mercredi 4 janvier 2012

Tous les ministères d’Éphésiens 4 restent-ils utiles dans l’église du XXI° siècle ?



Il existe des enseignants qui prétendent actuellement que les ministères d’apôtres et de prophètes ne seraient plus utiles depuis que le canon des Écritures a été clôturé. Se basant sur une lecture fautive de 1 Corinthien 13. 8 à 12, ces élèves diplômés des écoles bibliques modernes voudraient nous faire croire que les pasteurs ayant usé leur culottes sur les bancs des écoles de théologie seraient les seuls « ministères » habilités à édifier l’église. Ils ne semblent pas remarquer que le Texte en question nous dit clairement que « ce qui est parfait » ne concerne pas un hypothétique « canon », mais est en rapport avec la venue de notre Sauveur que « nous verrons face à face » (verset 12). C’est ainsi que nous connaîtrons la Vérité, « comme nous avons été connus ». Le « Parfait » n’étant pas encore de retour parmi nous, les « hommes/dons » qu’Il nous envoie en l’attendant sont donc toujours utiles pour notre édification.

Il me semble que si nous voulons progresser de plus en plus avec le Seigneur, il est indispensable de prendre conscience que notre compréhension de l’Écriture doit, elle aussi, vivre une dynamique d »approfondissement et de transformation (Rom. 12 : 2.). En particulier, nous avons un problème de vocabulaire qui nous empêche parfois de saisir le sens premier du Texte original. Des termes comme « apôtres » ; « prophètes » ; « évangélistes » ; « pasteurs et docteurs » (voir Eph. 4 : 11 à 13.) ne sont plus aujourd’hui compris dans le sens qu’ils avaient lorsqu’ils ont été écrits.

Par exemple, pour un chrétien moyen du XXI° siècle, le terme « apôtre » fait aussitôt penser aux douze et à leur autorité fondamentale. Or dans le Nouveau Testament ce terme a un sens beaucoup plus vaste et dégagé en grande partie de la notion d’autorité, puisqu’il signifie simplement « envoyé ». Si nous devions employer une expression moderne, on traduirait plus correctement par « missionnaire », avec une autorité de fondateur de nouvelles assemblées, mais sans en faire pour autant les 12 fondations des murailles de la Jérusalem céleste (Apoc. 21 : 14.). Un apôtre actuel n’aura donc absolument pas la même position d’autorité que les douze qui ont suivi Jésus sur terre pendant quelques années et qui ont été chargé de témoigner de sa vie, de sa mort, de sa résurrection et de son ascension.

C’est la même chose lorsqu’on entend parler de « prophète ». On imagine aussitôt un homme un peu exalté, avec un manteau en poil de chameau, qui se nourrit de miel sauvage et de sauterelles (j’exagère à peine!), et qui nous fais entendre de façon audible et directe la voix de Dieu. Ou alors, une genre de cartomancienne chrétienne qui aux alentours du 1° Janvier va nous annoncer les événements majeurs de l’année qui vient. Pourtant, d’après les Écritures, le ministère de prophète sur lequel est fondé l’église était seulement le canal par lequel passait une parole inspirée. Une parole qui n’était pas forcément un dévoilement de l’avenir ou des coeurs, mais parfois simplement une parole d’exhortation (voir Actes 15 : 32.). Simplement un homme inspiré de la sagesse d’En Haut, sans tous le bagage imaginaire que nous y avons rajouté.

Remarquons là aussi, que d’après les enseignements de Paul, l’exercice de la prophétie dans l’assemblée de la Nouvelle Alliance ne consiste pas à décréter une parole incontestable devant laquelle tout le monde devrait baisser le nez, mais consiste au contraire à parler devant des frères qui sont chargés de juger de la valeur d’inspiration des paroles prononcées (1 Cor. 14. 29.). Là encore la fonction d’autorité n’est pas réservée au « ministère », mais est également répartie entre celui qui parle et ceux qui siègent, évaluent, et cherchent à discerner pour le bien de l’ensemble. Cette sage façon de faire permettrait d’éviter les excès des pratiques « prophétiques » actuelles, mais elle est malheureusement trop rarement pratiquée.

Lorsque nous entendons le terme « évangéliste », notre compréhension actuelle est encore plus décalée. Aujourd’hui ce terme signifie « missionnaire » et son rôle est donc plutôt compris comme étant celui de quelqu’un qui, par sa proclamation inspirée devant des incroyants, amène des nouveaux convertis dans l’assemblée. Alors que que si nous regardons l’emploi de ce titre dans le NT, nous voyons que Timothée qui était un évangéliste (2 Tim. 4 : 5.) travaillait plutôt à l’intérieur des assemblées déjà fondées par des « apôtres/envoyés » et beaucoup moins à « faire de l’évangélisation » en direction des inconvertis. Ce rôle important d’exhortant/enseignant dans l’assemblée, qui rappelle et explicite pour les chrétiens les trésors contenus dans le message de la Bonne Nouvelle, ce rôle n’est plus trop à l’honneur aujourd’hui. Ce qui pourrait expliquer pourquoi beaucoup sont resté bloqués et figés à ce qu’ils avaient compris et saisi le jour de leur conversion, et n’ont pas pu avancer plus loin, ni plus profond dans leur vie chrétienne puisque ce ministère n’a pas été exercé pour eux.

Concernant les « pasteurs et enseignants » il y aurait également beaucoup à rectifier et ça mériterait un chapitre complet, rien que sur ce thème… Remarquons simplement que dans le Nouveau Testament le titre de « pasteur » (au singulier) n’est employé que pour le Christ. Sinon c’est le pluriel qui est d’usage. De même que pour les « anciens » installés pour la surveillance du troupeau (Actes 14 : 23 et Tite 1 : 5.). Ce qui nous montre bien que le pasteur unique et parachuté, qui dirige seul une assemblée n’existe pas dans les écrits néotestamentaires. La seule exception à cette règle est celle instituée par Diotrèphe (3 Jean 1 : 9.), qui voulait être la seule autorité en place, avec les conséquences et les abus que l’on connaît… Nous savons que cette pratique tyrannique a continué malheureusement à infecter toute l’histoire de l’Église.

J’ai écris tout cela pour aider à prendre conscience que nous « n’entendons » pas toujours ce qui est réellement écrit dans le Textes Inspirés, car nous avons adopté (souvent sans en être conscients) des « grilles d’interprétations » qui peuvent déformer le sens premier du Texte Inspiré. Une des « grilles déformantes » les plus répandues concernant précisément notre conception déviante de la place et de l’usage de l’autorité dans l’assemblée. Sur ce sujet, si nous ne sommes pas transformés dans notre compréhension des dynamiques spirituelles à l’oeuvre dans le travail d’édification du Corps de Christ, c’est toute notre vision de l’activité des 4 ministères d’Éphésiens 4 qui sera faussée.

Il ne faudrait néanmoins pas croire que ce problème de vocabulaire a empêché les 4 ministères d’être présents dans l’église. Ils sont là, parce que Dieu les donne, mais ils sont souvent entravés dans leur travail par une mauvaise vision de leur fonction. Cependant, de même que le bourgeois gentilhomme faisait « de la prose sans le savoir », il y a aujourd’hui dans l’église des hommes qui exercent le ministère qu’ils ont reçu de Dieu, sans employer pour autant les termes précis que nous trouvons dans l’Écriture.

Ainsi, il existe aujourd’hui de véritables « apôtres » qui sont envoyés comme missionnaires et qui remplissent parfaitement cette fonction « d’envoyés » sans en avoir le titre biblique. Des « prophètes » qui sont faussement appelé « pasteurs » (faute de reconnaître la fonction et le terme biblique) mais dont les prédications inspirées ont un fruit béni sur ceux qui les écoutent. Des « évangélistes » qui parcourent les églises en dévoilant les trésors contenus dans la Bonne Nouvelle, mais que, faute de mieux, on appelle « pasteurs itinérants ». Des « pasteurs et enseignant » qui n’en auront jamais le titre, mais qui en remplissent pourtant consciencieusement la fonction en étant actif au milieu de l’assemblée, avec parfois un titre « d’ancien » ou de membre du conseil presbytéral…

Que le titre soit présent ou pas, c’est la fonction qui est la plus importante. Mais il est cependant plus aisé de reconnaître leurs dons et leur travail si nous ne sommes pas bloqués dans des mauvaises compréhensions de la place des ministères dans l’assemblée. « Toute Écriture inspirée de Dieu » (2 Tim. 3 : 16.) a été écrite dans le but de clarifier et de redresser nos conceptions erronées. Il serait dommage de ne pas en tirer profit alors que nous avons accès librement aux Écrits Inspirés.

Prétendre, comme le font certains pasteurs -et ex-pasteurs-, que les apôtres et les prophètes ne seraient plus nécessaire depuis la conclusion du canon des Écritures, procède de cette même mauvaise façon de lire les Textes. Car comme nous pouvons le remarquer en lisant le contexte, l’Écriture nous enseigne clairement que tous les ministères restent nécessaires « jusqu’à ce que nous soyons TOUS parvenus à l’unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’homme fait, à la mesure de la stature parfaite du Christ. » (Eph. 4 : 13.).

Or rien que la teneur des débats concernant les ministères nous font la démonstration implacable que nous ne sommes pas encore parvenus à cette unité.

Évitons donc de balayer d’un revers de la main les hommes utiles que le Seigneur nous donne encore aujourd’hui pour notre croissance en Christ. Parce que leurs ministères (correctement compris et excercés) restent indispensables à l’édification équilibrée de l’Assemblée jusqu’à sa pleine maturité.

Jean-Luc B


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