lundi 5 décembre 2011

L’échelle de Jacob et l’ouverture des cieux


Par Eliane Colard

Genèse 28/12 : « Il eut un songe. Et voici, une échelle était appuyée sur la terre, et son sommet touchait au ciel. Et voici, les anges de Dieu montaient et descendaient par cette échelle.

Verset 16 : « Jacob s’éveilla et dit : « vraiment le Seigneur est ici, mais je ne le savais pas. » Il eut peur et déclara : « Comme ce lieu est redoutable ! Ce n’est rien de moins que la maison de Dieu et la porte du ciel ».

Dans le nouveau testament nous trouvons un épisode qui rappelle cette échelle vue en songe par Jacob : c’est lorsque Jésus s’entretient avec Nathanaël (Jean 1/51) : « Nathanaël répondit et lui dit : Rabbi, tu es le Fils de Dieu, tu es le roi d'Israël Et Il lui dit : en vérité, en vérité, vous verrez désormais le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre sur le Fils de l'homme ». Il est incontestable que Jésus faisait ici une référence prophétique au songe de Jacob.

Béthel ou la Maison de Dieu

Après avoir vu le ciel s’ouvrir, Jacob avait fait un vœu dans lequel il avait tenu la déclaration suivante : « Cette pierre, que j'ai dressée pour monument, sera la maison de Dieu » (Genèse 28/22). Puis bien plus tard, il dut retourner à Béthel sous les instructions de Dieu et à ce propos le texte rapporte ceci (Genèse 35/ 14) : « Jacob dressa là une pierre, il y versa de l’huile et une offrande de vin, pour en faire une pierre sacrée. Il appela Béthel - ce qui veut dire Maison de Dieu-, ce lieu où Dieu avait parlé avec lui ».

En Matthieu 16/16, lorsque Jésus demandera plus tard aux disciples « et vous, qui dites-vous que je suis ? », Simon lui répondra : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » c'est-à-dire à peu près la même réponse faite auparavant par Nathanaël (Jean 1/49). Et à cette déclaration, Jésus fera une réponse qui sera elle aussi, comme celle faite à Nathanaël, une référence prophétique au songe de Jacob mais cette fois sous un autre aspect. En effet, la déclaration de Jésus à Pierre (Matthieu 16/18) : «  tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon église », est à l’image de celle faite auparavant par Jacob à la suite de son rêve où il était également question d’une pierre et d’un édifice à venir (Genèse 28/22) : « cette pierre que j’ai dressée en monument sera la maison de Dieu ».

Pour illustrer la vérité qu’il proclamait, Jésus transformait sur le champ l’identité de Simon en lui donnant le nom de Pierre, terme qui se voulait comme une annonce prophétique de ces futures pierres vivantes qui constitueraient l’édifice spirituel devant représenter sur terre la « maison de Dieu », Jésus-Christ Lui-même en étant la Pierre angulaire comme le dira par la suite l’Apôtre Pierre (1Pierre 2/5) parlant de la maison spirituelle de Dieu. De même, Jacob, pour illustrer sa décision de faire du lieu de sa visitation une « maison de Dieu », transformait sur le champ l’identité première de ce lieu qui était Luz, en lui donnant le nom de Béthel qui signifie « maison de Dieu ». Il avait construit en cet endroit un autel en attendant certainement d’y ériger « Béthel » un sanctuaire qui serait cette « maison de Dieu » ; cet autel se voulait un mémorial de ce qui s’y était passé. Mais nous voyons cependant que plus tard c’est Sion que Dieu décida de choisir pour résidence au milieu d’Israël.

C’est en effet là que Dieu choisira de poser la pierre de son sanctuaire terrestre, pierre matérielle qui préfigurait la véritable pierre angulaire spirituelle que Dieu devait poser comme fondement de sa véritable demeure au milieu des hommes (1 Pierre 2/ 6) : « Car il est dit dans l’Ecriture : voici je mets en Sion une pierre angulaire, choisie précieuse.. ». En ne choisissant pas Béthel pour en faire le lieu de la pose de cette pierre précieuse, Dieu court-circuitait déjà la volonté de l’homme dans sa décision de Lui bâtir une maison. A Pierre Jésus dira d’ailleurs que c’est Lui qui bâtira l’église ; et nous noterons utilement que le Seigneur ne précise pas davantage de lieu géographique pour cet édifice spirituel.

Autels et Sanctuaire

C’était là une décision de Jacob de bâtir une maison à Dieu. Ce que Dieu lui avait demandé d’ériger en cet endroit, c’était un autel et non pas un sanctuaire (Genèse 35/1) : « Dieu dit à Jacob : Lève-toi, monte à Béthel… là, tu dresseras un autel au Dieu qui t'apparut, lorsque tu fuyais Ésaü, ton frère ». Un autel n’est pas un sanctuaire mais un endroit où l’homme vient prier en invoquant son Dieu, l’endroit où il vient le chercher en lui présentant des offrandes ou sacrifices. Le sanctuaire est le lieu choisi par Dieu pour faire sa demeure au milieu des hommes, un lieu où Il vient les rencontrer où Il vient tabernacler avec eux. Lorsque Moïse a construit le Tabernacle dans le désert selon le modèle montré par Dieu, il l’appela à juste titre « la tente de la rencontre ». Si le sanctuaire comporte un autel, celui-ci ne peut constituer un sanctuaire à lui seul. Dans le Tabernacle construit par Moïse, l’autel n’en constituait que la première partie, mais après avoir pénétré dans cette partie pour chercher Dieu, le souverain sacrificateur Le rencontrait dans la troisième partie, le lieu très saint qui abritait la glorieuse présence.

Dans le récit Biblique les autels sont fréquents, ils manifestent la volonté de l’homme de chercher Dieu. Mais beaucoup de ces autels étaient des hauts lieux où des feux étrangers furent allumés en l’honneur de faux dieux. Dans l’histoire du peuple d’Israël, il y eut plusieurs autels mais un seul temple ou sanctuaire consacré comme tel par la volonté de Dieu pour être sa demeure au milieu des hommes. Béthel ne devait être au départ selon la volonté de Dieu qu’un autel comme il y en eut d’autres en Israël érigés en plusieurs circonstances. Un seul endroit « Sion » était prévu pour accueillir le sanctuaire, ombre de choses à venir, que Jésus allait plus tard incarner en sa personne lors de sa venue. Ce sanctuaire terrestre devait être un modèle pédagogique devant conduire à accueillir au temps prévu « l’Emmanuel » : Dieu venant demeurer au milieu des hommes.

Le sanctuaire terrestre reproduit par Moïse dans le désert puis construit par Salomon, ne pouvait en ce sens être un sanctuaire éternel définitif figeant la présence du Dieu vivant en un endroit, mais un « type » pédagogique censé conduire au véritable sanctuaire en en montrant la voie. Il devait enseigner le peuple sur la venue prochaine du véritable Souverain sacrificateur des biens à venir qui, pour réconcilier les hommes avec Dieu, devait traverser avec son propre sang un tabernacle plus grand et plus parfait qui n'est pas construit de main d’homme ; un Sanctuaire qui ne pouvait par conséquent avoir de localisation géographique sur la terre. C’est pourquoi Jésus a indiqué à la Samaritaine le lieu du nouveau sanctuaire afin de trancher une question sur son véritable lieu géographique : ni à Jérusalem, ni en Samarie mais en esprit et vérité car désormais le chemin du sanctuaire céleste allait être frayé et la porte du ciel ouverte : une échelle allait être dressée entre le ciel et la terre pour permettre aux anges de Dieu de monter et descendre sur le Fils de l’homme.

Sion ou le choix de Dieu

La décision d’Israël d’aller au-delà des instructions du Seigneur en voulant faire de cet endroit une maison de Dieu et non pas simplement un autel comme prévu, est une illustration de ce qui arrive lorsque l’homme cherche à court-circuiter la volonté de Dieu : cette maison de Dieu est devenu un lieu de culte en concurrence avec Jérusalem. Pourtant à vue humaine, Béthel avait de quoi pouvoir être considéré comme un lieu légitime pour édifier la maison de Dieu : Abraham y avait construit un autel, c’est là qu’il pria Dieu en l’appelant Seigneur (Genèse 12/8) ; quant à Jacob il y avait bâti à deux reprises un autel : une première fois relatée en Genèse 28 juste après son rêve, et une deuxième fois sur l’ordre de Dieu selon Genèse 35. Plus tard, c’est là que résida l’arche de l’alliance et Samuel y rendait justice ainsi que bien des Juges avant lui.

Lorsque le royaume du peuple d’Israël fut divisé entre royaume du nord et royaume du sud, ce fut le lieu où le royaume du Nord appelé « royaume d’Israël » choisit de rendre son culte à Dieu (en Samarie) contrairement au royaume de Juda qui adorait à Jérusalem. Cette divergence de lieux d’adoration persista d’ailleurs comme on le voit dans les propos tenus par la Samaritaine à Jésus (Jean 4/20). Mais jusqu’à la construction du temple sur la montagne de Sion à Jérusalem lieu choisi par Dieu, Béthel était le lieu où le peuple d’Israël montait consulter Dieu (Juges 21/2).

Cependant, Dieu a choisi de consacrer le lieu où David lui avait construit un autel à l’Aire d’Ornan le Jébusien qui devint plus tard Sion la montagne de la cité de David. Dieu avait répondu à son sacrifice en cet endroit en l’exauçant. C’est cette Montagne que Dieu choisit pour sanctuaire car c’est là que David avait vu l'ange de l’Éternel se tenant entre la terre et le ciel, avec dans sa main une épée nue tournée contre Jérusalem : il y eut en quelque sorte en cet endroit un ciel ouvert et un échange entre le ciel et la terre (Ornan et ses fils en furent impressionnés : 1 Chron. 21/20).

C’était le lieu où, comme pour Élie lors de la confrontation du mont Carmel, le Dieu vivant répondait en envoyant du ciel le feu destiné à brûler les sacrifices de l’autel. Aussi, David décida d’y offrir régulièrement des sacrifices à compter de ce jour. C’est après l’envoi de ce feu céleste sur cet autel, que David fit là une déclaration qui rappelait celle de Jacob à Béthel (1 Chron. 22/1) il dit : «Ici sera la maison de l'Éternel Dieu, et ici sera l'autel des holocaustes pour Israël ». C’est aussi à la suite de cela qu’il commença à tout préparer pour l’édification de cette maison de Dieu tel que nous pouvons lire en 2Chroniques/ 3 : « Salomon commença à bâtir la maison de l'Éternel à Jérusalem, sur la montagne de Morija, qui avait été indiquée à David, son père, dans le lieu préparé par David sur l'aire d'Ornan, le Jébusien ».

Or, le mont Morija était la montagne où Dieu avait éprouvé Abraham en lui demandant de sacrifier son fils Isaac : son unique (Genèse 22/ 6-8) ; c’est là, sur cette montagne, que Dieu avait pourvu Lui-même pour le sacrifice qui devait être fait, sacrifice qui était une préfiguration du don au monde de Son Fils unique Jésus-Christ. C’est en cette localité des Jébusiens que se trouvait Sion cité-forteresse qui devint la cité de David. Parce que la maison de Dieu y avait trouvé sa résidence, ce lieu fut appelé la montagne de Sion au lieu du Mont Morija (Psaume 48/2 : « L'Éternel est grand, il est l'objet de toutes les louanges, Dans la ville de notre Dieu, sur sa montagne sainte. Belle est la colline, joie de toute la terre, la montagne de Sion ». Psaume 50/2 : «De Sion, beauté parfaite, Dieu resplendit, Ps. 132 : 13-14 : « Oui, l'Éternel a choisi Sion, Il l'a désirée pour sa demeure : C'est mon lieu de repos à toujours ; J'y habiterai, car je l'ai désirée »).

Ce choix de Sion était une « ombre » qui devait donner un enseignement pédagogique sur les réalités des biens à venir que Dieu destinait à ceux qu’Il aime. L’offrande par Abraham de son fils Isaac sur cette montagne illustrait que le choix divin porté sur ce lieu était incontestablement prophétique, ce devait être la montagne de Dieu où le salut du monde serait pourvu par Dieu Lui-même Jehova Jireh : en la montagne de l’Éternel, il sera pourvu.

C’est pourquoi bien que Dieu ait pendant longtemps accepté d’être adoré et consulté à Béthel, le culte de Béthel finit par être condamné. D’ailleurs Jacob n’avait-il pas en quelque sorte vu prophétiquement Dieu s’éloigner de Béthel ? Dieu lui avait demandé de revenir à Béthel pour y construire un autel : donc un autre que celui qu’il avait érigé à la suite de son rêve. Mais bien qu’il ait eu au départ l’intention de faire de Béthel une maison de Dieu, il ne lui avait certainement pas échappé que Dieu n’avait pas Lui-même l’intention d’y demeurer.

En effet, il est dit au verset 13 du chapitre 35 de la Genèse, qu’après avoir parlé à Jacob, « Dieu s’éloigna du lieu où il avait parlé à Jacob » : une description qui rappelle la vision d’Ézéchiel de la gloire de Dieu s’éloignant du temple en s’élevant au dessus du seuil (Ézéchiel 10/18). Si Dieu ne s’attachait pas à cet endroit, Jacob ne devait pas non plus s’y fixer ; et c’est ainsi qu’au verset 16 nous lisons que Jacob et sa famille quittèrent Béthel.

Béthel-l’enfer

Ce lieu qui sera jugé et condamné par Dieu (1 Rois 13) était devenu le symbole d’un culte dévoyé où des prêtres étaient installés et mis en place en opposition totale à la volonté de Dieu et selon le bon vouloir du roi Jéroboam : il est dit au verset 33 que si quelqu’un avait envie de ce titre, le roi Jéroboam le consacrait et il devenait prêtre des lieux sacrés. Il n’y a décidément rien de nouveau sous le soleil car ne voyons-nous pas se perpétuer encore de nos jours ce principe dans les nombreuses maisons de Dieu qui jaillissent parmi ceux qui se réclament de Lui ?

Par le Prophète Amos, Dieu fait savoir à Israël qu’Il déteste le culte qui lui est offert à Béthel (Amos 5/ 21 à 23). Amos appellera ce lieu « Béthel-l’enfer. Au lieu d’être une maison de Dieu grâce à l’ouverture des cieux qui était censée caractériser l’endroit, c’était devenu la demeure des démons et de toutes sortes d’esprits impurs, car par l’échelle de Jacob montaient et descendaient là non plus des anges de Dieu mais des anges de ténèbres ; de ceux que Paul nommera les esprits méchants des lieux célestes (bien que résidant aussi dans cette sphère, ils ne sont pas du camp de Dieu).

Et si une porte était bien ouverte dans les cieux au dessus de cet endroit c’était bien celle du séjour des morts (nous en parlerons en détail plus loin) : les Israélites consultaient les morts en faveur des vivants, ce faisant ils s’identifiaient aux nations infidèles qui ne connaissaient pas le vrai Dieu  (Psaume 9/ 18) : « les infidèles se tournent vers le séjour des morts, toutes les nations qui oublient Dieu ». De plus ils s’adonnaient au culte de l’armée des cieux puisque Jéroboam n’avait pas hésité à introduire le veau d’or dans le sanctuaire de Béthel.

C’est après la division du royaume que le culte avait commencé à être clairement dévoyé. Jéroboam avait consacré Béthel comme nouveau lieu de culte pour contrecarrer la suprématie de Jérusalem comme sanctuaire afin que le peuple du royaume du nord (sur lequel il s’était proclamé roi) ne soit plus dépendant de Roboam roi de Juda. 2 Rois 12/26 à 33 illustre la façon dont il avait fait de Béthel un haut lieu d’idolâtrie, ce qui avait finit par attirer le jugement de Dieu. Pourtant Dieu n’avait pas abandonné Béthel comme lieu où il s’adressait à son peuple ; nous noterons par exemple que c’est le lieu où se tenait ce qui était appelé la confrérie des « fils des Prophètes », car malgré le massacres de nombreux prophètes par Jézabel la femme d’Achab, Dieu avait encore des prophètes en Israël (le royaume du nord) ; de ce nombre étaient Élie et Élisée puis aussi Michée et d’autres qui n’avaient pas fléchi les genoux devant Baal.

Béthel devenu Béthel-l’enfer, c’est le lieu contre lequel Amos fut appelé à prophétiser des paroles dures. Un lieu qui avait fini par être appelé « sanctuaire du roi » par ses serviteurs qui interdisaient à Amos d’y prophétiser. Ainsi, loin d’être une « maison de Dieu », Béthel était donc aussi devenu une « maison du roi ». Le livre prophétique d’Amos rapporte qu’Amatsia cherchait à éloigner Amos de cette maison du roi en lui enjoignant d’aller plutôt prophétiser en Juda, sous prétexte que Béthel ce n’était pas un lieu pour lui (Amos 7/ 12 et 13), c’était une maison du roi, un sanctuaire royal officiel. Le prophète n’était pas le bienvenu pour prophétiser dans le « temple officiel » parce qu’il avait discerné que ce lieu qui prétendait être la maison de Dieu était devenu Béthel-l’enfer : une habitation de démons, un refuge pour tout esprit impur et un lieu de prostitution spirituelle pour le royaume d’Israël.

L’église : la Maison de Dieu

« Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon église ».

De la même façon que Jacob avait dressé une pierre pour déclarer que le lieu de sa visitation était la maison de Dieu, Jésus déclare poser une pierre à partir de la proclamation de Simon. C’est en effet sur cette « base ou socle » qu’Il bâtit son église ; cette base étant que Jésus est le Fils du Dieu vivant. Pierre fut de fait, la première pierre que Jésus « ranimait » pour en faire une pierre vivante dans l’édification de son église (Jésus en étant selon l’épitre de Pierre, la pierre d’angle). Pour faire de Simon une pierre vivante, Jésus a du le faire « revenir » le ramener de là où il était tombé ; il lui avait prophétisé : «  et toi quand tu seras « revenu » affermis tes frères », d’autres versions disent « quand tu seras converti ». De fait, Pierre vécut une expérience qui est le prototype même de la démarche du chrétien revenu à Dieu après s’être égaré ou détourné de Lui.

Il y eut en tout 4 phases dans le façonnement de l’identité de Pierre. D’abord il est Simon, c’est l’identité issue de sa naissance naturelle (Jean 1/42) : «  tu ES Simon fils de Jonas» ; mais en disant cela, Jésus lui annonce déjà en même temps prophétiquement son identité spirituelle : « tu seras appelé Céphas »; le texte dit que cela signifie Pierre, mais Jésus ne l’a encore pas nommément désigné ainsi. C’est plus tard, lorsqu’il « confessera » de sa bouche que Jésus est le Fils de Dieu, que Jésus le désignera dans cette identité pourtant déjà prophétisée sur lui, en lui disant qu’il EST Pierre : « tu es  heureux, Simon, fils de Jonas ; car ce ne sont pas la chair et le sang qui t'ont révélé cela, mais c'est mon Père qui est dans les cieux. Et moi, je te dis que tu es Pierre, ».

Et ici ce nom, contrairement à celui de Céphas utilisé précédemment, aura une connotation qui évoquera la vocation divine de Pierre en rapport étroit avec le projet de Dieu pour l’église, thématique qui n’est pas encore abordée au moment où Jésus prononce Céphas. Et là, Jésus ne lui parle plus au futur comme en Jean 1/42 mais au présent. Puis, plus tard Jésus lui parlera aussi de son appel pour le temps où il sera revenu : Il lui dit «  quand tu seras converti, affermis tes frères » ; il s’agira en effet d’un travail d’affermissement des pierres vivantes de l’église.

Cet appel sera confirmé de façon effective lorsqu’après être « revenu » (après le reniement du Maître), Jésus lui dira « Pais mes brebis ».

Suite au premier appel lancé à Simon Pierre en tant que disciple (Matthieu 4/19), nous avons pour définir les différentes phases de son identité : « tu es ; tu seras ; tu es désormais ; tu deviendras. ». Ce devenir (dernière étape) marque l’entrée effective dans l’appel. Pierre n’y entrera qu’après avoir opéré un mouvement de retournement clair par rapport à son ancienne identité : revenir, se convertir implique non seulement une confession de la bouche (Tu es le Christ), mais aussi une transformation du cœur et c’est ce que vivra l’apôtre Pierre.

Ainsi ayant été lui-même affermi dans son cœur, il put être en mesure d’affermir ses frères. Jésus est allé le sortir de la captivité du tombeau où il était tombé pour en faire un apôtre ferme (Éphésiens 4/ 8 à 11), une de ces pierres de fondation qui servent à l’affermissement de toutes les autres pierres de l’édifice spirituel de la maison de Dieu ; Éphésiens 2/ 20 précise que c’est sur le fondement des apôtres et des prophètes qu’elle est édifiée.

L’ouverture des cieux

L’échelle du songe de Jacob symbolise l’ouverture des cieux pour un contact du céleste avec le terrestre. Après le péché d’Adam ce contact entre le ciel et la terre, entre l’homme et Dieu fut rompu, les cieux furent comme fermés et le lien permanent entre le naturel et le spirituel cessa. L’accès à l’Éden, ce lieu sur terre où Dieu rencontrait l’homme, fut condamné et l’arbre de vie mis hors de portée de la race humaine. Quel drame ! L’homme ne mangeant plus du fruit de cet arbre, ne pouvait plus porter en lui la substance de vie divine qui rendait possible une relation permanente avec les cieux. Dieu étant Esprit, c’est en esprit qu’on peut le rencontrer ; or l’esprit de l’homme fut à la suite de la désobéissance d’Adam, privé de contact avec l’Esprit de Dieu.

Cependant, Dieu n’avait pas rompu tout contact avec les hommes ; mais les modalités de ce contact ont du être changées puisque la condition de l’homme avait changé à cause du nouvel état de son esprit qui avait perdu le vêtement de gloire dont il était revêtu (l’éclat visible de la sainteté Divine consécutive à la communion d’esprit) et qui lui permettait de soutenir la présence de la gloire de Dieu. La désobéissance ayant fait entrer le péché et ses ténèbres dans le monde, l’homme fut privé de ce vêtement de gloire et n’était désormais plus en mesure de supporter sans précautions la lumière de la gloire divine (Rom.3/23 : « car tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu »).

Aussi, de permanent, ce contact ne pouvait plus être que ponctuel, rare, voire exceptionnel même si Dieu pouvait encore visiter les hommes. Mais Il était devenu lointain et le ciel inaccessible. C’est dans ces conditions que survint le songe de Jacob qui était la troisième génération d’une famille à laquelle Dieu avait choisi de se révéler parmi les hommes.

La porte des écluses des cieux et les portes du séjour des morts

Rappelons que le récit relatant ce songe dit que quand Jacob se réveilla, (Genèse 28/ 17) : « Il eut peur, et dit : Que ce lieu est redoutable ! C'est ici la maison de Dieu, c'est ici la porte des cieux ! ». Lorsque dans sa réponse à Nathanaël Jésus fit une référence prophétique à ce songe [Jean 1/51], il déclarait en quelque sorte qu’il était lui-même cette échelle sur qui les anges de Dieu allaient désormais monter et descendre : « Vous verrez désormais le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre sur le Fils de Dieu ». Plus loin il dira (en Jean 10/ 9) : « Je suis la porte. Celui qui entre en passant par moi sera sauvé ; il pourra entrer et sortir ; et il trouvera des pâturages ».

Par ces deux déclarations, Jésus mettait en évidence le fait qu’il incarne en sa personne cette échelle de Jacob qui devait rétablir le lien rompu entre le ciel et la terre. L’échelle symbolise la réouverture du chemin de l’arbre de vie gardé par les Chérubins : Genèse 3/24 : « C'est ainsi qu'il chassa Adam ; et il mit à l'orient du jardin d'Éden les chérubins qui agitent une épée flamboyante, pour garder le chemin de l'arbre de vie ». C’est en vertu de cela que Jésus pu déclarer à ses disciples qu’il est le CHEMIN.

Jésus s’identifiait non seulement à l’échelle, mais encore à la porte de la déclaration prophétique de Jacob « c’est ici la porte des cieux ». Cette déclaration de Jésus trouve un prolongement important dans la suite de ce qu’il dit à Pierre après l’avoir interpellé dans son identité spirituelle (Matthieu 16/ 16-18-19 « … sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes du séjour des morts ne prévaudront point contre elle. Je te donnerai les clefs du royaume des cieux : ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux ». Nous verrons que ces portes mentionnées par Jésus ne sont pas sans rapport avec les clés qu’il prend l’engagement de confier plus tard à ses disciples.

Deux choses néanmoins à noter dans ce passage : premièrement Jésus parle de clés au pluriel, et non au singulier ; puis il parle au futur, et non au présent : Il dit à Pierre je te donnerai les clés du royaume des cieux. L’utilisation du futur montre que c’était un événement à venir. Par ailleurs, il s’agissait ici non pas d’une seule clé mais de plusieurs clés car plusieurs portes dans le royaume des cieux étaient concernées ici par les propos du Seigneur. Et parmi elles il y en avait une qu’ouvrait la clé de la connaissance dont Jésus avait dit qu’elle avait été enlevée de la porte de telle sorte que la serrure était grippée (forcée) ; puis il était aussi question de la clé de la mort et du séjour des morts dont Jésus parlera à Jean en Apocalypse 1/ 18.

Mais nous devrons parler de portes avant d’aborder la question des clés. Jacob avait déclaré au sujet de Béthel que ce lieu était la porte du ciel parce qu’en cet endroit il avait vu les anges de Dieu monter et descendre sur une échelle dont le sommet touchait le ciel. 

La porte de ce ciel est l’antithèse des portes du séjour des morts auxquelles Jésus fait référence dans ce passage de Matthieu concernant l’édification de l’église. Quand nous parlons du Ciel (car il y a plusieurs cieux), il s’agit souvent du lieu céleste du séjour de la Vie (antithèse du séjour des morts), cet endroit où Jésus a dit que celui qui passera par Lui trouvera des pâtures et aura la Vie en abondance.

Ce ciel est le lieu de la présence de l’arbre de la Vie qui donne la vie éternelle, celle qui consiste à connaître et vivre dans l’intimité du Dieu vivant, de sorte que la sève de cet arbre se déverse constamment en ceux qui lui sont attachés faisant d’eux des êtres vivifiés. Ce lieu céleste se trouve au dessus des autres cieux, tel que nous trouvons dans la Bible l’expression « au-dessus des cieux » pour le définir alors qu’il fait aussi certainement partie des cieux.

Les Psaumes 108/4 et 113/4 disent que la bonté et la gloire de Dieu sont au-dessus des cieux ; et le Psaume 148/4 parle des eaux qui se trouvent au dessus des cieux : nous verrons plus loin qu’il s’agit des eaux des écluses divines qui déverseront sur la terre la bénédiction spirituelle de ces lieux célestes élevés. Enfin, Paul dira en Éphésiens 4/10 que c’est en cet endroit, au dessus de tous les cieux, que Jésus est monté pour remplir toutes choses. C’est pourquoi la vie qu’Il donne se trouve là dans ces pâturages élevés.

Le séjour des morts prétend faire obstruction au don de Dieu tenu en réserve en cet endroit pour Ses brebis. De fait, ce séjour des morts qui est un lieu inférieur des cieux, cherche constamment à prévaloir sur la « Vie d’en haut » que Dieu est venu accorder à Ses enfants, la vie en abondance dont parle Jésus à ses disciples : il s’agit précisément de ces pâturages que trouveront ceux qui passeront en empruntant la porte que représente Jésus-Christ. Ces pâturages qui représentent tout ce que contient notre vie cachée en Christ, se trouvent ainsi dans des lieux plus élevés que ces lieux inférieurs.

Aussi, les portes du séjour des morts n’ont de cesse d’avoir pour objectif de bloquer les enfants de Dieu, les empêcher d’accéder au lieu de la présence de Dieu où Jésus a rempli toutes choses pour eux afin qu’ils profitent de la vie en abondance qu’Il leur a acquise. Pour ce faire, ces portes obscures cherchent à les maintenant dans un état de captivité et d’incapacité, à l’image de fils qui auraient en quelque sorte la condition d’esclaves dans la maison du Père; un peu comme si Lazare sorti du tombeau par la puissance de la parole du Seigneur, était néanmoins demeuré les pieds et les mains liés et la tête encore enveloppée du linceul de mort le rendant incapable d’entrer dans sa condition de ressuscité.

Voilà en gros résumée l’emprise du séjour des morts sur ceux que Dieu a pourtant affranchis. Si le séjour des morts n’avait un tel pouvoir sur les hommes que Dieu appelle à la vie, Jésus n’aurait pas évoqué dans ce passage concernant l’église, l’éventualité d’une prévalence des portes du séjour des morts. Notons que c’est dans ce contexte que Jésus évoque le pouvoir des clés qu’il confie à Pierre mais aussi à tous ses disciples puisqu’il parlera à tous les autres après cela du pouvoir de lier et délier que confèrent ces clés (Matthieu 18/18).

Les clés du royaume des cieux

Bien entendu avant la venue de Jésus même si la porte des cieux avait été fermée, Dieu avait malgré tout permis un contact avec Lui en entrouvrant la porte des cieux. En ce sens, il avait confié des clés à un peuple en consacrant à la prêtrise une des tribus des fils de Jacob ; ce fut le sacerdoce Lévitique qui permit à un peuple sur la terre d’entrer en contact avec Dieu suivant des règles très strictes. En effet, cette clé ne permettait d’accéder à Dieu que dans des conditions bien définies et temporaires, et ce à cause de la gloire de Dieu que l’homme ne pouvait plus approcher de par sa condition de péché.

Et comme le dit la lettre aux Hébreux, ce sacerdoce n’était pas parfait. Néanmoins, Dieu avait par ce biais confié certaines clés pour permettre malgré tout d’accéder à sa présence même si c’était dans des conditions laborieuses et bien déterminées. Ces clés étaient temporaires en attendant le temps de la venue de Jésus dont nous avons dit qu’Il est à la fois l’échelle, le chemin qui permet de relier la terre au ciel et la porte qui donne véritablement la possibilité d’entrer en la présence de Dieu : Il dira que nul ne peut venir au Père que par Lui.

La loi qui fut donnée par Dieu à Moïse était une clé donnée aux prêtres appelés pour cela « maîtres de la Loi » ; cette clé devait servir à permettre au peuple d’accéder à Dieu en maintenant la porte entrouverte. Il s’agissait de ce que Jésus a appelé la clé de la connaissance (Luc 11/52) : les Écritures auraient du permettre à ceux qui les sondaient de reconnaître que Jésus était la porte, cette échelle de Jacob que Dieu envoyait pour réconcilier le monde avec Lui ; mais au lieu de cela les religieux en ont fait mauvais usage de telle sorte que cette clé fut rendue inopérante pour donner accès au ciel et à la vie de Dieu ; le peuple était demeuré aveuglé et captif de l’emprise du séjour des morts : Jean 5/39-40 « Vous sondez les Écritures, parce que vous pensez avoir en elles la vie éternelle ce sont elles qui rendent témoignage de moi. Et vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie ! ».

C’est pourquoi Jésus reprendra sévèrement les maîtres de la Loi à ce propos : « Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! Parce que vous fermez aux hommes le royaume des cieux ; vous n'y entrez pas vous-mêmes, et vous n'y laissez pas entrer ceux qui veulent entrer. ».

Ainsi, au lieu de permettre aux hommes d’entrer dans ces lieux de la présence de Dieu, les religieux avaient plutôt utilisé la clé pour en bloquer l’accès ; ils avaient fini par poser sur la porte des verrous qui ont rendu l’accès très difficile voir impossible, de sorte que Jésus put dire : « depuis le temps de Jean-Baptiste.. le royaume de cieux est forcé, ce sont les violents qui s’en emparent » (Matthieu 11/12).

A quel moment dit-on d’une porte qu’elle est forcée ? En réalité, cela signifie que vous aurez beau y introduire la clé, cela n’y fait rien la serrure résistera, la porte ne s’ouvrira pas et il faudra certainement l’ouvrir violemment en la fracturant ; or cela s’apparente plutôt à une entrée par effraction ce qui fera dire à Jésus en Jean 10 que tous ceux qui sont venus avant lui (il déclarait dans ce passage être la porte des brebis rappelons-le), sont des voleurs et des brigands : il s’agissait ici de ces religieux que les brebis ne devaient pas écouter au risque de demeurer sourds et aveugles à l’instar de la prophétie d’Ésaïe 6/ 9 et 10.

Cette clé du royaume des cieux ayant été dérobée par les religieux, Jésus promet aux disciples de la leur donner. Ces clés recèlent un pouvoir et une autorité qui permettent de mettre en accord la terre et le ciel de sorte que la volonté de Dieu soit faite sur la terre comme dans dans le ciel (ce qui sera lié sur la terre le sera aussi au ciel) ; les religieux avaient sans cesse mis des obstacles empêchant cet alignement. C’est pourquoi Jésus est venu comme une échelle, le CHEMIN pour permettre aux hommes d’aller à Dieu. Et Jean le Baptiste l’a précédé pour être cette voix qui crie devant Lui, enlevant les obstacles, aplanissant les sentiers des cœurs afin que cette échelle puisse trouver un terrain préparé où se poser Matthieu 3/3. Cette clé que Jésus confie à ses disciples est la clé de David qui ouvre la porte de la cité céleste sans que personne ne puisse la fermer après cela et qui ferme les portes du séjour des morts que personne ne devrait pouvoir ouvrir après cela.

Ces clés ont toute leur utilité pour l’église, car même si Jésus est La Porte reliant la terre et le ciel, l’entrée ne se décrète pas automatiquement. En effet vous pouvez emprunter des escaliers et pourtant ne pas être en mesure de pénétrer dans une maison, si parvenu à la porte vous n’utilisez pas les clés. Le but n’est pas de connaître la porte ou d’être en sa possession (comme on dirait couramment « j’ai Christ dans ma vie »), mais de pouvoir réellement au travers d’elle pénétrer dans la maison. Beaucoup de gens professent avoir une relation avec Jésus sans comprendre que Jésus-Christ est le chemin qui mène au Père ; ainsi la destination n’est pas Christ mais le Père ; cela signifie que tant que nous ne sommes pas rétablis dans une communion d’esprit avec la personne du Père céleste, nous demeurons encore comme orphelins.

Si Jésus est le Chef qui consomme notre foi, c’est le Père qui répond à nos prières au nom du Fils. Or beaucoup d’enfants de Dieu restent sur le chemin sans aller véritablement à la rencontre du Père des lumières de qui descendent toute grâce excellente et tout don parfait (Jacques 1/17). C’est de Lui que Jésus est venu parler au monde. Et s’Il est vrai que le Père a assujetti toutes choses au Fils, Paul dit (1 Cor. 15/ 24) qu’au temps de la fin, c’est à Lui, celui qui est Dieu et Père, que Christ remettra remettra le royaume après avoir détruit toute domination toute autorité et toute puissance.

Jésus dit que les portes du séjour des morts ne prévaudront pas contre son église, mais cette déclaration est étroitement liée à la suivante où Il parle de confier les clés du royaume des cieux à ses disciples. L’apôtre Paul démontrera plus tard qu’être assis dans les lieux célestes doit être notre position naturelle dans la vie spirituelle; cependant force est de constater que garder cette position nécessite une lutte permanente contre le séjour des morts qui voudrait nous maintenir dans les contingences terrestres de façon à garder son emprise sur les âmes.

Dans la même déclaration faite à Pierre, Jésus rajoute : « ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux » : lier et délier revêt ici le même sens qu’ouvrir et fermer ou encore permettre et interdire. Une autre version dit même : « ce que tu excluras sur terre sera exclu dans les cieux et ce que tu accueilleras sur terre sera accueilli dans les cieux ». C’est parce que ces clés accordent réellement le pouvoir d’ouvrir et de fermer les différentes portes situées dans le royaume des cieux  avec comme conséquences ces différents effets (lier et délier, permettre et interdire, accueillir et exclure sur la terre comme dans les cieux).

Le parallèle entre la possession des clés du royaume des cieux et le fait de fermer et ouvrir des portes dans les cieux se trouve parfaitement illustré dans le passage de Luc 11/ 52 qui reprécise l’idée émise en Matthieu 23/13 : « Malheur à vous, docteurs de la loi ! Parce que vous avez enlevé la clef de la science ; vous n'êtes pas entrés vous-mêmes, et vous avez empêché d'entrer ceux qui le voulaient ». Dans l’un de ces passages il est dit que les religieux ont fermé aux hommes le royaume des cieux, et dans l’autre qu’ils en ont dérobé ou enlevé la clé.

La clé des écluses célestes et les clés du séjour des morts

Dieu a prévu que nous recevions la clé des écluses des cieux, celle qui permet aux eaux de la justice divine (Cf. Ps 148/4 cité plus haut) de couler sans entrave sur nous ; celle qui ouvre les tabernacles éternels recelant toutes les bénédictions spirituelles dont nous sommes bénis en Jésus-Christ (Éphésiens 1/3). C’est la clé de la connaissance donnant accès aux pâturages dont Jésus parle en Jean 10/ 9-10, ces pâturages qui nourrissent notre esprit en y faisant couler en abondance la vie de Dieu. Cette clé donne de vivre dans « l’économie du ciel ouvert » en nous plaçant au bénéfice de la providence divine par le service permanent des anges chargés d’exercer le ministère envers les élus de Dieu ; il s’agit ici de ces anges vus par Jacob (et dont Jésus a parlé à Nathanaël), qui se mettent en mouvement afin de libérer sur la terre les promesses de Dieu.

Il est bien entendu que ne peut être libéré dans le cadre de cette économie du ciel ouvert, que ce dont nous sommes bénis en Jésus-Christ dans les lieux célestes, il s’agit là de toutes les promesses de Dieu qui sont pour nous « oui » en Jésus-Christ (2Cor. 1/20) ni plus ni moins.

Mais en plus de cette clé, c’est aussi la volonté de Dieu de nous donner d’autres clés qui ont pour but de fermer les portes des séjours des morts lorsqu’elles s’ouvrent injustement contre l’église. Lorsqu’elles sont utilisées, ces clés ont pour conséquence de lier l’action de ceux qui habitent ce lieu inférieur tout en déliant de leur emprise ceux qui en sont prisonniers, de leur interdire toute prétention ou réclamation de tourments à l’encontre de âmes qui fatiguées et chargées ont cherché le repos en Jésus, et enfin (étant donné qu’à l’instar du prince de la puissance de l’air ils polluent régulièrement l’atmosphère spirituelle de la terre) les exclure de l’environnement immédiat de ceux qui appartiennent à Dieu. Jésus-Christ n’a jamais dit que les portes du séjour des morts ne chercheront pas à s’ouvrir contre l’église mais uniquement qu’elles ne prévaudront pas contre elle. Cela signifie que dans leur lutte contre l’église, ces portes seront tenues en l’échec chaque fois que l’église utilisera les clés confiées par Jésus afin d’exercer contre elles l’autorité spirituelle que confère la victoire de Christ à la Croix.

Il est important de saisir que le séjour des morts est situé non pas dans le monde matériel mais dans le monde spirituel, tout comme les esprits méchants dont parle Paul en Éphésiens 6, se trouvent aux cieux. Aussi, il n’est pas étonnant que les portes du séjour des morts puissent être actionnées par des clés dit du « royaume des cieux ». Cette partie du royaume des cieux abritant le séjour des morts est un lieu inférieur des cieux, c’est pourquoi parfois nous rencontrons pour le désigner la traduction « enfer » qui vient du Latin signifiant « lieu inférieur ». Ainsi certaines versions traduisent cette déclaration du Seigneur comme suit : «les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle », mais en réalité ce qui est désigné ici est bien le « séjour des morts ».

Comme nous l’avons vu précédemment, Jésus parle à Pierre au futur en lui disant « je te donnerai les clés du royaume des cieux », parce que ces clés devaient auparavant être arrachées des mains de ceux qui les avaient ravies afin de pouvoir être restituées aux enfants de Dieu ; et c’est ce que Jésus a fait lorsqu’il est descendu dans les régions inférieures. Il y est allé non seulement pour rendre captive la captivité, mais encore pour récupérer ces clés qui avaient été dérobées dans le but de maintenir les hommes indéfiniment dans la captivité de la mort. Le livre de la Révélation de Jean lève un peu le voile sur cet événement : selon Apocalypse 1/18 Jésus dit  « Je suis le premier et le dernier, et le vivant. J'étais mort ; et voici, je suis vivant aux siècles des siècles. Je tiens les clefs de la mort et du séjour des morts ». C’est après être allé récupérer ces clés dans les lieux inférieurs du séjour des morts, qu’il est monté au dessus de tous les cieux pour remplir toutes choses comme le dit Paul dans le passage d’Ephésiens 4/ 10 cité précédemment.

Ce sont ces clés qui donnent aux croyants l’autorité et la victoire sur le séjour des morts. Jésus a non seulement récupéré ces clés par Sa victoire sur la mort et les liens du séjour des morts, mais de plus il a confié ces clés à qui devait les recevoir (c'est-à-dire ses disciples dont Pierre est le représentant), afin de leur permettre d’exercer eux aussi cette victoire à la face des oppresseurs. Bien que les habitants de ces lieux inférieurs aient été dépouillés de leur pouvoir de domination sur les hommes par le sacrifice de Jésus à la Croix (Colossiens 2/15), il nous reste en tant que disciples du Christ à manifester cette victoire quotidiennement dans nos vies en faisant usage de ces clés dans le combat de la foi qui est le nôtre durant notre pèlerinage sur terre.

Car malgré la victoire incontestable du Seigneur Jésus-Christ, nous serons toujours en guerre contre l’ennemi de nos âmes, sinon Paul ne parlerait pas de cette lutte en Éphésiens 6 où nous voyons que même si ces dominations et puissances sont dépouillées elles continuent de chercher à harceler non seulement les incroyants mais encore les enfants de Dieu. On ne donne pas des armes à des gens qui ne sont pas en guerre ; et notre simple positionnement en Christ est une déclaration de guerre à la face de l’ennemi. Dans une guerre, posséder les portes de ses ennemis est un signe de victoire, mais en posséder également les clés est incontestablement un signe d’autorité et de domination sur eux.

Les « puissances » spirituelles dont certaines sont des dominations et autorités sont appelées de la sorte parce qu’elles ont reçu pouvoir d’exercer autorité et domination dans certaines conditions. Et la possession de ces clés du royaume des cieux amène en faveur des enfants de Dieu un renversement dans cet ordre des choses car la clé de David est précisément une clé de domination sur les ennemis ainsi que l’illustre Esaïe 9/6 et Esaïe22/22.
Ces clés, comme dit plus haut, nous donnent le pouvoir d’interdire toutes les réclamations audacieuses provenant de ce lieu inférieur obscur du séjour des morts; elles nous donnent non seulement le pouvoir de fermer leurs portes, mais encore de mettre hors d’état de nuire les esprits de tourments qui habitent ce séjour. Jésus a dit à ses disciples qu’il leur donne le pouvoir de marcher sur les serpents et les scorpions, c’est parce qu’Il savait que nous aurions à rencontrer de tels tourmenteurs spirituels sur notre chemin. Il s’agit d’esprits méchants habitant dans la vallée de l’ombre de la mort : c’est ici une métaphore de ces lieux inférieurs du séjour des morts.

Le livre de Job évoque les portes de l’ombre de la mort (Job 38/ 17), Job parle aussi de l’ombre de la mort comme d’un pays d’obscurité profonde où règne la confusion et où la lumière est semblable aux ténèbres (Job10/21-22). Le Psaume 107/10 en parle quant à lui, comme d’un lieu de captivité qui maintient ses prisonniers dans la misère et les chaînes. C’est ce lieu qui cherche à maintenir les incroyants dans les ténèbres de l’incrédulité en leur voilant la splendeur de la gloire de Dieu révélée en Jésus-Christ. En outre, les portes de ce lieu obscur cherchent constamment à empêcher les enfants de Dieu d’accéder aux eaux paisibles et aux pâturages abondants du pays de leur repos (Jean 10 et Psaume 23) : ce Psaume ne parle t’il pas de la traversée de la vallée de l’ombre de la mort ?

Ainsi donc, Jésus n’a pas dit que nous n’aurions pas à rencontrer les serpents et les scorpions, mais qu’Il nous a donné les moyens de les mettre hors d’état de nous nuire. Non seulement nous serons en position de nous défendre par rapport à leurs velléités, mais encore nous serons en position d’engager l’offensive contre eux pour les débusquer des endroits où ils se glissent (Marc 16) : « ils saisiront les serpents ». Ce « pouvoir » de les vaincre, de marcher sur eux ou de les saisir se trouve dans l’utilisation des clés du royaume des cieux qui agissent comme des armes à la fois défensives et offensives pour fermer, lier, interdire et exclure tout ce qui dans ces lieux se place entre nous et les tabernacles éternels du pays de notre repos.

Car les portes du séjour des morts sont une véritable frustration sur le chemin lorsque nous voulons accéder aux trésors du royaume des cieux, à ces bénédictions spirituelles dont nous sommes bénis dans les lieux célestes en Jésus-Christ. Nous aurions besoin à ces moments de frustration que Dieu relâche pour nous « l’onction de Cyrus » (Ésaïe 45/2 et 3): «… pour lui ouvrir les portes, afin qu'elles ne soient plus fermées… Je romprai les portes d'airain, Et je briserai les verrous de fer. Je te donnerai des trésors cachés, Des richesses enfouies,..» ; et nous avons plus loin au verset 8 de ce chapitre du livre d'Ésaïe une illustration de ce qui se passe lorsque la terre est ramenée en accord avec les cieux grâce au pouvoir des clés : lorsqu’elles sont utilisées pour ouvrir les écluses des cieux, la bénédiction coule des nuées, la terre qui la reçoit devient un lieu fertile pour le salut et la délivrance.

Mais les portes du séjour des morts se dressent parfois comme de véritables digues qui retiennent ces eaux de parvenir jusqu’à nous. Aussi, avant de voir fructifier sur la terre le salut et la délivrance, nous devons permettre à ces eaux de franchir spirituellement ces portes des tyrans comme l’annonce prophétiquement Ésaïe dans un autre passage; nous devons affronter victorieusement ces portes, les vaincre et les fermer à clé. Alors seulement, nous expérimenterons ce qui est décrit dans la suite du Psaume 107 cité plus haut, le verset 14 dit : « Il les fit sortir des ténèbres et de l’ombre de la mort et il rompit leurs liens ».

En effet le résultat en est que l’emprise du séjour des morts est brisée sur les vies : les Lazare sortis du tombeau de l’ombre de la mort, voient tomber à terre les liens qui les maintenaient dans la captivité, le linceul de la mort qui couvrait leur visage et voilait leur esprit est enlevé de sorte que la lumière de l’évangile peut briller avec force sur eux. Ils expérimentent alors ce que dit Jésus en Matthieu 4/16 et qui avait été prophétisé auparavant par Ésaïe : « Ce peuple, assis dans les ténèbres, a vu une grande lumière ; Et sur ceux qui étaient assis dans la région de l'ombre de la mort la lumière s'est levée ». Cette lumière qui se lève sur nous à ce moment-là, est celle de la glorieuse présence de Dieu qui ne nous est plus cachée. Il n’y a plus d’obstacle, les cieux sont ouverts, l’échelle de Jacob est opérationnelle pour libérer des cieux sur nous (l’église) les bénédictions dont nous sommes bénis dans les lieux célestes en Jésus-Christ.

La seconde fois où Jésus a parlé de l’autorité qu’Il donne de lier et délier sur la terre et dans les cieux, il s’adressait non plus à Pierre seulement, mais à ses disciples en général (Matthieu 18/18). Et à la suite de cela, Jésus leur dit  (au verset suivant) : « Je vous dis encore que, si deux d'entre vous s'accordent sur la terre pour demander une chose quelconque, elle leur sera accordée par mon Père qui est dans les cieux ». Et ici encore une fois, comme lorsqu’il s’était adressé à Pierre, la déclaration du verset 19 se trouve étroitement liée à celle du verset 18 : Jésus parle ici de la « prière d’accord » qui lie les cieux et la terre ; celle qui fait que la volonté de Dieu, parfaite dans les lieux célestes, descend en exaucement sur la terre. Cette chose quelconque que le Père qui est dans les cieux accordera à la suite d’une telle prière n’est pas n’importe quoi qui nous passerait par la tête, mais uniquement ce qui est dans Sa volonté (tel que mentionné dans le « Notre Père ») ; ce sont ces choses qui font partie de nos bénédictions spirituelles dans les lieux célestes là où notre vie est cachée en Christ. Toutes ces choses que le bon Berger trouve bon de donner à son troupeau lorsque celui-ci cherche Son royaume et Sa justice (Matthieu 6/33 et Luc 12/32).

C’est la clé de David qui donne accès à ces verts pâturages des Tabernacles éternels ; la clé qui ouvre et personne ne ferme, qui ferme et personne n’ouvre. Lorsqu’elle est actionnée, la porte des écluses des cieux s’ouvre et ainsi l’activité angélique est décuplée : les anges de Dieu montent et descendent librement comme dans le rêve de Jacob. Ils montent avec la coupe de nos prières (celle que nous déversons sur l’autel de nos cœurs devant Dieu), puis descendent avec la coupe des bénédictions contenant les réponses de Dieu qui seront déversées sur la terre. Ce sont là les conséquences de l’ouverture des cieux décrite par Jésus : « Désormais vous verrez le ciel ouvert et les anges monter et descendre au dessus du Fils de l’Homme ».

Éliane Colard



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