Le pardon indispensable

Source constante de la vie éternelle


Le thème de la grâce et du pardon parcourt toute la Bible, mais dans notre société consumériste on risque de prendre la mauvaise habitude d’en faire un produit de consommation. Or, s’il est vrai que toute relation profonde avec Dieu commence par son pardon, les Écritures nous avertissent qu’il ne faudrait pas en rester à le consommer ! Comme le sang ne possède la vie que lorsqu’il circule, de même le pardon ne reste vivant que lorsqu’il est transmis. Après l’avoir reçu, nous sommes en effet appelés à devenir nous même des diffuseurs de ce baume vital qui ouvre à chacun la possibilité de nouveaux départs. C’est ce que le Christ nous indique dans ses enseignements.


La parabole du serviteur impitoyable.


Mathieu 18. 21-35 :


«C'est pourquoi, le Royaume des cieux est semblable à un roi qui voulut faire rendre compte à ses serviteurs. 24 Quand il se mit à compter, on lui en amena un qui devait dix mille talents. 25 Comme il n'avait pas de quoi payer, son maître ordonna qu'il soit vendu, lui, sa femme, ses enfants, et tout ce qu'il avait, et que la dette soit acquittée. 26 Le serviteur, se jetant à terre, se prosterna devant lui, et dit: [Seigneur,] aie patience envers moi, et je te paierai tout. 27 Ému de compassion, le maître de ce serviteur le laissa aller, et lui remit la dette. 28 Après qu'il fut sorti, ce serviteur rencontra un de ses compagnons qui lui devait cent deniers. Il le saisit et l'étranglait, en disant: Paie ce que tu me dois. 29 Son compagnon, se jetant à terre, le suppliait, disant: Aie patience envers moi, et je te paierai. 30 Mais l'autre ne voulut pas, et il alla le jeter en prison, jusqu'à ce qu'il ait payé ce qu'il devait. 31 Ses compagnons, ayant vu ce qui était arrivé, furent profondément attristés, et ils allèrent raconter à leur maître tout ce qui s'était passé. 32 Alors le maître fit appeler ce serviteur, et lui dit: Méchant serviteur, je t'avais remis en entier ta dette, parce que tu m'en avais supplié; 33 ne devais-tu pas aussi avoir pitié de ton compagnon, comme j'ai eu pitié de toi? 34 Et son maître, irrité, le livra aux bourreaux, jusqu'à ce qu'il ait payé tout ce qu'il devait. 35 C'est ainsi que mon Père céleste vous traitera, si chacun de vous ne pardonne à son frère de tout son cœur.»


Vous trouverez ci-dessous un tableau chiffré pour que nous comprenions bien l’échelle des valeurs que le Christ emploie dans cette histoire. Car ce n’est par seulement une figure de style que de parler d’une dette de 10 000 talents, mais une manière de nous montrer qu’il s’agit d’une dette ineffaçable :


1 Talent = 6 000 deniers

1 denier = le salaire journalier d’un ouvrier

30 deniers = un mois de salaire ou le prix d’un esclave

1 talent = 6 000 deniers = environ 20 ans de salaire d’un ouvrier

10 000 talents x 20 ans = 200 000 ans de salaire d’un ouvrier !

100 deniers = même pas 4 mois de salaire !


Nous voyons donc que la vente comme esclave de ce serviteur endetté et de toute sa famille n’aurait rapporté que quelques mois de salaires au maître. Rien à voir avec les 200 000 ans de salaire qui étaient dus ! Le Seigneur au travers de cette parabole nous fait toucher du doigt l’immensité de notre dette devant Dieu et notre incapacité à pouvoir la payer. Il ne fait ainsi que nous rappeler ce que les fils de Korê nous disaient 1 000 ans plus tôt dans un Psaume :


Le prix du pardon :


« Ils ont confiance en leurs biens,

Et se glorifient de leur grande richesse.

Ils ne peuvent se racheter l'un l'autre,

Ni donner à Dieu le prix du rachat.

Le rachat de leur âme est cher,

Et n'aura jamais lieu ;

Ils ne vivront pas toujours,

Ils n'éviteront pas la vue de la fosse.

Car ils la verront: les sages meurent,

L'insensé et le stupide périssent également,

Et ils laissent à d'autres leurs biens. »

(Ps. 49. 6-10)


Redisons-le donc encore une fois : devant Dieu nous sommes tous coupables de mauvaise gestion de ce que Dieu nous a confié (notre vie, nos capacités, nos biens, etc.) et nous n’avons absolument pas les moyens d’éponger notre dette. Mais le Dieu que nous révèle la Bible est un Dieu plein de compassion et il a pourvu Lui-Même au moyen d’effacer notre culpabilité. Le prix de notre dette a été payé à la croix :


« Ce sont nos souffrances qu'il a portées,

C'est de nos douleurs qu'il s'est chargé ;

Et nous l'avons considéré comme puni, Frappé de Dieu, et humilié.

Mais il était blessé pour nos péchés,

Brisé pour nos iniquités ;

Le châtiment qui nous donne la paix est tombé sur lui,

Et c'est par ses meurtrissures que nous sommes guéris.

Nous étions tous errants comme des brebis,

Chacun suivait sa propre voie ;

Et l'Éternel a fait retomber sur lui l'iniquité de nous tous…

Par sa connaissance mon serviteur juste justifiera beaucoup d'hommes,

Et il se chargera de leurs iniquités.

C'est pourquoi je lui donnerai sa part avec les grands ;

Il partagera le butin avec les puissants,

Parce qu'il s'est livré lui-même à la mort,

Et qu'il a été mis au nombre des malfaiteurs,

Parce qu'il a porté les péchés de beaucoup d'hommes,

Et qu'il a intercédé pour les coupables. »

(Es 53)


Le cadre posé par le Christ dans cette parabole nous montre donc que nous n’avons absolument pas les moyens de régler notre immense dette, mais que c’est le Maître dans sa compassion qui va effacer ce qui nous condamnait à une vie d’esclave. Nous voilà donc libre et pardonné de façon totalement imméritée ! Cette expérience du salut gratuit est celle de millions de gens au cours des siècles qui ont pris conscience de leur dette devant Dieu et ont saisi par la foi que le pardon est en Christ pour tous ceux qui le reçoivent humblement. C’est cela la Bonne Nouvelle du Salut : Dieu «veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité.» (1 Timothée 2:4) «Car Dieu a renfermé tous les hommes dans la désobéissance pour faire miséricorde à tous.» (Romains 11:32)

 

La part de l'homme


Mais il y a un autre aspect que le Christ met en lumière dans cette histoire ! Il va mettre l’accent sur la part qui revient à l’homme dans la vie nouvelle d’un pécheur pardonné. Car contrairement à ce que certains croient, le pardon n’est pas un cadeau ponctuel qui serait acquis éternellement, mais il est un état de grâce dans lequel il est vital de perdurer ! Pour le dire autrement, le salut n’est pas un simple acquis juridique sur lequel il suffirait de s’appuyer passivement pour en être bénéficiaire à vie, mais il est une dynamique de vie qui ne perdure que lorsqu’elle est mise en pratique ! C’est flagrant dans cette histoire où le pardon donné par le Maître va être repris et le serviteur va se retrouver emprisonné «jusqu’à ce qu’il ait tout payé» c’est à dire sans espoir de rachat, vu l’immensité de la dette ! Nous avons un exemple de ce principe dans les paroles du Christ :


«Celui qui croit en moi selon ce que dit l’Écriture, des fleuves d'eau vive couleront de son sein.» (Jean7:38)

 

Laisser couler la grâce


L’histoire du serviteur impitoyable nous démontre qu’il existe malheureusement une façon de croire qui n’est pas selon ce que dit l’Écriture, et cet état se manifeste par l’absence de ces fleuves d’eau vive qui doivent couler du coeur du croyant ! Il existe un exemple de géographie biblique qui nous aide à comprendre ce principe de vie, c’est celui de la différence vitale entre le lac de Galilée et la mer morte. Le lac fourmille d’une multitude de poissons parce qu’il laisse couler plus loin cette eau vive qu’il a reçu du fleuve, alors que la mer morte se contente de recevoir cette eau pleine de bénédictions sans la partager plus loin. Le problème ne vient pas de l’eau elle même, mais du fait qu’elle stagne au niveau de la mer morte alors qu’elle circule au travers du lac. On retrouve le même principe dans les paraboles des mines, ou des talents (Luc 19 et Matthieu 25) avec un serviteur qui va cacher et enterrer ce qu’il a reçu, et la malheureuse conséquence c’est que ce don va lui être retiré et il va être jeté dans les ténèbres du dehors... L’apôtre Paul le dit clairement dans Romain 2:13 : «Ce ne sont pas, en effet, ceux qui écoutent la loi qui sont justes devant Dieu, mais ce sont ceux qui la mettent en pratique qui seront justifiés.» Et l’apôtre Jacques ne dit pas autre chose : «mettez en pratique la parole, et ne vous bornez pas à l'écouter en vous trompant vous-mêmes par de faux raisonnementscelui qui aura plongé les regards dans la loi parfaite, la loi de la liberté, et qui aura persévéré, n'étant pas un auditeur oublieux, mais se mettant à l'œuvre, celui-là sera heureux dans son activité.» (Jacques 1)


Concernant le pardon indispensable dont il est question dans ce billet, cette parabole nous aide à mieux comprendre la demande du «Notre Père» : «pardonne-nous nos offenses, COMME NOUS AUSSI nous pardonnons à ceux qui nous ont offensé». Car si le pardon initial nous vient bien de Dieu, cependant pour le garder vivant il est indispensable que nous le laissions s’écouler sur ceux qui nous entourent afin qu’ils puissent eux aussi être au bénéfice de la grâce !


L’apôtre Pierre nous exhorte à mettre en pratique et à faire fructifier toutes ces capacités indispensables pour la Vie et la piété qui nous ont été données gratuitement lorsque le pardon en Christ nous a été révélé :


«Sa divine puissance nous a donné tout ce qui contribue à la vie et à la piété, au moyen de la connaissance de Celui qui nous a appelés par sa propre gloire et par sa vertu; celles-ci nous assurent de sa part les plus grandes et les plus précieuses promesses, afin que par elles vous deveniez participants de la nature divine, en fuyant la corruption qui existe dans le monde par la convoitise. A cause de cela même, apportez tout l’empressement pour joindre à votre foi la vertu, à la vertu la connaissance, à la connaissance la maîtrise de soi, à la maîtrise de soi la patience, à la patience la piété, à la piété l'amitié fraternelle, à l'amitié fraternelle l'amour. Car si ces choses sont en vous, et y sont avec abondance, elles ne vous laisseront point oisifs ni stériles pour la connaissance de notre Seigneur Jésus-Christ. Mais celui en qui ces choses ne sont point est aveugle, il est myope, et IL A MIS EN OUBLI LA PURIFICATION DE SES ANCIENS PÉCHÉS. C'est pourquoi, frères, appliquez-vous d'autant plus à affermir votre vocation et votre élection; car, en faisant cela, vous ne broncherez jamais. C'est ainsi, en effet, que l'entrée dans le Royaume éternel de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ vous sera largement accordée.»


Le salut irrémissible ?


Il existe aujourd’hui tout un courant théologique qui prétend faussement que le salut serait impossible à perdre. Ils s’appuient pour cela sur des arguments légaux, mettant l’accent sur la foi personnelle et non pas sur la vie quotidienne avec Dieu. Il prétendent que celui qui a cru un jour sera sauvé toujours, quelles que soient ses œuvres, bonnes ou mauvaises après sa conversion. Mais la Bible nous montre que si le pardon et la grâce de Dieu en Jésus-Christ sont effectivement totalement gratuits, celui qui ne les fait pas travailler ne portera pas les fruits indispensables pour entrer dans le Royaume éternel de Dieu.


Il y avait déjà ce problème de confiance mal placée en Israël, qui pensait échapper au jugement en se contentant de faire partie d’un peuple élu, puisque le prophète Ézéchiel (chapitre 33) va devoir donner tout un enseignement sur le sujet du salut qui n’est pas figé dans le marbre, mais reste dépendant des actions personnelles de justice des hommes qui le laisseront vivre (ou pas!) au travers d’eux. Car si Dieu ne se repend ni de ses dons, ni de son appel, il est important de comprendre que nous pouvons y faire obstacle si nous ne devenons pas des membres actifs du fleuve de vie !


«Il dit aussi cette parabole: Un homme avait un figuier planté dans sa vigne. Il vint pour y chercher du fruit, et il n'en trouva point. Alors il dit au vigneron: Voilà trois ans que je viens chercher du fruit à ce figuier, et je n'en trouve point. Coupe-le: pourquoi occupe-t-il la terre inutilement? Le vigneron lui répondit: Seigneur, laisse-le encore cette année; je creuserai tout autour, et j'y mettrai du fumier. Peut-être à l'avenir donnera-t-il du fruit; sinon, tu le couperas.» (Luc 13:6-9)


Que ceux qui ont encore en eux du ressentiment ou de la rancune contre quelqu’un prennent conscience du fait que la vie chrétienne ne peut pas se contenter de passivité, et d’argument légaux mais implique d’ouvrir personnellement le robinet de la grâce afin qu’elle se répande plus loin au travers des coeurs pardonnés. La guérison intérieure et l’accomplissement des promesses de Dieu passent par ce processus vivant d’écoulement de la grâce reçue. En sachant bien entendu qu’il ne s’agit pas de faire ici des efforts humains, mais d’entrer simplement par la foi dans des oeuvres bonnes que Dieu a préparé d’avance pour que nous marchions en elles (Éphésiens 2:10).


« Que le Dieu de la paix vous conduise lui-même à une sainteté totale et que tout votre être, l'esprit, l'âme et le corps, soit conservé irréprochable lors du retour de notre Seigneur Jésus-Christ! Celui qui vous appelle est fidèle, c'est Lui qui le fera. » (1 Thessaloniciens 5. 23-24)


Notre part consiste seulement à ne pas y faire obstacle, mais au contraire à devenir activement par sa grâce «participants de la Nature Divine» (2 Pierre 1:4) !


Jean-Luc B


 

 

Dans le même ordre d'idée :

 

- Le repos du Jubilé.

 

- Les bases biblique de l'assurance du salut.

 

- La part de l'homme dans le plan de Dieu.

 

- La Loi et l'écoute de la foi.  


- Le Règne du don.

 

- La vérité, une réalité statique ou dynamique ?



Commentaires

  1. J'avoue que pour moi c'est encore difficile disons que ceux qui m'ont fait du mal volontairement je ne les fréquente plus !!!! Martine

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    1. Comme je l’ai mis en lumière dans cet article, vivre le pardon envers les autres n’est pas une option facultative qui serait réservée au plus «consacrés», mais c’est la condition indispensable qui permet à chacun des enfants de Dieu de continuer à bénéficier du pardon divin ! Selon qu’il est écrit :

      «Si vous pardonnez aux hommes leurs offenses, votre Père céleste vous pardonnera aussi; MAIS SI VOUS NE PARDONNEZ PAS AUX HOMMES, VOTRE PÈRE NE VOUS PARDONNERA PAS NON PLUS VOS OFFENSES.» (Matthieu 3:14-15)

      Le pardon est une grâce qui vient d’En-Haut et c’est seulement en s’abreuvant à sa Source qu’il est possible de l’expérimenter et de le répandre autour de nous.

      «Car l'amour de Dieu consiste à garder ses commandements. ET SES COMMANDEMENTS NE SONT PAS PÉNIBLES, CAR TOUT CE QUI EST NÉ DE DIEU TRIOMPHE DU MONDE; et la victoire qui triomphe du monde, c'est notre foi.» (1 Jean 5:3-4)

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