lundi 6 avril 2020

Pâque sans grands rassemblements

Pâque à la maison ?



Préambule :


Tout ce qui est suffisant à savoir pour susciter la foi et la nourrir a été écrit dans la Bible. L’Esprit qui en a inspiré les lignes savait très bien ce qui était important à dire et ce qui ne l’était pas. Dans la Bible comme dans la musique, les silences ont leur importance et font parties intégrantes de la mélodie, ils sont donc à respecter et à conserver. On peut déplorer que les traditions depuis 2 000 ans aient essayé de remplir ces silences avec toute sortes de bruits dogmatiques ou rituels qui en troublent la clarté. Cette mauvaise habitude s’est malheureusement généralisée, car toutes les dénominations ont essayé successivement de se distinguer avec leurs propres «bourrages de silences» à coup des règles, de dogmes et de rites. Il me semble donc important pour retrouver l’harmonieuse mélodie voulue par le Sauveur, de revenir au respect des choses écrites tout en respectant également celles que l’Esprit a intentionnellement voulu nous taire.  

Lorsque nous cherchons à approfondir la Parole de Dieu, nous découvrons ce que j’appellerais une «inertie intérieure» qui freine l’impact de la Parole divine dans notre intelligence. Cette inertie provient de toutes sortes d’habitudes religieuses qui nous éloignent du sens réel de ce que nous entendons. Il y a, nous dira l’apôtre Paul, un véritable travail divin de dés-apprentissage et de transformation intérieure qui est absolument nécessaire pour que nous puissions tirer profit de ce qui a été écrit sous l’inspiration de l’Esprit : 

«Ne vous conformez point à ce présent siècle, mais soyez transformés par le renouvellement de votre entendement, afin que vous éprouviez quelle est la volonté de Dieu, bonne, agréable, et parfaite.» (Romains 12; 2) 


Le Père emploie toutes sortes de moyens différents pour opérer en nous cette transformation. Cela peut être parfois une illumination intérieure qui permet de discerner la volonté et la direction de Dieu, mais le Maître pour imprimer ses leçons emploie également les circonstances de la vie (bonnes ou mauvaises). J’ai en mémoire le témoignage de l’apprentissage du sens profond de la communion fraternelle par le pasteur Richard Wurmbrand. Juif converti, devenu pasteur luthérien, il a reconnu qu’il avait eu besoin de passer par l’épreuve terrible des prisons communistes roumaines de Ceausescu pour découvrir que les catholiques et les orthodoxes qui souffraient avec lui dans la même cellule à cause du Nom de Jésus étaient véritablement des frères en Christ, malgré leurs divergences doctrinales ! Comme nous l'apprend le livre de Job, la pédagogie du Seigneur a de multiples stratégies (parfois très éprouvantes) pour nous amener à un discernement vivant de sa Personnalité et de sa Volonté…  

Une année pas comme les autres  

Il se trouve que cette année, à cause de l’épidémie mondiale du coronavirus, la fête de Pâques ne pourra pas se passer avec les rituels dont nous avons l’habitude. En effet, dans la plus grande partie du monde, il sera formellement interdit de se réunir et de partager ensemble «le Repas du Seigneur» au jour où beaucoup fêteront sa résurrection. Je ne crois pas que cela se soit déjà produit dans les presque 2 000 ans qui ont suivi l’institution de ce partage du pain et de la coupe par le Christ Jésus. Remarquons également que cette interdiction ne vient pas d’une persécution religieuse, mais d’une simple mesure prophylactique mondiale. D’autant plus qu’un grand rassemblement chrétien français se trouve en avoir été la victime et a ensuite malheureusement disséminé sans le savoir cette pandémie au retour de cette semaine de jeûne et de prière. 

Nous allons donc être forcés à revenir à l’aspect familial et spirituel qu’avait le repas de Pâques avant que ne se mettent en place les différents usages d’une religion qui s’est peu à peu éloignée de la réalité vécue dans la Nouvelle Alliance pour n’en garder que des aspects rituels sous la garde d’un clergé qui ne s’intéresse que rarement à favoriser la croissance vers la maturité de l’ensemble du troupeau. Il est à remarquer en effet que contrairement aux autres fêtes israélites, la Pâque ne se célébrait pas au Temple, mais dans les maisons du peuple.  

Nous pouvons tous constater que nous sommes actuellement dans un moment particulier de l’histoire, où nous voyons pour la première fois depuis 2 000 ans que la communion du jour de Pâque ne va pas pouvoir être célébrée selon les habitudes actuelles. En effet, selon les recommandations hygiénistes de la plupart des églises, ni le pain, ni la coupe ne vont être partagés en commun. Ne croyez-vous pas qu’il serait peut-être temps de se poser enfin la question de la justification apostolique des rituels de Pâques répétés au gré des différents calendriers ? 

Les deux sacrements bibliques. 

Les deux seuls rituels/sacrements que le Christ nous a laissé sont le baptême et le partage du pain et du vin. L’un comme l’autre font référence à un évènement du passé, mais toujours orientés vers l’avenir. Or nous pouvons remarquer qu’aucun des actes important du ministère du Christ n’a eu lieu dans les structures religieuses de son temps. Sa naissance a eu lieu dans une étable ; son baptême dans le Jourdain et sa crucifixion a eu lieu «hors du camp» à l’extérieur de Jérusalem et du Temple. De plus, le Saint Esprit s’est arrangé pour que nous n’ayons ni les lieux précis, ni les dates précises de ces évènements, et je ne crois pas que ce soit une omission involontaire de sa part ! Car ce qui était important ne concernait pas un rituel qu’il aurait fallu (re)fêter à intervalles réguliers et dans des lieux consacrés, mais bien plutôt une vérité spirituelle à expérimenter dans la réalité quotidienne de nos existences et qui nous ouvrirait à un avenir continuellement en lien avec le Seigneur. Le baptême nous amenant à une communion à sa mort et à sa résurrection et la Cène nous faisant proclamer sa victoire en attendant son retour. 

Mais quel est le sens de tout cela ?  

La Pâque israélite était la proclamation de la libération de l’esclavage. Ce jour là, les membres du peuple de Dieu ne se réunissaient pas au Temple sous l’autorité des sacrificateurs, mais ils se retrouvaient en petits groupes familiaux, dans les maisons, pour partager l’agneau immolé qui devait être totalement consommé avant le matin. Cette communion/proclamation devait être prise «debout, le bâton à la main» c’est à dire bien conscient d’un départ rapide, et «avec des herbes amères» c’est à dire sans avoir de regrets pour ce monde douloureux et oppressif qu’ils allaient quitter.  

Le pain et le vin du repas de la victoire 

«Melchisédek, roi de Salem, fit apporter du pain et du vin: il était sacrificateur du Dieu Très Haut.» (Genèse 14; 18)
Dans la Bible, bien avant l’institution de la Pâque juive et de la Pâques chrétienne, cest la première fois que le pain et le vin sont associés et c’est pour fêter la victoire d’Abraham, le «père de la foi». Il y aurait beaucoup à dire sur ce «Sacrificateur du Dieu Très-Haut» qui habite et officie dans le pays promis bien avant la venue d’Abraham... L’auteur de l’épître aux Hébreux nous lève en partie le voile sur son identité prophétique lorsqu’il écrit :

«En effet, ce Melchisédek, roi de Salem, sacrificateur du Dieu Très Haut, -qui alla au-devant d'Abraham lorsqu'il revenait de la défaite des rois, qui le bénit, et à qui Abraham donna la dîme de tout, -qui est d'abord roi de justice, d'après la signification de son nom, ensuite roi de Salem, c'est-à-dire roi de paix, - qui est sans père, sans mère, sans généalogie, qui n'a ni commencement de jours ni fin de vie, -mais qui est rendu semblable au Fils de Dieu, ce Melchisédek demeure sacrificateur à perpétuité. Considérez combien est grand celui auquel le patriarche Abraham donna la dîme du butin...» (Hébreux 7; 1-4) 

Il y a aussi tout une dynamique qui est initiée prophétiquement par ce Melchisédek et que le Christ mettra en œuvre dans la réalité de sa Pâque. Car Abraham n’a pas été invité à l’intérieur de la ville, mais le sacrificateur «fit apporter » hors de la porte «le pain et le vin». Le verbe hébreu יָצָא (yatsa’), qui est traduit ici par «fit apporter », signifie «sortir». Or comme le rappelle cette même épître au chapitre 13, le sacrifice du Christ n’a pas eu lieu dans les lieux sacrés des rituels ordinaires de la religion mosaïque, mais son sang sacrificiel a été répandu «hors de la porte», ce qui nous montre clairement que le Culte véritable de la Nouvelle Alliance auquel nous sommes appelés à sa suite s’extrait de «l’image et de l’ombre» des dates et des rituels prophétiques de la première Alliance qui n’étaient qu’une imitation du Sanctuaire véritable et de son culte qui demeure dans le ciel (Hébreux 8; 5).  

Le rôle du foyer et de son chef 

Dans le cadre de cette étude, nous voulons précisément observer que le sacrifice parfait de l’Agneau pascal est sorti des dates et des lieux sacrés traditionnels. Remarquons également que, même si à l’époque c’était dans le Temple que le sang des agneaux était répandu, il n’en demeure pas moins que dans la tradition israélite le repas de Pâque se partageait dans les maisons ordinaires. Selon les Textes fondateurs, ce repas devait être mangé dans la maison : «un agneau pour chaque chef de famille, un agneau pour chaque maison». (Ex. 12; 3) Il ne s’agissait pas d’une grande réunion de l’ensemble du peuple, mais il était question ici de consommer dans le cadre de la maison familiale la totalité de l’agneau avant le matin. Ce repas se mangeait avec des pains sans levain et des herbes amères, les reins ceints, les chaussures aux pieds et le bâton à la main. Prêt pour le départ vers la liberté d’adorer YHWH dans le désert. Nous pouvons également rappeler que le rôle des chefs de familles est toujours mis en avant par la Torah. Ce sont eux qui enseigneront leur foyer sur la foi en Dieu, et ce sont eux qui présideront le repas de Pâque. Remarquons également que la première Pâque était l’occasion d’un «confinement» dans le foyer pendant que l’ange destructeur «passait par dessus» pessah» en hébreu qui a donné «Pâque» en français) épargnant la famille à cause du sang de l’Agneau qui était affiché à l’extérieur du foyer 

«Va, mon peuple, entre dans tes maisons et ferme tes portes derrière toi!

Cache-toi pour un petit moment, jusqu'à ce que la colère soit passée.»
(Ésaïe 26; 20)  

Dans les temps troublés que nous vivons cette année, pour la première fois depuis 2 000 ans il sera impossible de partager le repas de Pâque dans les «lieux de culte» habituels. Car les autorités civiles (auquel tout croyant devrait être soumis) ne veulent plus d’une propagation de l’épidémie au travers des rassemblements cultuels ou sportifs. Il y a évidemment un grande différence entre la soumission aux autorités établies (qui est biblique) et l’obéissance à des ordres injustes (qui est du domaine de la conscience personnelle). J’ai partagé une réflexion sur cet aspect : «soumission ou obéissance ?».

Mais ce que cet article voudrait faire remarquer, c’est que l’habitude du partage du pain et du vin dans une grande réunion de toute l’église à la «date» de Pâque, qui aurait lieu dans des «lieux consacrés» sous l’autorité d’une hiérarchie religieuse, ne s’appuie pas correctement sur l’enseignement apostolique. Comme l’enseigne l’apôtre Paul, l’important n’est pas dans des dates ou des lieux précis, mais dans la foi intérieure. Il nous apprend que dans l’Église du premier siècle il y avait des disciples qui considéraient tous les jours comme étant égaux, alors que d’autres tout aussi croyants respectaient des jours précis ou des fêtes (Romains 14; 5). 

De la même manière il y a aujourd’hui des croyants qui considèrent que la Pâque du Christ c’est tous les jours, alors que d’autres croyants la fêtent un jour précis dans l’année. La conseil de l’apôtre traverse les siècles pour nous redire la même chose : «L'un fait une différence entre les jours, un autre les estime tous égaux. Que chacun ait dans son esprit une pleine conviction… Car le Règne de Dieu, ce n'est pas le manger et le boire, mais la justice, la paix et la joie, par le Saint Esprit. Celui qui sert Christ de cette manière est agréable à Dieu et approuvé des hommes… Cette foi que tu as, garde-la pour toi devant Dieu. Heureux celui qui ne se condamne pas lui-même par ce qu'il approuve! Mais celui qui a des doutes au sujet de ce qu'il mange est condamné, parce qu'il n'agit pas par une conviction de foi. Tout ce qui ne provient pas d'une conviction de foi est péché.» (Romains 14; 5 ; 17-18 ; 22-23) 

Dans les pays où toute manifestation publique de la foi en Christ est réprimée, (Corée du Nord, Chine, Arabie saoudite, Iran, etc.) les églises ont été obligées de retrouver les fondements bibliques du culte dans la Nouvelle Alliance. Elles se réunissent souvent dans des maisons individuelles, ou même en dehors, et redécouvrent ainsi la communion en petits groupes où peuvent s’exercer librement les dons spirituels que l’Esprit dispense au milieu du peuple de Dieu. Elles expérimentent à nouveau une plus grande croissance vers la maturité de chacun des membres et aussi une plus grande liberté intérieure pour témoigner de leur foi. Ce qui se traduit par une croissance également numérique, car chacun prend plus facilement ses responsabilités pour annoncer l’évangile, ce qui avant cela était généralement réservées aux «experts»

Lorsque la Providence Divine nous empêche de nous appuyer sur des habitudes traditionnelles c’est que son intérêt est orienté ailleurs. Et cette même Providence nous oblige cette année au travers de cette «peste» à sortir de nos routines religieuses pour prendre conscience qu’il est beaucoup plus important de vivre en famille la réalité de la Nouvelle Alliance. Cette année, l’ensemble de l’Église va pouvoir expérimenter ce qui est le quotidien ordinaire des chrétiens persécutés : dans le cadre d’une maison individuelle le chef de famille va retrouver l’autorité que le clergé s’était accaparé et il pourra réapprendre l’usage de partager avec sa maison le repas de victoire du Sacrificateur de la Nouvelle Alliance. Mais tous sauront-ils profiter de cette occasion ?  

Nous pouvons également légitimement nous poser une question plus fondamentale : dans la Nouvelle Alliance, puisque nous ne sommes plus dans un culte qui n’était qu’«image et ombre des réalités célestes», mais que nous sommes appelé à vivre la réalité vivante d’un service d’adoration «en Esprit et en vérité» (Jean 4; 23-24), devons-nous encore suivre des cérémonies à dates fixes et dans des lieux «consacrés» tout au long du calendrier ? En reproduisant ces rituels (à des dates plus ou moins bien calculées), n’y a-t-il pas le risque de regarder davantage derrière que devant ? Et aussi le risque de jouer une comédie rigide et codifiée, alors que la Nouvelle Alliance nous appelle à rendre un culte «vrai et spirituel» qui soit le résultat effectif de la Présence de Dieu en nous et au milieu de nous ?


«L'homme prudent voit le mal et prend soin de se mettre à l'abri, mais les ignorants continuent et sont sanctionnés.» (Proverbes 22; 3 et 27; 12)


«N’avez-vous pas des maisons pour y manger et boire ?» (1 Cor. 11)


«Ils rompaient le pain… dans les maisons !» (Actes 2)


«Va, mange avec joie ton pain, et bois gaiement ton vin ; car dès longtemps Dieu prend plaisir à ce que tu fais.» (Ecclésiaste 9:7)




Jean-Luc B




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