maître, irrité, le livra aux bourreaux, jusqu'à ce qu'il ait payé tout ce qu'il devait. 35 C'est ainsi que mon Père céleste vous traitera, si chacun de vous ne pardonne à son frère de tout son cœur.»

Vous trouverez ci-dessous un tableau chiffré pour bien comprendre l’échelle des valeurs que le Christ emploie dans cette histoire.

Car ce n’est par seulement une figure de style que de parler d’une dette de 10 000 talents, mais une manière de nous montrer qu’il s’agit d’une dette ineffaçable :

1 Talent = 6 000 deniers

1 denier = le salaire d’une journée

30 deniers = un mois de salaire ou le prix d’un esclave

1 talent = environ 20 ans de salaire d’un ouvrier

10 000 talents x 20 ans = 200 000 ans de salaire d’un ouvrier !

100 deniers = environ 4 mois de salaire

Nous voyons donc que la vente comme esclave de ce serviteur endetté et de toute sa famille n’aurait rapporté que quelques mois de salaires au maître. Rien à voir avec les 200 000 ans de salaire qui étaient dus ! Le Seigneur au travers de cette parabole nous fait toucher du doigt l’immensité de notre dette devant Dieu et notre incapacité à pouvoir la payer. Il ne fait ainsi que nous rappeler ce que les fils de Korê nous disaient 1 000 ans plus tôt dans un Psaume :

Le prix du pardon :


« Ils ont confiance en leurs biens,

Et se glorifient de leur grande richesse.

Ils ne peuvent se racheter l'un l'autre,

Ni donner à Dieu le prix du rachat.

Le rachat de leur âme est cher,

Et n'aura jamais lieu ;

Ils ne vivront pas toujours,

Ils n'éviteront pas la vue de la fosse.

Car ils la verront: les sages meurent,

L'insensé et le stupide périssent également,

Et ils laissent à d'autres leurs biens. »

(Ps. 49. 6-10)

Redisons-le donc encore une fois : devant Dieu nous sommes tous coupables de mauvaise gestion de ce que Dieu nous a confié (notre vie, nos capacités, nos biens, etc.) et nous n’avons absolument pas les moyens d’éponger notre dette. Mais le Dieu que nous révèle la Bible est un Dieu plein de compassion et il a pourvu Lui-Même en Jésus-Christ au moyen d’effacer notre culpabilité. C'est la Bonne Nouvelle de l’Évangile : Le prix de notre dette a déjà été payé à la croix :

« Ce sont nos souffrances qu'il a portées, C'est de nos douleurs qu'il s'est chargé ; Et nous l'avons considéré comme puni, Frappé de Dieu, et humilié. Mais il était blessé pour nos péchés, Brisé pour nos iniquités ; Le châtiment qui nous donne la paix est tombé sur lui, Et c'est par ses meurtrissures que nous sommes guéris. Nous étions tous errants comme des brebis, Chacun suivait sa propre voie ; Et l'Éternel a fait retomber sur lui l'iniquité de nous tous…

Par sa connaissance mon serviteur juste justifiera beaucoup d'hommes, Et il se chargera de leurs iniquités. C'est pourquoi je lui donnerai sa part avec les grands ; Il partagera le butin avec les puissants, Parce qu'il s'est livré lui-même à la mort, Et qu'il a été mis au nombre des malfaiteurs, Parce qu'il a porté les péchés de beaucoup d'hommes, Et qu'il a intercédé pour les coupables. » 

(Es 53)

Le cadre posé par le Christ dans cette parabole nous montre donc que nous n’avons absolument pas les moyens de régler notre dette, mais que c’est le Maître dans sa compassion qui va effacer ce qui nous condamnait à une vie d’esclave. Nous voilà donc libre et pardonné de façon totalement imméritée ! Cette expérience du salut gratuit est celle de millions de gens au cours des siècles qui ont pris conscience de leur dette et ont saisi par la foi que le pardon est en Christ pour tous ceux qui le reçoivent humblement. C’est cela la Bonne Nouvelle du Salut : Dieu «veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité.» (1 Timothée 2:4) «Car Dieu a renfermé tous les hommes dans la désobéissance pour faire miséricorde à tous.» (Romains 11:32)

La part de l'homme

Mais il y a un autre aspect que le Christ met en lumière dans cette histoire ! Il va mettre l’accent sur la part qui revient à l’homme dans la vie nouvelle d’un pécheur pardonné. Car contrairement à ce que certains croient, le pardon n’est pas un cadeau ponctuel qui serait acquis éternellement, mais il est un état de grâce dans lequel il est vital de perdurer ! Pour le dire autrement, le salut n’est pas un simple acquis juridique sur lequel il suffirait de s’appuyer passivement pour en être bénéficiaire à vie, mais il est une dynamique de vie qui ne perdure que lorsque elle est mise en pratique ! C’est flagrant dans cette histoire où le pardon donné par le Maître va être repris et le serviteur va se retrouver emprisonné «jusqu’à ce qu’il ait tout payé» c’est à dire sans espoir de rachat, vu l’immensité de la dette !

Nous avons un exemple de ce principe dans les paroles du Christ :

«Celui qui croit en moi selon ce que dit l’Écriture, des fleuves d'eau vive couleront de son sein.» (Jean7:38)

 Laisser couler la grâce

L’histoire du serviteur impitoyable nous démontre qu’il existe malheureusement une façon de croire qui n’est pas selon ce que dit l’Écriture, et cet état se manifeste par l’absence de ces fleuves d’eau vive qui doivent couler du coeur du croyant ! Il existe un exemple de géographie biblique qui nous aide à comprendre ce principe de vie, c’est celui de la différence vitale entre le lac de Galilée et la mer morte. Le lac fourmille d’une multitude de poissons parce qu’il laisse couler plus loin cette eau vive qu’il a reçu, alors que la mer morte se contente de recevoir cette eau pleine de bénédictions sans la partager plus loin. Le problème ne vient pas de l’eau elle-même, mais du fait qu’elle stagne au niveau de la mer morte alors qu’elle circule au travers du lac. On retrouve le même principe dans les paraboles des mines, ou des talents (Luc 19 et Matthieu 25) avec un serviteur qui va cacher et enterrer ce qu’il a reçu, et la malheureuse conséquence, c’est que ce don va lui être retiré et qu'il va être jeté dans les ténèbres du dehors... L’apôtre Paul ne dit pas autre chose dans Romain 2:13 : «Ce ne sont pas, en effet, ceux qui écoutent la loi qui sont justes devant Dieu, mais ce sont ceux qui la mettent en pratique qui seront justifiés.» Et l’apôtre Jacques est d'accord avec lui : «mettez en pratique la parole, et ne vous bornez pas à l'écouter en vous trompant vous-mêmes par de faux raisonnements… celui qui aura plongé les regards dans la loi parfaite, la loi de la liberté, et qui aura persévéré, n'étant pas un auditeur oublieux, mais se mettant à l'œuvre, celui-là sera heureux dans son activité.» (Jacques 1)

Concernant le pardon indispensable dont il est question dans ce billet, cette parabole nous aide à mieux comprendre la demande du «Notre Père» : «pardonne-nous nos offenses, COMME NOUS AUSSI nous pardonnons à ceux qui nous ont offensé». Car si le pardon initial nous vient bien de Dieu, cependant pour le garder vivant il est indispensable que nous le laissions s’écouler sur ceux qui nous entourent afin qu’il puissent eux aussi être au bénéfice de la grâce !

Le salut irrémissible ?

Il y avait déjà ce problème de confiance mal placée en Israël, qui pensait échapper au jugement en se contentant de faire partie d’un peuple élu. Il va falloir tout un enseignement du prophète Ézéchiel (chapitre 33) pour abattre cette fausse sécurité. Car le don du salut n’est pas une réalité figée dans le marbre, mais reste dépendant des actions personnelles de justice des hommes qui le laisseront se développer (ou pas) au travers d’eux. Car si Dieu ne se repend ni de ses dons, ni de son appel, il est important de comprendre que nous pouvons y faire obstacle si nous n'entrons pas personnellement dans le courant du fleuve de vie qui sort de son Trône ! Que ceux qui ont encore en eux du ressentiment ou de la rancune contre quelqu’un, prennent conscience du fait que la vie chrétienne ne peut pas se contenter de passivité et d’argument légaux, mais implique d’ouvrir personnellement le robinet de la grâce afin qu’elle se répande plus loin au travers des coeurs blessés. La guérison intérieure et l’accomplissement des promesses de Dieu passent par ce processus d’écoulement. En sachant bien entendu qu’il ne s’agit pas de faire ici des efforts (sur)humains, mais d’entrer par la foi dans les oeuvres bonnes que Dieu a préparé d’avance pour que nous marchions en elles (Éphésiens 2:10).

« Que le Dieu de la paix vous conduise lui-même à une sainteté totale et que tout votre être, l'esprit, l'âme et le corps, soit conservé irréprochable lors du retour de notre Seigneur Jésus-Christ! Celui qui vous appelle est fidèle, c'est Lui qui le fera. » (1 Thessaloniciens 5. 23-24)

Jean-Luc B

 

 

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2 commentaires:

  1. J'avoue que pour moi c'est encore difficile disons que ceux qui m'ont fait du mal volontairement je ne les fréquente plus !!!! Martine

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    1. Comme je l’ai mis en lumière dans cet article, vivre le pardon envers les autres n’est pas une option facultative qui serait réservée au plus «consacrés», mais c’est la condition indispensable qui permet à chacun des enfants de Dieu de continuer à bénéficier du pardon divin ! Selon qu’il est écrit :

      «Si vous pardonnez aux hommes leurs offenses, votre Père céleste vous pardonnera aussi; MAIS SI VOUS NE PARDONNEZ PAS AUX HOMMES, VOTRE PÈRE NE VOUS PARDONNERA PAS NON PLUS VOS OFFENSES.» (Matthieu 3:14-15)

      Le pardon est une grâce qui vient d’En-Haut et c’est seulement en s’abreuvant à sa Source qu’il est possible de l’expérimenter et de le répandre autour de nous.

      «Car l'amour de Dieu consiste à garder ses commandements. ET SES COMMANDEMENTS NE SONT PAS PÉNIBLES, CAR TOUT CE QUI EST NÉ DE DIEU TRIOMPHE DU MONDE; et la victoire qui triomphe du monde, c'est notre foi.» (1 Jean 5:3-4)

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